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Économie

Dublin pourrait débourser 50 milliards d'euros pour ses banques

DUBLIN (Reuters) - L’Irlande a annoncé jeudi que la restructuration de ses banques pourrait coûter au final plus de 50 milliards d’euros à l’Etat, une révision à la hausse qui obligera le gouvernement à adopter de nouvelles mesures d’austérité pour juguler les déficits.

La banque centrale irlandaise a estimé jeudi à 34 milliards d'euros le coût du sauvetage d'Anglo Irish Bank dans le scénario le plus noir. /Photo prise le 25 mars 2010/REUTERS/Cathal McNaughton

Le ministre des Finances, Brian Lenihan, a expliqué que la facture du sauvetage d’Anglo Irish Bank pourrait atteindre à elle seule 34 milliards. Mais il a assuré que ces estimations n’augmenteraient plus et que le gouvernement était désormais engagé dans la dernière phase de la restructuration du secteur, plombé par l’accumulation des créances immobilières douteuses.

“Bien sûr, ces chiffres sont terribles, mais ils sont gérables sur une période de dix ans”, a-t-il dit.

La réaction des marchés financiers, qui anticipaient depuis longtemps une révision en forte hausse du coût du soutien aux banques, a été légèrement positive.

L’écart de rendement entre les emprunts d’Etat irlandais à 10 ans et leurs équivalents allemands, qui mesure la “prime de risque” exigée par les investisseurs pour prêter à Dublin plutôt qu’à Berlin, refluait très légèrement, à 457 points de base, soit neuf points de moins que mercredi. Il avait culminé à 475 points en début de semaine.

Et sur le marché des “credit default swaps”, des instruments financiers utilisés comme assurance contre un risque de défaut de remboursement, les CDS irlandais reculaient eux aussi.

“Je crois que le marché avait besoin d’être informé, et il l’est”, a commenté Padraic Garvey, stratège taux d’ING.

“Le chiffre du déficit est assez impressionnant, il est supérieur à ce que représentait la dette de l’Etat il y a quelques années, ce qui constitue une situation assez incroyable”, a-t-il ajouté.

Brian Lenihan a précisé que l’Etat, dont le financement est déjà assuré jusqu’à fin juin 2011, avait décidé d’annuler les émissions obligataires initialement prévues en octobre et novembre et qu’il ne reprendrait des adjudications habituelles que début 2011.

Cette décision a contribué à rassurer les investisseurs car elle laisse entendre que Dublin dispose de réserves de trésorerie importantes et n’est pas menacée de devoir faire appel au soutien de l’Union européenne, voire du Fonds monétaire international.

QUATRE ANS POUR RAMENER LE DÉFICIT DE 32% À 3%

Le gouvernement a toutefois averti sans ambigüité que le soutien financier au secteur bancaire l’obligerait à de nouvelles coupes claires dans les dépenses budgétaires. L’Irlande s’est en effet engagée à ramener d’ici 2014 son déficit budgétaire sous le plafond de 3% du produit intérieur brut (PIB) fixé par Bruxelles.

Or le déficit public irlandais devrait atteindre cette année 32% du PIB, soit plus de 10 fois ce plafond, contre 11,7% l’an dernier. Le ratio dette/PIB devrait, lui, approcher 99% fin 2010.

“Les coûts budgétaires supplémentaires, et en particulier l’augmentation du ratio dette/PIB qu’ils impliquent, confirment la nécessité d’une reprogrammation de la situation budgétaire”, a déclaré le gouverneur de la banque centrale, Patrick Honohan, dans un communiqué.

Le gouvernement présentera donc en novembre un plan d’assainissement budgétaire sur quatre ans qui devrait officialiser un nouveau tour de vis fiscal.

Le gouvernement du Premier ministre Brian Cowen ne dispose que d’une très courte majorité parlementaire et doit faire face à la colère d’une bonne partie de l’opinion publique, ce qui pourrait compliquer l’adoption d’ici la fin de l’année de nouvelles mesures d’austérité.

Selon le plan détaillé jeudi, Dublin injectera entre 29,3 et 34 milliards d’euros dans Anglo Irish. Le haut de cette fourchette correspond pratiquement à l’estimation donnée il y a quelques jours par l’agence de notation Standard & Poor’s.

Pour Irish Nationwide Building Society , à l’origine un établissement mutualiste de crédit et de produits d’épargne, la facture de la crise atteindra 5,4 milliards d’euros, soit deux fois l’estimation initiale.

Brian Lenihan a en outre surpris les investisseurs en annonçant que l’Etat deviendrait actionnaire majoritaire d’Allied Irish, qui a besoin de trois milliards de plus avant la fin de l’année, alors qu’elle a déjà reçu 7,4 milliards.

Les injections de capitaux passées ou futures dans d’autres institutions financières, comme EBS Building Society et Bank of Ireland porteront la facture globale à plus de 50 milliards d’euros.

L’agence de notation Fitch a estimé que la note souveraine AA- de l’Irlande restait menacée mais que les annonces de jeudi assuraient un délai supplémentaire au gouvernement.

“Le gouvernement a déjà annoncé qu’il resterait à l’écart des marchés pendant quelques mois au moins”, a expliqué à Reuters Chris Pryce, analyste senior de Fitch. “Il a donc du temps pour réfléchir et du temps pour réagir de manière mesurée.”

Gwénaelle Barzic et Marc Angrand pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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