9 janvier 2012 / 14:17 / il y a 6 ans

Le président de la Banque nationale suisse jette l'éponge

par Pascal Schmuck

BERNE/ZURICH (Reuters) - La Banque nationale suisse (BNS) a annoncé lundi la démission avec effet immédiat de son président, Philipp Hildebrand, qui s'est dit dans l'incapacité de prouver sa bonne foi dans l'affaire des transactions de devises réalisées par son épouse.

"Je n'ai jamais menti, mais malheureusement je ne peux pas prouver que les faits sont tels que je les ai décrits", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse lundi à Berne.

"Dès que le chef d'une banque centrale en arrive à la conclusion qu'il n'est plus complètement crédible, il doit alors se retirer", a-t-il ajouté.

Sa démission est le point d'orgue d'une affaire qui défraie l'actualité suisse depuis le mois dernier.

Elle trouve son origine dans une opération financière effectuée à la mi-août par l'épouse de Philipp Hildebrand, portant sur la conversion de 400.000 francs suisses en dollars trois semaines avant que la BNS ne fixe un taux plancher pour la devise helvétique face à l'euro. Elle avait alors réalisé un profit substantiel.

L'affaire a éclaté en décembre lorsqu'un employé de la banque Sarasin a confié à un avocat et député de l'Union démocratique du centre (UDC, droite populiste) des documents relatifs à cette opération financière.

Christoph Blocher, vice-président de l'UDC, a par la suite transmis ces documents au gouvernement, selon la presse suisse et réclamé la démission du président de la BNS.

La semaine dernière, Philipp Hildebrand avait affirmé que ces transactions avaient été réalisées uniquement à l'initiative de son épouse et qu'il n'en avait été informé que le lendemain.

Se prévalant du soutien du gouvernement, il avait alors solennellement rejeté les appels à sa démission lors d'une conférence de presse qui s'est tenue jeudi dernier.

Mais sa position était devenue intenable, même si un rapport de PriceWaterhouseCooper commandité par la BNS sur les transactions réalisées par la famille Hildebrand l'avait pourtant blanchi, affirmant qu'il n'avait pas eu connaissance des actions de son épouse et les avait déclarées a posteriori aux instances de contrôle de la BNS.

LES EXCUSES DE KASHYA

Le vice-président Thomas Jordan assurera l'intérim à la présidence de la BNS, a indiqué dans un communiqué le conseil de la banque centrale.

Le conseil de la banque a réaffirmé que la politique monétaire de la BNS, qui a fixé au début septembre un taux de change minimum de 1,20 franc pour un euro restait inchangée, et qu'elle serait défendue avec la plus grande détermination. Le franc suisse n'évoluait que peu après l'annonce du départ du président de la BNS, se traitant à 1,2136 face à l'euro à 16h16 GMT.

Le gouvernement a de son côté regretté le départ de Philipp Hildebrand qui, note le Conseil fédéral dans un communiqué, "a apporté la preuve de ses hautes compétences en matière de politique monétaire, tout particulièrement en cette période de crise".

Le Conseil fédéral espère que la BNS sera désormais "en mesure de se consacrer à nouveau entièrement à sa tâche au service de la politique monétaire de la Suisse".

Kashya Hildebrand a de son côté présenté ses excuses au peuple suisse, à la BNS et à son époux, par le biais d'un communiqué, qualifiant d'"erreur de jugement" la transaction sur les devises à l'origine du scandale qui a conduit à la démission de son mari.

Philipp Hildebrand assurait la présidence de la BNS depuis le 1er janvier 2010 après avoir été appelé en 2003 au sein du directoire, quittant le Comité exécutif de l'Union bancaire privée (UBP) à Genève.

Il restera dans l'histoire comme le premier président de la BNS de la Suisse moderne à se retirer contre sa volonté.

Sa démission constitue donc une victoire pour Christoph Blocher, qui a multiplié les attaques contre le président de la BNS depuis 2010 à l'occasion des interventions sur les marchés monétaires.

TRANSPARENCE ACCRUE AU SEIN DE LA BNS

Cette affaire a poussé la classe politique à demander davantage de transparence.

"Nous ne sommes pas un tribunal, simplement une commission parlementaire", a déclaré Christophe Darbellay, président du Parti démocrate chrétien (PDC) évoquant le travail de la commission parlementaire de l'Economie et des Redevances, qu'il préside également.

Il a précisé que la commission parlementaire allait aussi se pencher sur la violation du secret bancaire commise par l'ex-employé de la banque Sarasin et l'UDC, alors même que ce parti s'était jusqu'à présent érigé en défenseur de cette notion sensible en Suisse. "Cette violation du secret bancaire pour des objectifs politiques, voilà qui est grave", a-t-il dit.

Philipp Hildebrand a par ailleurs reçu le soutien inattendu de l'ex-employé de la banque Sarasin, un homme de 39 ans répondant au nom de Reto Tarnutzer. Dans une lettre envoyée lundi à plusieurs médias, il affirme qu'il n'a jamais voulu rendre publiques les informations qu'il avait prises à la banque.

"Je ne voulais qu'obtenir des explications et non dévoiler des données", a-t-il indiqué dans sa lettre, déplorant que l'UDC ait transmis ces documents, geste qui viole le secret bancaire et met en danger sa personne.

avec Catherine Bosley et Catherine Copley à Berne; édité par Henri-Pierre André

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