February 5, 2010 / 11:50 AM / 10 years ago

La zone euro subit sa plus grosse tempête

par Brian Love

La zone euro devrait tenir bon dans la crise de la dette publique qu'elle traverse actuellement, sa plus grosse tempête depuis sa création il y a onze ans, mais une sortie de l'Union monétaire ne peut être exclue à plus long terme pour certains pays affaiblis. /Photo d'archives/REUTERS/Nacho Doce

PARIS (Reuters) - La zone euro devrait tenir bon dans la crise de la dette publique qu’elle traverse actuellement, sa plus grosse tempête depuis sa création il y a onze ans, mais une sortie de l’Union monétaire ne peut être exclue à plus long terme pour certains pays affaiblis.

La chute des marchés boursiers et obligataires de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal cette semaine souligne que les investisseurs craignent que certains pays du sud de la zone euro, lourdement endettés, ne puissent plus répondre aux exigences qu’implique leur adhésion.

Les faiblesses des pays méridionaux de la zone euro ont été masquées pendant des années par une conjoncture économique favorable et un crédit bon marché qui a favorisé un boom immobilier. Avec la crise financière et économique mondiale, la situation a changé: gonflement de la dette publique et montée du chômage ne pourraient être enrayés que par une forte poussée de croissance. Mais ayant adhéré à une monnaie unique, ces pays ne peuvent ni réduire les taux d’intérêt ni déprécier la monnaie.

Et cette étreinte monétaire ne paraît pas devoir se relâcher dans la mesure où les signes de reprise économique dans les pays les plus solides de la zone euro, Allemagne en tête, risquent fort de pousser la Banque centrale européenne à resserrer cette année ou la suivante sa politique monétaire ultra-accommodante.

La deuxième décennie de l’Union européenne sera l’opposée de la première, la politique des taux étant alors axée sur les grandes économies de la zone, pense Daniel Gros, qui dirige le Centre for European Policy Studies (CEPS).

“La BCE aura une politique adaptée au noyau dur et la périphérie sera laissée pour compte”, dit-il. Il estime que l’union monétaire survivra mais que l’exil d’un de ses petits pays n’est plus quelque chose d’inimaginable.

PROCÉDURE DE SORTIE DOULOUREUSE

Pour autant, spéculer sur une sortie anticipée est probablement déplacé et les pays restent éloignés du seuil à partir duquel adhérer à l’euro deviendrait insoutenable. Même si le taux de chômage de l’Espagne avoisine les 20%, elle a survécu avec un taux de 20% voire plus durant les années 1980 et 1990.

En outre, la procédure de sortie serait si douloureuse, à tous points de vue, qu’on peut penser que toutes les autres options possibles seraient épuisées avant d’en arriver là.

Dans l’éventualité d’un retrait, les défis à relever ne manqueraient pas. Il faudrait trouver le moyen de transférer les dépôts bancaires locaux hors du système monétaire européen sans provoquer une fuite généralisée des capitaux, payer pratiquement du jour au lendemain les salaires dans une nouvelle monnaie locale ou encore rembourser des prêts immobiliers libellés en euro qui pourraient devenir brusquement plus onéreux.

La zone euro est par ailleurs une oeuvre politique que les membres les plus aisés, comme la France et l’Allemagne, s’emploieront sans doute à défendre ardemment.

“Je ne crois pas que la zone euro s’effondrera sous la pression, c’est un acquis beaucoup trop précieux”, dit l’économiste Michael Spence, lauréat du prix Nobel en 2001.

Les récents événements montrent que la zone euro doit créer un cadre institutionnel pour traiter les crises du type de celle de la Grèce, juge-t-il. “Il faudra, à un moment ou à un autre, s’occuper de la fragmentation budgétaire de l’Europe.

Il y aura des “interventions ad hoc” et des “solutions créatives au coup par coup”, pense Michael Spence, qui pourraient aller du versement anticipé d’aides “structurelles” de l’UE à l’émission d’un emprunt au nom de la zone euro.

“EFFETS FATALS”

Cela résoudrait ponctuellement les problèmes de dette mais sans résorber les écarts de performance à long terme. Ces dernières années, les mesures de compétitivité relative ont divergé en raison d’une flambée du coût unitaire du travail en Espagne, Irlande et Grèce, alors que l’Allemagne s’est rendue plus compétitive en encadrant les hausses salariales.

Les comptes courants de la zone euro quasiment équilibrés durant la plus grande partie de la décennie écoulée ne peuvent non plus dissimuler les écarts béants entre une économie portée par l’exportation comme celle de l’Allemagne et les économies périphériques reposant sur une forte consommation intérieure.

Les indices d’activité manufacturière montre par ailleurs une reprise de la croissance en Allemagne et en France alors que la contraction persiste à la périphérie de la zone.

De telles divergences ont amené la Commission européenne, dans un rapport en janvier, à déterminer que le taux de change effectif réel de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal était surévalué de plus de 10%, indiquant ainsi de combien les salaires devraient baisser ou la productivité augmenter pour que ces pays soient à nouveau compétitifs.

Bruxelles concluait que ces divergences sapaient la confiance dans l’euro et menaçait la cohésion de la zone. Le ministre allemand de l’Economie, Rainer Brüderle, était encore plus net, jugeant que la faiblesse de certains “risque d’avoir des effets fatals sur l’ensemble des Etats de la zone euro”.

Selon Gilles Moec, économiste de Deutsche Bank, la croissance du PIB de la zone euro aurait été de 1,6% en moyenne par an sur la période 2000-2007, et non de 1,9%, sans les contributions de l’Espagne, de l’Irlande et de la Grèce.

Ces trois pays ont ensemble importé presque autant de produits exportés d’Allemagne que les Etats-Unis en 2007, et le double de produits exportés de France, remarque-t-il. Autrement dit, leur marasme pourrait avoir un impact non négligeable sur les poids lourds de la zone euro.

Version française Wilfrid Exbrayat, édité par Dominique Rodriguez

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