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Économie

La ministre de l'Industrie rencontre direction et syndicats d'Airbus dans "un esprit de vigilance"

TOULOUSE, Haute-Garonne (Reuters) - Agnès Pannier-Runacher, ministre de l’Industrie, était en visite jeudi à Toulouse (Haute-Garonne) pour soutenir la filière aéronautique, durement touchée par la crise du coronavirus, et rappelé l’objectif de “zéro licenciement sec”.

Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'Industrie, était en visite jeudi à Toulouse (Haute-Garonne) pour soutenir la filière aéronautique, durement touchée par la crise du coronavirus, et rappelé l'objectif de "zéro licenciement sec". /Photo prise le 2 juillet 2020/REUTERS/Stéphane Mahé

Agnès Pannier-Runacher a rencontré jeudi après-midi le direction d’Airbus avant de s’entretenir ensuite avec les organisations syndicales, qui ont commencé les négociations autour de ce plan social depuis le 6 juillet et durant quatre mois.

“C’est une crise inédite, avec 40% de perte de chiffre d’affaires, 40% de perte d’activité, c’est du jamais vu et ce qui est préoccupant, c’est que cette crise durera jusqu’en 2022 pour moyen et petits courriers, peut-être plus long pour les longs courriers et nous devons nous mobiliser”, a déclaré la ministre devant la presse, assurant que “l’Etat avait pris ses responsabilités depuis le 9 juin avec un plan d’une ampleur exceptionnelle de 15 milliards d’euros”.

“Je demande à Airbus et aux gros donneurs d’ordre de prendre leurs responsabilités, ce qui veut dire, au sein de leur entreprise trouver toutes les solutions et mobiliser tous les leviers”, a ajouté Agnès Pannier-Runacher.

La ministre a rappelé aussi la responsabilité d’Airbus vis-à-vis de la filière, des sous-traitants sur Toulouse et l’ensemble de la France.

Soulignant de bonnes discussions avec les syndicats et les dirigeants, la ministre de l’Industrie a indiqué que les outils sont prêts et ont été votés pour être opérationnels au 1er août afin de sauver le maximum d’emplois, continuer à embaucher des jeunes et investir dans l’innovation.

ESPRIT DE VIGILANCE

La ministre a assuré être venue à Toulouse dans un esprit de construction mais aussi de vigilance, “considérant que face à l’argent public, il doit y avoir des contreparties et suivre de très près la façon dont l’argent public est employé et faire en sorte que chacun autour de la table, ça peut être les salariés, l’Etat, la direction ou la région, fasse un effort pour qu’ensemble on sauve la filière”.

Pour Dominique Delbouis, coordinateur FO chez Airbus, “la revendication, comme l’a souligné la ministre, c’est zéro départ contraint et il faut tout faire pour atteindre cette cible. Il faut utiliser le dispositif de chômage partiel longue durée, la recherche et le développement sur l’avion vert et la formation pour faire baisser le chiffre au maximum”.

“Nous avons surtout dit à la ministre l’importance d’un effort supplémentaire les départs à la retraite anticipée et sur le chômage partiel longue durée prévu sur deux ans, sur lequel nous préconisons 36 mois”, a-t-il précisé.

Jean-François Knepper, représentant FO d’Airbus, a quant à lui souligné “l’enjeu de protéger l’industrie, pilier central pour l’économie qui contribue grandement à la balance commerciale française”.

Après sa visite chez Airbus, la ministre de l’Industrie s’est rendue à la préfecture de Haute-Garonne afin de s’entretenir avec les représentants d’une dizaine d’entreprises de la sous-traitance aéronautique.

La filière aéronautique représente environ 90.000 emplois en Occitanie, soit 40% des emplois.

Matthieu Rossi, président du groupe Rossi Aéro, une société comptant 300 salariés et qui fabrique des équipements d’ensemble et de sous-ensemble dans le monde de la rechange, a accusé une perte de 35% d’activité et une absence importante de commandes depuis la crise sanitaire.

“La ministre a pris acte de nos problématiques, les solutions apportées par le gouvernement ont été apprécié par l’ensemble de la filière aéronautique et ce qui est important pour nous maintenant, c’est que les personnes reprennent l’avion et que leur retrouve un flux aérien”, a déclaré Mathieu Rossi à Reuters.

“Nous avons utilisé les mesures de chômage partiel, le PGE, toutes les aides apportées qui ont permis de ne pas impacté notre personnel”, a-t-il indiqué, ajoutant qu’une cinquante de salariés était partie dans le cadre d’un plan de départs volontaires en vue de monter des projets personnels.

Alain Di Crescenzo, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Occitanie, a souligné les difficultés de la filière, avec le risque important de perdre jusqu’à 50% des emplois, soit environ 40.000 emplois.

Airbus a annoncé le 30 juin son intention de supprimer 15.000 postes d’ici l’été 2021, dont un tiers en France, dans le cadre d’un plan de restructuration mis en place pour faire face à la crise du transport aérien provoquée par la pandémie de coronavirus.

Le site historique de Toulouse sera particulièrement touché avec 3.378 emplois perdus.

Treize ans après le plan Power 8 qui portait sur 10.000 suppressions de postes chez Airbus et ses sous-traitants, dont 4.300 en France et 1.100 au siège de Toulouse, il s’agit du plan social le plus lourd de l’histoire de l’avionneur.

Dès l’annonce de ce “plan d’adaptation Covid-19”, les organisations syndicales ont posé leur “ligne rouge”, à savoir le refus de tout licenciement contraint.

Les syndicats de la filière aéronautique redoutent une “casse sociale” pas uniquement justifiée par la conjoncture économique.

En juin, Airbus a livré 36 appareils contre 24 en mai, soit une hausse de 50 % depuis que l’Europe subit les effets de la crise sanitaire. Mais cette faible reprise de l’activité ne suffit pas à combler le retard accumulé ces derniers mois.

Depuis le début de l’année, les livraisons ont chuté de 49 %, soit 196 appareils contre 389 sur la même période l’an dernier.

L’avionneur européen n’a enregistré aucune commande nouvelle en juin, et au bilan du premier semestre 2020, le volume des livraisons atteint son niveau le plus bas depuis 16 ans.

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