13 janvier 2012 / 19:13 / il y a 6 ans

Standard & Poor's prive la France de son précieux AAA

PARIS (Reuters) - La note souveraine de la France a été abaissée d'un cran à AA+ par Standard & Poor's, qui n'exclut pas une nouvelle dégradation d'un cran en 2012 ou 2013 si les finances ne se redressent pas.

L'agence de notation, qui a dans le même temps maintenu le "triple A" de l'Allemagne, motive sa décision principalement par l'impact d'une aggravation des problèmes politiques, financiers et monétaires au sein de la zone euro.

Ces problèmes, selon S&P, concernent tous les pays de la zone euro, dont l'Allemagne, mais elle est plus pénalisante pour la France en raison de la situation de ses finances publiques.

S&P pointe ainsi "le niveau relativement élevé de la dette publique" et évoque comme premier risque pour une dégradation supplémentaire une possible déviation par rapport aux objectifs annoncés de redressement des finances publiques.

"Les mesures budgétaires annoncées par le gouvernement jusqu'à présent pourraient être insuffisantes pour parvenir aux objectifs de réduction du déficit en 2012 et 2013 si la croissance économique au cours de ces années tombait en dessous des prévisions actuelles du gouvernement de 1% et 2% respectivement", lit-on dans le communiqué.

Pour S&P, une nouvelle "dégradation d'un cran" de la note française pourrait intervenir "si la croissance économique demeurait faible pendant une période prolongée ou si le déficit public demeurait proche de ses niveaux actuels, entraînant une augmentation graduelle de la dette publique, la menant à dépasser 100% du PIB".

La dette publique a atteint 1.688,9 milliards d'euros fin septembre, soit environ 85,3% du PIB.

A contrario, la signature de la France "pourrait se maintenir à son niveau actuel si les autorités parvenaient à accentuer la réduction du déficit public de façon à stabiliser le ratio de dette publique au cours des deux ou trois prochaines années".

S&P souligne aussi la nécessité de mettre en oeuvre des réformes structurelles pour soutenir la croissance.

PAS DE NOUVEAU PLAN DE RIGUEUR

En dépit de la dégradation de la note et de la mise en garde de S&P, le ministre français des Finances, François Baroin, a exclu un nouveau plan de rigueur à court terme.

Il n'y aura "pas de nouveau plan de rigueur, puisque ce n'est pas une question de rigueur budgétaire", a-t-il dit sur France 2.

Confronté à la dégradation de l'activité liée à la crise de la dette souveraine dans la zone euro, le gouvernement a abaissé depuis l'été par deux fois ses prévisions de croissance et annoncé deux plans de hausse des impôts et de baisse des dépenses.

La ministre du Budget, Valérie Pécresse, s'était auparavant montrée rassurante : "La France est une valeur sûre, elle peut rembourser sa dette", a-t-elle dit sur BFM TV.

"Nous ne changerons pas de cap. Notre cap, c'est le désendettement, c'est la compétitivité de la France et c'est soutenir la croissance."

Mais pour l'opposition socialiste, cette dégradation signe un "échec" de Nicolas Sarkozy, à 100 jours de la présidentielle.

"M. Sarkozy restera le président de la dégradation de la France", a dit Martine Aubry, première secrétaire du PS, dans un communiqué.

UNE DÉCISION ATTENDUE

Des spécialistes ont souligné qu'une baisse d'un cran de la note française était déjà anticipée par les marchés.

Le rendement sur la dette française à 10 ans a légèrement monté après la publication d'informations sur les éventuelles décisions de S&P, passant d'environ 3,0% à 3,13% avant de redescendre autour de 3,08%.

L'écart de rendement avec la dette allemande à 10 ans (le spread) s'est écarté, passant d'environ 123 à 136 points avant de retomber à environ 132 points.

"S&P a entièrement raison, la France paye le résultat de 30 ans d'irresponsabilité dans la gestion des finances publiques", a déclaré Fabrice Seiman, président du fonds Lutetia Capital.

"Les responsables politiques français de droite comme de gauche n'ont pas été à la hauteur en ne prenant pas les mesures qui imposaient de réduire les dépenses."

La dégradation de la note française était attendue après le placement sous surveillance avec implication négative des notes souveraines de 15 pays de la zone euro par S&P début décembre.

Mais la hausse des coûts d'emprunts du pays que pourrait provoquer la dégradation de sa note augmenterait la charge d'intérêts qu'il doit verser.

"Une dégradation de la France est de nature à entraîner une hausse du taux de la France sur les marchés. On estime qu'une hausse de 100 points de base se traduit par un surcoût pour la France de 2 milliards d'euros par an", a dit Benoît Peloille, stratégiste chez Natixis.

"Néanmoins, l'impact pourrait être limité dans la mesure où le taux 10 ans de la France s'est déjà considérablement écarté de celui de l'Allemagne."

La dégradation devrait aussi fragiliser la note de crédit du Fonds européen de stabilisation financière (FESF) censé venir en aide aux pays de la zone euro en difficulté.

Le Premier ministre François Fillon s'exprimera samedi à 10h30 lors d'un point de presse, peu après le candidat du PS à la présidentielle, François Hollande.

L'agence Moody's a pour sa part annoncé le 12 décembre qu'elle réexaminerait les notes des pays de l'Union européenne au cours du premier trimestre.

Un responsable de Fitch Ratings, la troisième grande agence de notation mondiale, a dit mardi à Reuters que la note AAA de la France ne devrait pas être abaissée en 2012.

Les autorités françaises ont annoncé que le déficit public de 2011 serait inférieur à sa prévision - proche de 5,5% du produit intérieur brut au lieu de 5,7% - mais le ralentissement économique devrait mettre le gouvernement sous pression.

La France s'est engagée à réduire son déficit public à 4,5% du PIB fin 2012, 3% fin 2013, 2% fin 2014, 1% fin 2015 et de revenir à l'équilibre en 2016.

Jean-Baptiste Vey, Marc Joanny, Matthias Blamont, Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Yves Clarisse

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