June 7, 2019 / 4:06 PM / 5 months ago

Contre Bruxelles, l'Italie espère faire du zèle sur le déficit

ROME (Reuters) - Des responsables politiques italiens assurent que les finances publiques de la péninsule réservent de bonnes surprises pour cette année, ce qui renforce Rome dans sa tentative d’échapper à la menace de procédure disciplinaire brandie par la Commission européenne.

Des responsables politiques italiens assurent que les finances publiques de la péninsule réservent de bonnes surprises pour cette année, ce qui renforce Rome dans sa tentative d'échapper à la menace de procédure disciplinaire brandie par la Commission européenne. /Photo d'archives/REUTERS/Alessandro Bianchi

Des indicateurs récents suggèrent que le déficit italien pourrait être cette année non seulement inférieur à la prévision de 2,5% du produit intérieur brut (PIB) de la Commission mais aussi au chiffre de 2,04% conclu entre Bruxelles et Rome en décembre dernier, a-t-on appris de deux sources au sein de la coalition gouvernementale.

Le gouvernement n’a cependant pas encore décidé dans quelle mesure il réduira sa prévision officielle de déficit, fixée pour l’instant à 2,4%, car le Mouvement 5 Etoiles (M5S), l’un des deux partis au pouvoir, veut consacrer les économies en vue à de nouvelles mesures de relance. L’autre parti de la coalition, la Ligue, prône de son côté de nouveaux allégements fiscaux mais seulement à partir de 2020.

Il n’est en outre pas certain que la limitation du déficit 2019 suffirait à convaincre Bruxelles que les finances publiques de l’Italie sont engagées pour de bon vers une amélioration.

La Commission a ouvert la voie mercredi à l’ouverture d’une procédure de déficit excessif (DPE) en reprochant à Rome d’avoir creusé sa dette publique en 2018 au lieu de la réduire, de n’avoir pas tenu sa promesse de contenir son déficit budgétaire l’an dernier et de se diriger vers des déficits supérieurs aux limites autorisées en 2019 puis en 2020.

LE DÉFICIT PEUT ÊTRE LIMITÉ À 1,8%, DIT-ON À LA LIGUE

Une DPE, susceptible en théorie d’aboutir à des sanctions financières, avait été évitée de justesse en décembre, le gouvernement ayant ramené sa prévision de déficit de 2,4% à 2,04% avec l’aval de Bruxelles.

Mais l’Italie est revenue sur son engagement en avril, remontant sa prévision à 2,4% en raison du ralentissement de la croissance; de son côté, la Commission a porté sa propre prévision du déficit 2019 à 2,5%.

Mercredi, toutefois, le président du Conseil, Giuseppe Conte, a surpris en déclarant, dans une réponse à la Commission, qu’il était possible de contenir le déficit à 2,1% cette année.

Et de hauts responsables de la coalition assurent que le chiffre définitif pourrait être plus faible encore. Claudio Borghi, responsable des dossiers économiques à la Ligue, a ainsi déclaré à Reuters que limiter le déficit à 1,8% était possible à condition que les tendances actuelles se maintiennent.

Cet optimisme trouve son origine principalement dans le fait que deux mesures mises en oeuvre par le gouvernement, la possibilité d’un départ anticipé à la retraite et le revenu de citoyenneté sous conditions de ressources, sont moins populaires que prévu donc moins onéreuses pour l’Etat.

Au total, le coût de ces deux dispositifs en 2019 pourrait être inférieur de quatre milliards d’euros aux crédits inscrits au budget. Cette estimation a été confirmée par un membre du gouvernement étroitement associé à la conduite de la politique économique qui a requis l’anonymat.

LES RECETTES FISCALES MEILLEURES QU’ATTENDU

Claudio Borghi explique aussi que l’amnistie fiscale qui permet à un contribuable de solder ses différends avec le fisc en s’acquittant d’une somme forfaitaire a eu un rendement supérieur aux attentes, tout comme les mesures prises contre l’évasion fiscale.

Autre bonne surprise, les accords amiables conclus entre le fisc et plusieurs multinationales accusées d’évasion fiscale, parmi lesquelles Gucci, filiale italienne du géant français du luxe Kering, qui a accepté de signer un chèque de 1,3 milliard d’euros.

Un responsable du Trésor s’est refusé à confirmer le chiffre de 1,8% de déficit en 2019 évoqué par Claudio Borghi mais a jugé “possible” de limiter le déficit à 2% du PIB ou moins.

Sur les quatre premiers mois de l’année, le déficit de l’Etat italien n’a été supérieur que de 1,5 milliard d’euros à celui de la période équivalente de 2018 alors que le Programme de stabilité adressé par Rome à Bruxelles prévoyait une augmentation de 16 milliards pour l’ensemble de 2019.

Les recettes fiscales sont en hausse de 1,0% sur un an en dépit de la stagnation de l’économie, alors que le gouvernement ne tablait que sur une hausse de 0,6% sur l’année.

Les dividendes versés à l’Etat par la Banque d’Italie et par les entreprises publiques devraient eux aussi dépasser les estimations, de plus de 0,1% du PIB selon des informations communiquées à Bruxelles par le Trésor ce mois-ci.

Marc Angrand pour le service français

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