29 novembre 2011 / 15:57 / il y a 6 ans

Faute de croissance, Londres prolonge l'austérité

par Fiona Shaikh et David Milliken

LONDRES (Reuters) - Le gouvernement britannique a revu en forte baisse mardi ses prévisions de croissance et reconnu qu‘il lui faudrait plus longtemps que prévu pour réduire le déficit budgétaire, ce qui l‘amènera à prolonger des mesures d‘austérité au-delà de l’échéance électorale de 2015.

Le ministre des Finances (chancelier de l’Échiquier), George Osborne, a averti que l’économie du royaume risquait de basculer dans la récession si la crise de la dette n’était pas rapidement résolue.

“Si le reste de l‘Europe se dirige vers la récession, il pourrait être difficile d‘en éviter une au Royaume-Uni”, a-t-il dit au parlement lors de son discours semestriel sur le budget.

“La majeure partie de l‘Europe semble se diriger vers une récession provoquée par une absence chronique de confiance dans la capacité des pays à faire face à leur dette. Nous ferons tout ce qu‘il faut pour protéger la Grande-Bretagne de cette tempête de la dette, tout en faisant tout ce que nous pouvons pour poser les fondations de la croissance future”, a-t-il ajouté.

Le gouvernement de David Cameron ne prévoit plus que 0,7% de croissance en 2012, alors qu‘il tablait en mars sur un chiffre de 2,5%.

L‘Office for Budget Responsibility (OBR), l‘organisme indépendant qui établit ces prévisions, s‘attend à une baisse de 0,1% du produit intérieur brut (PIB) sur les trois derniers mois de cette année.

Il table sur une reprise de 2,1% en 2013 (contre 2,9% jusqu’à présent) puis sur une accélération à 3,0% d‘ici 2015, un niveau que les analystes jugent optimiste.

PLAN D‘INVESTISSEMENT DANS LES INFRASTRUCTURES

Disant vouloir favoriser le soutien à la croissance à long terme, George Osborne a annoncé une ponction de 30 milliards de livres sur les fonds de pension du pays pour développer des projets d‘infrastructures.

Le gouvernement prévoit aussi d‘accorder jusqu’à 40 milliards de livres de prêts aux petites et moyennes entreprises souffrant de la raréfaction du crédit.

Mais le chancelier de l‘Echiquier a aussi annoncé que la hausse des traitements des fonctionnaires, actuellement gelés, serait plafonnée à 1% par an à partir de 2013.

Cette annonce intervient à la veille d‘une journée de grève dans la fonction publique britannique, qui emploie deux millions de personnes, contre la réforme du régime de retraite prévoyant hausse des cotisations et allongement de la durée de cotisation.

Autre conséquence de la révision à la baisse des prévisions de croissance: le gouvernement Cameron se voit privé des maigres marges de manoeuvre dont il disposait pour atteindre son objectif d’éradiquer en cinq ans un déficit budgétaire qui a culminé à 11% du PIB sur l‘exercice budgétaire 2009-2010, pour revenir à 9,75% l‘année suivante.

Le porte-parole de l‘opposition travailliste, Ed Balls, a reproché mardi à George Osborne d‘avoir commis une catastrophique erreur de jugement en réduisant trop et trop vite les dépenses publiques.

“Le pays a besoin soit d‘un nouveau chancelier, soit d‘un nouveau projet (...) Le chancelier doit changer de voie et il doit le faire maintenant”, a-t-il dit au parlement.

Lundi, l‘OCDE a estimé que l’économie britannique pourrait subir une légère récession au début de l‘an prochain et a ramené sa prévision de croissance 2012 à 0,5% seulement, en appelant la Banque d‘Angleterre à soutenir l‘activité en intensifiant sa politique d‘assouplissement quantitatif, qui consiste à racheter des obligations sur les marchés.

“DÉCENNIE PERDUE”

“Les prévisions à court terme sont globalement conformes aux nôtres mais je pense que les prévisions à long terme - jusqu‘en 2016 - sont très optimistes au regard de la persistance des contraintes budgétaires et des incertitudes créées par la crise de la zone euro”, a commenté Howard Archer, économiste de Global Insight.

Dans ce contexte peu favorable, le gouvernement Cameron bénéficie au moins d‘un avantage: des coûts de financement historiquement faibles, les obligations britanniques bénéficiant actuellement d‘un statut de valeur refuge par rapport à celles des pays de la zone euro.

Le rendement à 10 ans des “gilts” est ainsi tombé à 2,3% environ, alors que l‘OBR tablait en mars sur un niveau moyen de 3,8%. Une telle baisse, a souligné George Osborne, représente une économie de 22 milliards de livres (25,8 milliards d‘euros) d‘ici 2015-2016.

Mais l‘essentiel du soutien à l’économie reste assuré par la Banque d‘Angleterre: selon les économistes interrogés par Reuters, la banque centrale pourrait injecter 75 milliards de livres supplémentaires au cours des prochains mois , portant à 350 milliards les montants investis dans le soutien aux marchés et au crédit depuis le début de la crise en 2008.

Malgré cela, “le Royaume-Uni est au milieu d‘une ‘décennie perdue’ et je pense que 2012 sera encore une année difficile” dit Michael Saunders de Citi.

Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

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