22 décembre 2011 / 15:23 / dans 6 ans

Remaniements et prémices d'une restructuration chez SocGen

par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - La Société générale, qui a remanié mercredi soir la direction de sa banque de financement et d‘investissement (BFI), s‘apprête, selon les analystes et les syndicats, à restructurer en profondeur sa BFI à un moment où la banque s‘efforce de rassurer les investisseurs sur sa solidité financière.

La SocGen, qui a vu sa capitalisation boursière s‘effondrer de près de 60% cette année sur fond de crise de la zone euro, doit maintenant convaincre sur sa capacité à renforcer ses fonds propres dans la perspective des nouvelles règles du comité de Bâle et améliorer sa rentabilité.

Si les raisons précises du départ de Michel Péretié, le patron de la BFI, restent floues, l‘arrivée de Didier Valet, le directeur financier de la banque, pour le remplacer fait dire aux analystes que la banque entend mettre l‘accent sur la rentabilité et la chasse aux coûts.

“En général, quand on nomme le directeur financier patron d‘une division, c‘est qu‘il faut serrer les boulons et mettre l‘accent sur la rentabilité plus que sur le développement”, commente un analyste financier basé à Paris sous couvert d‘anonymat.

“Cela annonce de la restructuration”, poursuit-il. “C‘est un message qui est relativement clair.”

“Comme la BFI est de plus en plus contrainte par le ‘deleveraging’ (réduction de bilan, NDLR) et par Bâle III, Michel Péretié n‘a peut-être pas présenté un budget suffisamment crédible à cet égard”, souligne un autre analyste basé à Londres qui n‘a pas souhaité être nommé. “Didier Valet a de plus en plus de choses à dire sur le sujet.”

Mi-septembre, la Société générale avait indiqué vouloir réduire de 5% ses coûts dans la BFI, céder des actifs et réduire la voilure dans ses activités de financement.

La banque devrait du coup détailler dans les prochaines semaines son plan d‘action et en chiffrer les conséquences en termes de suppression de postes.

“PAS BON SIGNE”

Les syndicats redoutent de leur coté que la SocGen durcisse la restructuration entamée depuis septembre dans un contexte de fortes tensions sur les financements bancaires et du gel du marché interbancaire.

“On avait déjà critiqué l‘orientation conduite quand Péretié nous l‘avait exposée. S‘il a été remplacé, c‘est pour accentuer le mouvement”, souligne Michel Marchet, délégué national CGT de la SocGen. “Ce n‘est pas bon signe.”

“La Société générale n‘a pas beaucoup le choix. Elle a une base de capital difficile par rapport à ses pairs et une rentabilité de sa BFI qui n‘est pas à la hauteur de ce qu‘elle devrait être”, relève un analyste financier. “Ils vont devoir couper ici ou là.”

Jugées par les investisseurs comme fragiles sur leur structure de financement et insuffisamment capitalisées par rapport à leurs concurrents, les banques françaises sont désormais contraintes de réduire la taille de leur bilan pour renforcer leur solvabilité financière.

Les analystes leur reprochent d‘avoir trop tardé à adapter leur modèle économique et de ne pas avoir tiré toutes les leçons de la crise financière après la faillite de Lehman Brothers en 2008 qui avait obligé l‘Etat à intervenir.

La semaine dernière, le Crédit agricole a annoncé la suppression de 1.750 postes dans sa BFI et l‘arrêt de ses activité dans les dérivés actions et matières premières. BNP Paribas prévoit de son côté de supprimer près de 1.400 postes dans ses activités de marché et de financement.

BADRÉ, UN ‘GO-BETWEEN’ ?

Compte tenu de la crise et des nouvelles normes prudentielles bancaires, les économistes et les analystes estiment que les banques européennes réduiront leurs prêts aux grandes entreprises en les incitant à se financer directement sur les marchés financiers.

“Si on considère qu‘il n‘y a pas de salut en dehors du modèle américain, alors oui, tout le monde doit s‘engager dans cette voie”, peste Michel Marchet de la CGT. “On ne pense pas que le modèle US soit plus efficient que le modèle français ou européen de banque”.

La CGT regrette aussi l‘arrivée d‘un directeur financier à la tête de la BFI même si Christophe Mianné, le patron des activités de marché de la banque, a été nommé directeur adjoint de la BFI.

“On n‘aimerait pas que ce soit le règne des comptables”, déclare Michel Marchet qui rappelle que Frédéric Oudéa, l‘actuel PDG de la banque, était aussi directeur financier avant de devenir directeur général après l‘affaire Kerviel début 2008.

“Le fait qu‘ils aient nommé Valet et non pas Mianné à la tête de la BFI montre que le défi n‘est pas dans le ‘business’ mais sur les aspects financiers et la rentabilité”, insiste un analyste.

Dans le même temps, la nomination de Bertrand Badré comme nouveau directeur financier de la SocGen, poste qu‘il occupait précédemment au Crédit agricole avant d‘en être écarté par la nouvelle direction, a relancé les spéculations autour d‘un rapprochement ou de plus amples partenariats entre les deux banques.

Les deux groupes ont l‘habitude de travailler ensemble après avoir fusionné leurs activités dans le courtage avec Newedge et dans la gestion d‘actifs avec Amundi. Mais pour l‘heure, le scénario d‘un rapprochement laisse les analystes dubitatifs.

“Bertrand Badré n‘est pas parti en bons termes avec le Crédit agricole. Je ne crois pas à la théorie du ‘go-between’ entre les deux banques”, fait remarquer un analyste.

“Si tu veux un ‘go-between’, tu choisis un ‘go-between’ agréé par les deux parties”, poursuit-il. “Là ce n‘est pas le cas.”

Edité par Jean-Michel Bélot

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