October 5, 2011 / 7:13 AM / 8 years ago

Vers un démantèlement de Dexia, inquiétude des clients

par Matthieu Protard et Philip Blenkinsop

DEXIA

BRUXELLES/PARIS (Reuters) - Alors que les autorités belges et françaises préparent un nouveau plan de sauvetage de Dexia, la banque franco-belge, première victime bancaire étrangère de la crise de la dette en zone euro, doit faire face mercredi à des retraits de dépôts et croule sous les appels téléphoniques de clients inquiets.

Bruxelles et Paris devraient finaliser d’ici jeudi un plan de démantèlement de l’ancien leader mondial du financement des collectivités locales, déjà sauvée de la faillite à l’automne 2008 après la chute de Lehman Brothers. Le scénario actuellement privilégié passe par un adossement des principales activités de Dexia en France à la Caisse des dépôts (CDC) et à la Banque postale.

Signe de l’extrême inquiétude des épargnants, le service d’assistance téléphonique mis en place par la banque est surchargé d’appels. Toutefois, ni aucun signe de panique ni aucune file d’attente n’ont été observés dans les agences de Dexia à Bruxelles mercredi matin.

“Nous avons eu certains clients qui ont retiré leur argent, mais cela a été limité”, a déclaré une porte-parole de la banque franco-belge.

“Nous recevons beaucoup de questions et nous nous efforçons d’expliquer la situation le plus possible”, a-t-elle ajouté.

D’après le journal belge De Tijd, les clients auraient retiré 300 millions d’euros. Ce chiffre exclut les transactions en ligne.

Le ministre français de l’Economie, François Baroin, a fait savoir qu’un plan de restructuration de Dexia devrait être bouclé dès jeudi.

De son côté, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France (BdF), a promis que Dexia disposerait de tous les financements nécessaires à son sauvetage sans que la note “triple A” de l’Etat français s’en trouve menacée.

A la Bourse de Paris, l’action Dexia gagnait 8,04% vers 15h20 à 1,0810 euro après s’être adjugé près de 9% dans les premiers échanges. Le titre avait chuté mardi de 22,46%, portant à près de 60% sa baisse depuis le début de l’année.

Dexia profite également du rebond des valeurs bancaires françaises à l’image de l’action Crédit agricole qui progresse au même moment de 8,36%.

SOUS SURVEILLANCE DE FITCH

Fitch Ratings a par ailleurs placé sous surveillance avec implication négative la note de viabilité B+ de Dexia.

“Il est clair que l’on va vers un démantèlement de Dexia qui se fera vraisemblablement sur des tracés frontaliers et avec la création d’une “bad bank” dont la taille pourrait aller jusqu’à 200 milliards d’euros”, estime Jean-Pierre Lambert, analyste chez KBW.

Incapable de se relever de la crise financière malgré une première vague de restructuration entamée fin 2008 et début 2009, Dexia, fortement exposée à la crise de la dette au sein de la zone euro, est aujourd’hui plus que jamais menacée d’un démantèlement, faute de pouvoir se financer normalement.

Plusieurs responsables politiques français et belges ont évoqué mardi publiquement le projet de création d’une “bad bank”, une structure de défaisance distincte où serait cantonné le portefeuille obligataire à risque de la banque, d’un montant de quelque 100 milliards d’euros.

“Je pense que demain, une solution devrait être trouvée”, a dit François Baroin mercredi sur RTL, ajoutant que “Dexia ne pourra pas rester en l’état, c’est incontestable”.

Interrogé sur l’éventualité d’un adossement des activités de financement des collectivités locales de Dexia à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et à La Banque postale, le ministre a répondu: “C’est évidemment la piste la plus sérieuse, parce que c’est la plus solide, parce que c’est la plus expérimentée, parce que c’est celle que l’on connaît le mieux”.

“Le schéma qui est envisagé aujourd’hui, qui je pense va déboucher, sous réserve d’un certain nombre de questions techniques qui restent à régler, consiste à faire prendre le relais par une structure qui serait conjointement constituée par la Caisse des dépôts et par Banque postale”, a fait savoir Gilles Carrez, le rapporteur général de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. “

“Cette structure consentirait de nouveaux prêts aux collectivités locales”, a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse.

BDF ET BNB FOURNIRONT DES LIQUIDITÉS

Parallèlement, à Bruxelles, le premier ministre belge en charge des affaires courantes, Yves Leterme, a estimé qu’une nationalisation des activités belges de Dexia (Dexia Bank Belgium) était une “possibilité”.

“Il est possible que la Belgique reste avec une banque nationalisée jusqu’au moment où le marché s’améliore et où la santé du secteur bancaire se redresse et où il y a une possibilité de transactions “, souligne Jean-Pierre Lambert, chez KBW.

Un scénario de démantèlement de Dexia reviendrait à scinder définitivement les branches belge et française du groupe créé il y a 15 ans par le rapprochement du Crédit local de France et du Crédit communal de Belgique.

Ce démantèlement se fera avec le soutien des banques centrales des deux pays, a assuré de son côté le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer.

“On va prêter de l’argent en tant que de besoin à Dexia, la Banque nationale de Belgique et la Banque de France, pour faire en sorte que les opérations de restructuration se passent très bien”, a-t-il dit sur Europe 1.

Il a assuré que la participation de l’Etat français au sauvetage de Dexia ne menacerait pas la note souveraine de la France.

L’ancien premier ministre socialiste Laurent Fabius avait déclaré peu de temps auparavant que la France exposerait sa note souveraine “AAA” si elle se portait au secours de Dexia.

“Je trouve ce propos très excessif et à vrai dire assez inexact”, a réagi Christian Noyer. “Les Etats eux-mêmes ne vont pas garantir davantage que ce qu’ils ont garanti il y a quelques années.”

Valérie Pécresse, la porte-parole du gouvernement français, a aussi assuré qu’il n’y avait aucun rapport entre la situation de Dexia et celle des autres banques françaises.

Lors de son premier sauvetage, en 2008, la banque franco-belge avait bénéficié de 150 milliards d’euros de garanties des Etats, dont 55 milliards pour la France.

Avec Marc Angrand, Jean-Baptiste Vey et Emile Picy, édité par Jean-Michel Bélot

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