August 31, 2019 / 9:04 AM / 21 days ago

Argentine: La banque centrale restreint l'accès des banques au peso

BUENOS AIRES (Reuters) - Les obligations d’Etat et le peso argentins ont de nouveau baissé vendredi après la dégradation de la note souveraine du pays par les trois principales agences de notation internationales et l’annonce par la banque centrale de mesures perçues par des observateurs indépendants comme des restrictions à la libre circulation des capitaux.

Les obligations d'Etat et le peso argentins ont de nouveau baissé vendredi après la dégradation de la note souveraine du pays par les trois principales agences de notation internationales et l'annonce par la banque centrale de mesures perçues par des observateurs indépendants comme des restrictions à la libre circulation des capitaux. /Photo d'archives/REUTERS/Marcos Brindicci

“Les institutions financières doivent obtenir une autorisation préalable de la banque centrale pour distribuer leurs résultats”, a annoncé la banque centrale.

Dans un communiqué publié par la suite, elle a expliqué que cette mesure visait à assurer le maintien de la liquidité du système financier afin que les déposants puissent retirer de l’argent quand ils le souhaitent.

“En temps de montée de l’incertitude, nous cherchons à augmenter la liquidité du système afin d’éviter tout manque d’argent”, a-t-elle dit.

Selon une source informée des intentions de la banque centrale, cette mesure revient toutefois bel et bien à limiter l’accès des banques au peso.

“La banque centrale ne leur permet pas de distribuer leurs résultats, cela signifie qu’elles ne peuvent pas utiliser leurs pesos. Ce n’est pas une restriction de l’accès au marché des changes mais de la disponibilité du peso”, a dit cette personne qui a requis l’anonymat car elle n’est pas autorisée à parler à la presse.

Le peso argentin a perdu près de 3% vendredi face au dollar et affiche sur l’ensemble du mois d’août une chute de 26,3%, sa pire performance mensuelle, portant à environ 36% sa baisse depuis le début de l’année.

A la Bourse de Buenos Aires, l’indice Merval a certes repris 2,6% sur la journée grâce aux valeurs exportatrices, qui bénéficient de la faiblesse de la monnaie, mais il a perdu près de 40% en un mois. Quant à l’obligation “séculaire” argentine, d’échéance 2117, elle a touché un plus bas historique à 39% seulement de sa valeur d’émission.

LE RISQUE DE DÉFAUT ESTIMÉ AU PLUS HAUT DEPUIS 2005

Les “spreads” de crédit, qui mesurent le risque de défaut estimé par les marchés financiers, ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis 2005 selon JPMorgan.

Les turbulences sur les marchés argentins ont débuté le 11 août avec les primaires en vue de l’élection présidentielle d’octobre qui se sont soldées par une cinglante défaite du président sortant, Mauricio Macri, largement devancé par le candidat d’opposition Alberto Fernandez, ce qui fait craindre aux investisseurs le retour d’une politique économique dirigiste.

La chute du peso a obligé la banque centrale à multiplier les interventions sur le marché des changes ces dernières semaines en puisant dans ses réserves de devises et mercredi, le gouvernement a annoncé son intention de “reprofiler” quelque 100 milliards de dollars (91 milliards d’euros) de dette publique, ce qui revient à imposer aux créanciers du pays un report des échéances qui leur sont dues.

Dans la foulée, l’agence Standard & Poor’s a dégradé la note souveraine à long terme argentine de trois échelons, l’enfonçant un peu plus en catégorie spéculative (“junk”) à CCC-, ce qui a déclenché des ventes par de grands fonds de pension. [nL5N25Q1Z2]

Fitch a ramené vendredi sa propre note à “RD” pour “restricted default” (défaut partiel) tandis que Moody’s abaissait la sienne à Caa2 en précisant qu’elle n’excluait pas de la dégrader de nouveau.

Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI), qui a conclu avec le gouvernement de Mauricio Macri un accord d’assistance de 57 milliards de dollars, devait tenir dans la journée une “session d’information informelle” sur le sujet, a déclaré un porte-parole.

Hugh Bronstein et Cassandra Garrison; Marc Angrand pour le service français

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