May 8, 2019 / 12:34 PM / 2 months ago

En Chine, la censure des tweets de Trump freine l'ouverture des marchés

SHANGHAI/PEKIN (Reuters) - Si la baisse des marchés boursiers mondiaux lundi et mardi a illustré une nouvelle fois l’influence du compte Twitter de Donald Trump, la censure dont celui-ci a été l’objet en Chine soulève des interrogations sur la volonté de Pékin d’ouvrir ses marchés de capitaux aux investisseurs internationaux.

Si la baisse des marchés boursiers mondiaux lundi et mardi a illustré une nouvelle fois l'influence du compte Twitter de Donald Trump, la censure dont celui-ci a été l'objet en Chine soulève des interrogations sur la volonté de Pékin d'ouvrir ses marchés de capitaux aux investisseurs internationaux. /Photo d'archives/REUTERS/Jonathan Ernst

Les messages publiés dimanche soir par le président américain menaçant de relever les droits de douane sur 200 milliards de dollars de produits chinois et d’en taxer des centaines de milliards d’autres a ravivé les craintes d’une guerre commerciale prolongée et fait plonger les Bourses chinoises de plus de 5% lundi.

Les investisseurs internationaux ont pu suivre l’évolution de la situation en temps réel dès l’ouverture mais de nombreux investisseurs individuels chinois, qui réalisent environ 80% des échanges sur les marchés actions locaux, ont ignoré pendant plusieurs heures les raisons de la baisse.

“Très clairement, le genre de censure auquel on a assisté ne pouvait que ralentir la transmission de l’information”, estime Paul Luk, professeur assistant au département d’économie de la Hong Kong Baptist University.

“Cela signifie que ceux qui obtiennent l’information au bon moment, parmi lesquels se trouvent des investisseurs institutionnels, des institutions financières internationales et des investisseurs expérimentés bien informés, peuvent ajuster leurs positions avant les investisseurs individuels”, ajoute-t-il.

Les autorités de Pékin ont demandé aux médias de ne publier aucune information sur les tweets publiés dimanche par Donald Trump et les informations liées à ceux-ci ont été censurées sur les réseaux sociaux. Toute évocation du sujet dans les commentaires de marché a aussi été déconseillée.

De manière générale, même si les investisseurs individuels en Chine ont accès à certaines informations par le biais des médias autorisés, elles sont souvent incomplètes ou datées.

Certains intervenants jugent que cet accès limité à l’information va à l’encontre de la volonté affichée des autorités de protéger les petits investisseurs et d’améliorer la transparence du marché local pour attirer des capitaux étrangers.

“LA CONSÉQUENCE SANS LA CAUSE”

En avril, l’American Chamber of Commerce de Shanghai a appelé Pékin à permettre l’accès à Google et à d’autres sources d’information en ligne dans la zone franche de Shanghai, en soulignant que les restrictions en vigueur “handicapent gravement” l’ambition de la ville de devenir un centre financier international.

Lundi, si certains investisseurs individuels ont subi de lourdes pertes, des professionnels ont eux aussi été pris par surprise.

Yan Tingwu, gérant de fonds dans la province du Fujian, dans le sud du pays, explique ainsi qu’il a d’abord cru à une “correction technique” des marchés, avant de découvrir vers 14h00 heure locale l’existence des messages de Donald Trump, par le biais de subordonnés plus informés que lui.

Yang Hai, stratège de Kaiyuan Securities, raconte de son côté ne pas être parvenu à publier lundi son analyse quotidienne de l’actualité des marchés, qui évoquait les menaces du président américain, sur l’application de messagerie WeChat, propriété du groupe Tencent.

Et même si des republications répétées des tweets de Donald Trump sur les réseaux sociaux ont fini par favoriser la diffusion de l’information, plusieurs grands quotidiens financiers chinois sont restés silencieux sur le sujet dans leur analyse de marché mardi.

Des publications financières contrôlées par l’Etat comme le China Securities Journal et Shanghai Securities News ont ainsi expliqué la baisse de lundi par des sorties de capitaux étrangers, des problèmes de valorisation ou “de mystérieuses fluctuations du sentiment général”.

“Les marchés actions sont objectifs, ils ne peuvent pas s’empêcher de réagir. Donc, en Chine, il est possible d’avoir la conséquence sans la cause, et on peut se demander si cela n’est pas encore plus déstabilisant”, commente Graeme Smith, du département des affaires du Pacifique à l’Australia National University.

“On en revient au caractère grossier du fonctionnement de la propagande, qui veut que celui qui possède un marteau finit par l’utiliser.”

Yawen Chen, Samuel Shen et Cate Cadell avec le bureau de Pékin; Marc Angrand pour le service français

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