14 décembre 2011 / 13:32 / dans 6 ans

La Caisse des dépôts appelée à la prudence après Groupama

par Julien Ponthus et Matthieu Protard

<p>Augustin de Romanet, directeur g&eacute;n&eacute;ral de la Caisse des d&eacute;p&ocirc;ts. La Caisse des d&eacute;p&ocirc;ts (CDC), qui vient de se porter au secours de l'assureur mutualiste Groupama, est d&eacute;sormais appel&eacute;e &agrave; la prudence, certains responsables craignant qu'elle ne puisse ind&eacute;finiment continuer d'agir comme le "pompier volant" de l'&eacute;conomie fran&ccedil;aise. /Photo prise le 2 septembre 2011/REUTERS/Charles Platiau</p>

PARIS (Reuters) - La Caisse des dépôts (CDC), qui vient de se porter au secours de l‘assureur mutualiste Groupama, est désormais appelée à la prudence, certains responsables craignant qu‘elle ne puisse indéfiniment continuer d‘agir comme le “pompier volant” de l’économie française.

Avec la crise, le bras armé financier de l‘Etat est devenu un instrument central de la politique économique de la France.

Qu‘il s‘agisse du sauvetage de Dexia, de la création du Fonds stratégique d‘investissement (FSI), de la recapitalisation de La Poste, de sa participation au plan de relance, des prêts aux PME avec Oséo, ou encore du financement des collectivités locales, la CDC est sur tous les fronts.

Avec le renflouement de Groupama, l‘inventaire “à la Prévert” de ses interventions commence à inquiéter.

“Elle (la CDC) peut aujourd‘hui s‘interroger sur les marges qui lui restent. C‘est la question qu‘elle doit se poser”, a confié à Reuters Nicole Bricq, sénatrice du Parti socialiste et membre de la commission de surveillance de la CDC.

“Pour l‘instant, la Caisse n‘a pas fait d‘erreurs, son modèle prudentiel tient bon”, poursuit l’élue de Seine-et-Marne, pour qui “les investissements faits dans La Poste, dans Transdev, dans Groupama, ce sont plutôt de bonnes opérations”.

Banquiers et avocats d‘affaires parisiens commencent aussi à se demander combien de temps la CDC pourra continuer à agir sur tous les fronts.

“Je vois un risque parce que même si la Caisse des dépôts a beaucoup de ressources, il y a une limite à la dette qu‘elle peut lever”, juge un avocat spécialiste des fusions-acquisitions.

Des craintes apparaissent aussi au sein même de cette institution financière qui fêtera son bicentenaire en 2016.

RUPTURE D’ÉQUILIBRE

“Il y a une mobilisation croissante des ressources de la Caisse des dépôts sur des opérations qui ne rentrent pas dans sa mission (...) Là, on atteint une rupture d’équilibre”, a dit à Reuters Jean-Philippe Gasparotto, un responsable syndical de la CGT. “La CDC (...) ne peut pas tout faire en même temps avec un niveau de ressource qui n‘est pas sans limite.”

Surtout, la CDC est dans une position jugée délicate puisque, candidat non déclaré à sa propre succession, son directeur général Augustin de Romanet attend son éventuelle reconduction par le président de la République en mars, date à laquelle son mandat arrive à échéance.

“Manifestement, Augustin de Romanet suit les injonctions d‘orientation qui sont de l‘Elysée et de Matignon”, juge Jean-Philippe Gasparotto.

Outre ces considérations politiques, les menaces qui planent actuellement sur le ‘triple A’ français concernent directement la CDC, qui doit une large part de sa puissance de feu à la note attribuée à la France.

AAA SOUS SURVEILLANCE

La CDC a dû donc prendre acte jeudi dernier de la mise sous surveillance avec implication négative de sa notation par Standard & Poor‘s, trois jours après une décision similaire de l‘agence sur le ‘triple A’ de la France.

L‘organisme public s‘est borné à rappeler qu‘il disposait d‘une “situation de solvabilité très solide, nettement supérieure à celle requise par les normes bancaires, et adaptée à sa mission d‘investisseur de long terme et de protection des dépôts réglementés”.

La Caisse des dépôts doit présenter un nouveau modèle prudentiel afin d‘adapter ses normes comptables aux nouvelles règles prudentielles de Bâle III et convaincre les agences de notation qu‘elle mérite de garder la meilleur notation possible.

Cette démarche intervient aussi alors que ses résultats devraient pâtir de la déroute des marchés financiers.

Si la CDC avait affiché pour 2010 un bénéfice net en progression de 8,6% à 2,151 milliards d‘euros, elle s‘attend à des résultats en baisse cette année en raison des turbulences sur les marchés financiers.

Etant l‘un des tout premiers investisseurs du CAC 40, la CDC devra en effet passer des provisions sur ses participations si les marchés financiers ne se reprennent pas avant la fin de l‘année.

Sollicitée par Reuters, la Caisse des dépôts n‘a pas souhaité apporter de commentaires.

Avec Christian Plumb et Lionel Laurent à Paris, Sophie Sassard à Londres, édité par Dominique Rodriguez

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