August 28, 2019 / 4:03 PM / 3 months ago

Les exportateurs allemands plus pénalisés par le Brexit que par Trump

BERLIN (Reuters) - L’Allemagne a-t-elle plus à craindre de Boris Johnson et de ses velléités de Brexit à tout prix même sans accord et au risque d’une crise constitutionnelle ou bien de Donald Trump et de ses menaces de droits de douane sur les exportations vers les Etats-Unis, y compris de voitures allemandes ?

Les chiffres détaillés sur l'évolution du PIB allemand au 2e trimestre et les données sur les échanges extérieurs tendent à montrer que Boris Johnson semble potentiellement plus nocif pour la 1ère économie européenne que Donald Trump. /Photo prise le 25 août 2019/REUTERS/Stefan Rousseau

Les chiffres détaillés sur l’évolution du produit intérieur brut (PIB) allemand au deuxième trimestre et les données sur les échanges extérieurs tendent à montrer que le nouveau Premier ministre britannique semble potentiellement plus nocif pour la première économie européenne que le président américain.

Certes, les industriels allemands, très exposés à l’export, sont pénalisé par l’affaiblissement de la demande étrangère dans un contexte de ralentissement de l’économie mondiale et de montée des tensions commerciales du fait de la politique d’”America first” de Donald Trump.

Mais les données sur le commerce extérieur allemand montrent que les exportations de l’Allemagne vers les Etats-Unis ont en réalité augmenté sur la période avril-juin tandis que celles à destination de la Grande-Bretagne ont plongé sur la même période.

Les exportations allemandes vers la Grande-Bretagne ont chuté de 15% sur un an au deuxième trimestre, après un bond de 6% sur les trois précédents qui s’étaient conclus par le report au 31 octobre de la date-butoir pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, selon les données de Destatis, l’Office fédéral de la statistique.

Le produit intérieur brut de l’Allemagne a progressé de 0,4% au premier trimestre par rapport aux trois mois précédents mais il s’est contracté de 0,1% au deuxième trimestre en raison d’un affaiblissement des exportations.

En 2018, la Grande-Bretagne était le cinquième client de l’Allemagne, absorbant 6% des exportations totales de biens du pays.

Le Royaume-Uni devait initialement quitter l’Union européenne le 29 mars et de nombreuses entreprises avaient en conséquence anticipé commandes et livraisons pour éviter d’éventuels droits de douane en cas de sortie sans accord.

L’impasse politique à Londres a contraint le gouvernement britannique à demander un report de la date de sortie, désormais prévue pour le 31 octobre.

L’effet d’anticipation des exportations allemandes devrait se répéter au troisième trimestre, selon Clement Fuest, le président de l’institut de conjoncture Ifo.

“Le sentiment des exportateurs allemands s’est un peu amélioré”, a-t-il dit en référence à l’amélioration des prévisions d’exportations dans le secteur manufacturier en août.

“L’augmentation est due aux entreprises exportant vers le Royaume-Uni. La menace d’un Brexit dur encourage les entreprises britanniques à importer bien plus tôt qu’en temps ordinaires”.

Une anticipation des importations au troisième trimestre, à l’instar de ce qui s’est passé sur les trois premiers mois de l’année, pourrait apporter un coup de pouce à l’économie allemande au second semestre.

Au-delà des effets positifs et temporaires du Brexit au troisième trimestre, Clement Fuest met toutefois en garde contre les conséquences négatives sur la durée des tensions entre Pékin et Washington pour les exportateurs allemands.

Les données détaillées du commerce extérieur conduisent toutefois à s’interroger sur cette mise en garde: les exportations allemandes à destination des Etats-Unis - le principal débouché des exportateurs allemands en dehors de l’UE - ont progressé de 3,6% sur un an au premier trimestre et de 5,1% au deuxième.

TRUMP, BOUC ÉMISSAIRE ?

Les exportations de l’Allemagne vers la Chine, autre marché-clé pour les constructeurs automobiles et d’autres industriels allemands, ont progressé de 6,3% sur un an au premier trimestre mais leur croissance a ralenti à +2,0% l’an au deuxième trimestre, selon les données.

Le recul de 1,3% des exportations allemandes au deuxième trimestre est le plus marqué depuis le paroxysme de la crise de la dette de la zone euro, souligne Oliver Rakau d’Oxford Economics.

“Les exportateurs allemands souffrent manifestement d’une demande mondiale déprimée et d’un niveau élevé d’incertitude au regard de l’ouverture marquée du pays aux échanges commerciaux et de sa spécialisation dans les biens d’équipement”, a-t-il ajouté.

Mais cette explication habituelle ne vaut que par le crédit qu’on lui accorde, les exportateurs allemands ayant sous-performé leurs concurrents de la zone euro sur la période dans des proportions sans équivalent depuis la grande crise financière.

“La crise dans le secteur automobile allemand et la volatilité liée au Brexit ont été des facteurs déterminants de la récente baisse des exportations”, a dit Oliver Rakau, soulignant que la chute des exportations sur la période avril-juin est imputable à 90% au secteur automobile.

Le secteur automobile, l’un des principaux ressorts de la croissance de l’économie, est confronté à la nécessité de s’adapter à un environnement réglementaire plus strict en réponse au scandale de la fraude aux émissions et aux enjeux des véhicules autonomes et électriques.

“Dans le même temps, les biens destinés au Royaume-Uni ont contribué à hauteur de 70% au recul (des exportations) alors que le stockage pre-Brexit intervenu au premier trimestre s’est inversé”, a dit Oliver Rakau.

Pour Jens Südkum, professeur d’économie internationale à l’Université Heinrich-Heine de Düsseldorf, la Grande-Bretagne et son Brexit toujours en cours, et l’Italie, toujours en crise, sont les deux principaux pays à l’origine de la chute des exportations allemandes.

Les exportations allemandes à destination de l’Italie, qui avaient stagné sur un an au premier trimestre, ont reculé de près de 3% au deuxième trimestre, selon les données du commerce extérieur.

“La chute des exportations allemandes n’est pas imputable à Donald Trump et à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine comme on pourrait s’y attendre dans le cadre de la théorie sur la réorientation des échanges”, a dit Jens Südekum.

“Si l’Allemagne plonge dans la récession et en rend Donald Trump responsable, il ne sera qu’un bouc émissaire. L’impact du Brexit est bien plus important.”

Bien sûr tout cela pourrait changer du tout au tout si Donald Trump décidait de mettre à exécution ses menaces à l’encontre de l’Allemagne en imposant des droits de douane sur les automobiles européennes exportées aux Etats-Unis.

Marc Joanny pour le service français, édité par Juliette Rouillon

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