11 janvier 2012 / 06:53 / il y a 6 ans

La BCE devrait accroître la pression sur les gouvernements

par Paul Carrel

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) devrait appeler jeudi les gouvernements de la zone euro à intensifier leurs efforts face à la crise de la dette, en attendant que la baisse de ses taux et l'apport massif de liquidités aux banques portent leurs fruits.

Son conseil des gouverneurs devrait laisser le principal taux d'intérêt inchangé à 1,0% à l'issue de sa première réunion de 2012, quelques jours après une redistribution des postes clés de l'organigramme qui a vu le Belge Peter Praet succéder à l'Allemand Jürgen Stark au poste très influent d'économiste en chef.

Cette première réunion se déroulera avec en toile de fond les difficultés des négociations sur la dette grecque, la baisse de l'euro et les tensions financières, les banques rechignant toujours à se prêter les unes aux autres.

Les établissements financiers de la zone euro ne manquent pourtant pas de liquidités depuis l'opération de refinancement à trois ans de décembre, au cours de laquelle la BCE leur a alloué un montant sans précédent de 489 milliards d'euros.

Cette injection historique est intervenue après deux baisses de taux en deux mois.

Le président de l'institution de Francfort, Mario Draghi, devrait profiter de sa conférence de presse mensuelle pour appeler les gouvernements à faire davantage pour combattre la crise maintenant que la banque centrale a agi.

"Nous pensons que la BCE va prendre une position attentiste, le temps de voir comment fonctionnent les mesures qu'elle a mises en place", explique Dirk Schumacher, économiste de Goldman Sachs, ajoutant s'attendre à "une pression accrue de la BCE sur les gouvernements pour qu'ils jouent leur rôle (...) à l'approche du sommet de Bruxelles le 30 janvier".

LES TAUX PEUVENT ENCORE BAISSER

La BCE doit prendre en compte à la fois le risque de récession dans la zone euro et les menaces qui pèsent sur le système financier, mais aussi l'éventualité d'un retour de la déflation: l'inflation dans la région est revenue à 2,8% en décembre et elle pourrait retomber dans quelques mois sous le niveau, "inférieur à mais proche de 2%", auquel la banque centrale entend la maintenir.

Un tel scénario ouvre la voie à une nouvelle baisse des taux d'intérêt.

"Il y a une certaine probabilité pour qu'elle baisse les taux au cours de l'une des trois prochaines réunions mais, pour l'ensemble des trois réunions, nous estimons que cette probabilité ne dépasse pas 40%", dit Christian Schulz économiste de la banque Berenberg.

"On est revenu au point bas de l'après-Lehman en terme de taux d'intérêt", ajoute cet ancien économiste de la banque centrale.

"La situation de l'économie réelle n'est pas pire qu'après Lehman et la BCE a clairement dit que le taux d'intérêt visaient clairement l'économie réelle tandis que les mesures non- conventionnelles visaient la crise financière."

Ces dernières mesures (rachats d'obligations et fourniture de liquidités) sont considérées par nombre d'observateurs comme une forme déguisée d'"assouplissement quantitatif", en référence aux politiques - assumées - de la Réserve fédérale américaine et de la Banque d'Angleterre.

ASSUMER L'ASSOUPLISSEMENT QUANTITATIF ?

Le président français, Nicolas Sarkozy, a déclaré le mois dernier que la fourniture de liquidités à trois ans aux banques permettrait aux établissements financiers de pays comme l'Espagne ou l'Italie d'acheter des obligations d'Etat.

Mais les montants record des dépôts des banques à la BCE montrent que ce mécanisme est loin d'être pleinement enclenché, même si Christian Noyer, le membre français du conseil des gouverneurs a jugé que les émission d'Etat se déroulaient désormais dans de meilleurs conditions.

"Je ne crois pas que (Draghi) dise aux banques ce qu'elles doivent faire de leur argent", dit Christian Schulz. "Il est possible que cela se traduise par un petit soutien aux Etats (...) mais les grandes banques vont continuer de réduire leur bilan et rester autant que possible à l'écart des titres d'Etat."

La BCE a pour l'instant résisté fermement aux pressions politiques visant à lui faire adopter une politique d'assouplissement quantitatif et Jörg Asmussen, le nouveau membre allemand de son directoire, a réaffirmé cette position la semaine dernière en déclarant que les rachats d'obligations étaient "limités en termes de temps et de volumes".

Dernier sujet de débat en date pour l'institution: l'appel lancé vendredi par Athanasios Orphanides, membre chypriote du conseil des gouverneurs, en faveur de l'abandon du projet d'implication des créanciers privés dans l'aide à la Grèce.

Outre Asmussen, la réunion de jeudi sera aussi la première à laquelle participera le Français Benoit Coeuré depuis sa nomination au directoire.

Avec Eva Kuehnen, Marc Angrand pour le service français, édité par Jean Décotte

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