June 6, 2019 / 7:37 AM / 11 days ago

La Fed teste déjà de nouvelles idées pour élaborer sa stratégie

CHICAGO (Reuters) - Avant même une conférence sur la politique monétaire qui a rassemblé cette semaine à Chicago le gratin des économistes, les banquiers centraux de la Réserve fédérale avaient promis un débat riche et sans a priori sur la question de savoir si cette dernière devait repenser sa stratégie - et si oui de quelle façon - afin de parvenir au plein emploi et à des prix stables.

Avant même une conférence sur la politique monétaire qui a rassemblé cette semaine à Chicago le gratin des économistes, les banquiers centraux de la Réserve fédérale avaient promis un débat riche et sans a priori sur la question de savoir si cette dernière devait repenser sa stratégie. /Photo d'archives/REUTERS/Chris Wattie

Dans les faits, une nouvelle façon de penser est peut-être déjà à l’oeuvre avec comme priorités le soutien actif au marché de l’emploi et la stimulation de l’inflation pour faire pièce à des prix de détail qui n’évoluent guère depuis un bon moment, tout en considérant que l’énorme bilan de la banque centrale fait désormais partie de ses outils normaux.

Ces idées ont fait l’objet de recherches universitaires et de débats parfois pointus lors de la conférence de deux jours organisée par la Fed de Chicago mais “si on examine ce qu’ils (les responsables de la Fed) font (...) ils les appliquent déjà”, a dit Lewis Alexander, économiste de Nomura Securities, en marge de la manifestation.

C’est une manière pour la Fed d’admettre que l’économie a changé de manière fondamentale au point qu’il y a moins à redouter une flambée de l’inflation, ce qu’elle démontre en laissant les taux d’intérêt plus bas qu’à l’habitude, tout en laissant clairement entendre que les achats obligataires inaugurés en période de crise et d’autres mesures de ce genre seraient à nouveau employés.

La banque centrale reconnaît ainsi que les conditions d’exercice établies sous l’ère de Ben Bernanke en 2012 sont suffisamment souples pour mettre en oeuvre bien des choses en discussion sans bouleverser les structures de fond en comble.

Depuis cette époque, l’inflation n’a jamais cessé d’évoluer en deçà de l’objectif de 2% de la banque centrale, alors même que la croissance est nettement repartie et que le chômage est tombé à un plancher de près d’un demi-siècle de 3,6%.

Les responsables de la Fed imputent au vieillissement de la population, à la mondialisation et, dans une certaine mesure, à leur propre réussite dans la maîtrise de l’inflation le fait que les entreprises et les marchés n’anticipent plus d’envolée des prix.

Mais une inflation faiblarde et le tassement des taux d’intérêt à des niveaux devenus nécessaires pour préserver la santé d’une économie plus mondialisée et qui a pris de l’âge ne laisse que peu de marge de manoeuvre à la Fed pour faire face à de futures récessions.

Les économistes de haut niveau présents à la conférence n’ont pas été avares en nouveaux travaux destinés à permettre à la Fed de regagner ce levier perdu, soumettant en particulier un concept dit de ciblage d’une inflation moyenne, suivant lequel la Fed viserait un taux d’inflation précis sur une période déterminée.

L’institut d’émission, dans ce contexte, s’accommoderait d’une hausse ponctuelle des prix supérieure à l’objectif, dans le cas d’une inflation qui persisterait à rester basse, comme cela s’est produit ces dernières années.

Un autre concept met au premier plan le mandat de plein emploi de la banque centrale. Katharine Abraham, un professeur de l’Université du Maryland qui dirigea par le passé le Bureau de la statistique du travail, a présenté ses dernières recherches suivant lesquelles le marché de l’emploi n’est peut-être pas aussi tendu que le taux de chômage le laisserait penser.

D’autres universitaires insistent sur un usage plus répandu des achats obligataires en cas de future récession.

Toutes ces idées ont déjà fait leur chemin dans le mode de pensée de l’institut d’émission.

Le comité de politique monétaire (Federal Open Market Committee, Fomc) n’a pas touché aux taux cette année et le président Jerome Powell a laissé entendre que les tensions commerciales internationales pourraient même préparer le terrain à une baisse des taux en dépit d’un chômage au plus bas.

“Ce n’est peut-être pas être trop optimiste d’avancer que certains responsables monétaires ont changé leur fusil d’épaule”, a dit Jared Bernstein (Center on Budget and Policy Priorities), lors de la conférence. “Un marché de l’emploi sous haute pression jadis considéré comme coupable jusqu’à ce que son innocence soit prouvée jouit à présent de la présomption d’innocence”.

De fait, à la différence de Bernanke qui avait passé un an à convaincre ses collègues d’accepter un objectif d’inflation de 2%, rien dans les propos tenus jusqu’à présent par Powell ou par le vice-président Richard Clarida, qui supervise le réexamen, ne laisse penser qu’ils souhaitent un changement d’une ampleur comparable.

Le nouvel accent mis par la Fed sur l’emploi et sa sérénité apparente vis-à-vis de l’inflation tranchent avec le principe qu’elle observait jusqu’alors, à savoir de ne pas laisser le chômage trop diminuer avant de resserrer les boulons sous la forme d’une ou plusieurs hausses des taux.

“Les méthodes (frameworks) alternatives ont toutes pour but d’asseoir la crédibilité”, a déclaré mercredi Charles Evans, le président de la Fed de Chicago. “Que ce soit une nouvelle méthode ou la poursuite d’une méthode existante, c’est bien de crédibilité qu’il s’agit”.

Que l’examen en cours ne débouche que sur de menus changements dans la stratégie à long terme de la Fed ou aboutisse à quelque chose de plus consistant, l’avenir le dira.

Mais avec 17 banquiers centraux autour de la table, parvenir au consensus est délicat, surtout sur le genre de détails irritants qui s’imposeraient pour établir un nouveau régime de ciblage d’une inflation moyenne, par exemple.

Ne pas déroger à sa stratégie sur le fond permet par ailleurs à la Fed de se donner du champ libre tout en continuant à mettre en pratique de nouvelles idées.

“Je serais étonné que tout ça aille bien loin”, a dit Bill English, un ex-économiste de la Fed devenu professeur à l’Université de Yale. “Dans une certaine mesure, elle (la Fed) remet le métier sur l’ouvrage dès à présent”.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Blandine Hénault

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