March 8, 2019 / 5:43 AM / in 7 months

Quatrième séance de baisse à Wall Street, alarmée par la BCE

(Reuters) - La Bourse de New York a enchaîné jeudi une quatrième séance de baisse, plombée par les annonces de la Banque centrale européenne (BCE) qui a réduit ses prévisions de croissance et repoussé la normalisation de sa politique monétaire en mettant en avant un contexte d’”incertitude généralisée”.

La Bourse de New York a enchaîné jeudi une quatrième séance de baisse. L'indice Dow Jones a cédé 200,23 points, soit 0,78%, à 25.473,23. /Photo prise le 7 mars 2019/REUTERS/Brendan McDermid

L’indice Dow Jones a cédé 200,23 points, soit 0,78%, à 25.473,23 et le S&P 500 a reculé de 22,52 points ou 0,81% à 2.748,93, après un creux à 2.739. Le Nasdaq Composite a perdu de son côté 84,46 points (1,13%) à 7.421,46.

Le S&P 500, indice de référence des gérants américains, a fini sous sa moyenne mobile à 200 jours pour la première fois depuis un mois. L’indice Vix de la volatilité a pour sa part touché un plus haut d’un mois de 17,81 avant de finir à 16,59, en hausse de 5,4%.

Soucieuse de contrer le ralentissement de la croissance dans la zone euro, la BCE a annoncé un nouveau programme de prêts au secteur bancaire et repoussé à l’an prochain sa première hausse de taux depuis la crise, alimentant ainsi un climat d’anxiété déjà lourd avec les tensions commerciales et les incertitudes autour du Brexit.

“Nous sommes dans une période de faiblesse persistante et d’incertitude généralisée”, a déclaré son président Mario Draghi pour justifier ces mesures qui, s’agissant des nouvelles opérations de financement pour les banques, ont surpris les économistes qui n’attendaient pas une décision si tôt.

“En baissant ses prévisions de croissance dans l’Eurozone et en réintroduisant un stimulus monétaire, la BCE a ravivé les inquiétudes sur l’économie mondiale”, commente Brant Houston, chez CIBC U.S. Private Wealth Management à Denver.

“Au-delà, le marché américain a besoin d’une respiration. Il a beaucoup monté en peu de temps et ce rythme de hausse n’est pas soutenable sur toute l’année.”

Après un bond de quelque 10% en deux mois, dans l’espoir d’un accord commercial sino-américain et grâce au ton plus accommodant de la Réserve fédérale, Wall Street a marqué une pause cette semaine en attendant de nouveaux catalyseurs.

L’indice S&P 500 n’avait plus aligné quatre séances consécutives de baisse depuis le mois de décembre.

Quelque 7,8 milliards de titres ont changé de mains, à comparer à une moyenne de 7,4 milliards sur les 20 dernières séances.

VALEURS

Dix des 11 grands indices sectoriels S&P ont fini dans le rouge, les services aux collectivités étant seuls à tirer leur épingle du jeu grâce à leur profil défensif.

Les biens de consommation non essentiels (-1,37%) et les financières (-1,06%) ont accusé les plus fortes baisses sectorielles.

Plus forte baisse du S&P, la chaîne de supermarchés Kroger a chuté de 9,95% après avoir communiqué une prévision de bénéfice 2019 sous les attentes des analystes.

L’indice Dow Jones des Transports, considéré comme un baromètre de la conjoncture aux Etats-Unis, a reculé de 0,96%, sa 10e séance consécutive dans le rouge, sous le poids de FedEx (-2,99%) qui a pâti d’un abaissement de l’objectif de cours de Citigroup.

LES INDICATEURS DU JOUR

Les inscriptions au chômage ont enregistré une baisse inattendue la semaine dernière, de 3.000 à 223.000, dénotant un marché du travail toujours robuste en dépit des signes montrant un ralentissement de la croissance des embauches. Les économistes attendaient en moyenne une stabilité des nouvelles inscriptions.

La moyenne mobile sur quatre semaines, plus révélatrice sur la tendance de l’emploi, a reculé de 3.000 à 226.250, son niveau le plus bas depuis un mois.

La statistique de la productivité du quatrième trimestre, publiée avec retard en raison de la fermeture partielle des services fédéraux pendant 35 jours en décembre-janvier, a montré une amélioration de 1,9% en rythme annualisé mais le chiffre du troisième trimestre a été révisé en baisse à +1,8% au lieu de +2,2%. Le coût du travail a continué d’augmenter à un rythme modéré (+2,0%), suggérant des pressions inflationnistes bénignes qui confortent la “patience” désormais observée par la Fed dans ses hausses de taux.

Sur l’ensemble de 2018, la productivité a progressé de 1,3%, après une hausse de 1,1% en 2017.

LA SÉANCE EN EUROPE

Le changement de la communication avancée de la BCE sur ses taux et l’annonce jugée précipitée d’un troisième programme d’opérations de refinancement à long terme ciblées (TLTRO) ont été mal accueillis par les Bourses européennes.

“On ne s’attendait pas à l’annonce dès maintenant de nouveaux TLTRO, ce changement paraît inquiéter les marchés”, dit Donough Kilmurray, responsable du Investment Strategy Group de la gestion privée chez Goldman Sachs.

Le CAC 40 parisien a cédé 0,40% à 5.267,92 points. Le Dax-30 a reculé de 0,60% à Francfort et le FTSE-100 de 0,53% à Londres. L’indice EuroStoxx 50 de la zone euro a fléchi de 0,48%, l’Eurofirst 300 de 0,34% et le Stoxx 600 de 0,43%.

L’indice sectoriel des banques de la zone euro a chuté de 3,3%, sa plus forte baisse depuis le 6 décembre, et à Milan l’indice des banques italiennes - principales bénéficiaires des précédentes TLRTO - a rétrogradé de 2,6%, sa plus mauvaise séance en cinq semaines, entre autres à cause des conditions moins favorables du nouveau programme.

Deutsche Bank, Bankia et UBI Banca ont perdu autour de 5% tandis que Société générale (-4,32%) a fini lanterne rouge de l’EuroStoxx 50.

Les valeurs cycliques dans l’ensemble ont reculé. L’indice européen de l’automobile a lâché 2,17%, avec notamment des reculs de 3,37% pour Daimler et de 1,93% pour BMW, dégradés par les analystes de Bankhaus Lampe.

Les ressources de base ont chuté de 2,5%, la plus forte baisse sectorielle en Europe, avec le repli des cours du cuivre.

TAUX

Les annonces de la BCE ont profité aux obligations de part et d’autre de l’Atlantique, faisant baisser les rendements.

En fin de séance à New York, celui des Treasuries à 10 ans cédait 5,4 points de base à 2,638.

Le rendement du Bund à 10 ans, référence du marché européen, a reculé jusqu’à 0,061%, un plus bas depuis octobre 2016. Le rendement des obligations italiennes de même échéance a perdu 12,7 pdb à 2,487%.

“Les annonces de la BCE sont venues alimenter le mouvement de fuite vers la qualité qu’on observe depuis plusieurs jours”, note George Goncalves, responsable de la stratégie sur les taux US chez Nomura Securities International. “Même si la défiance envers les marchés actions n’est pas énorme, on est dans un environnement où toutes les banques centrales adoucissent leur discours et il est difficile dans ces conditions de vendre.”

CHANGES

L’euro a reculé jusqu’à 1,11765, son plus bas niveau depuis juin 2017, après l’annonce par la BCE d’une baisse de ses prévisions de croissance et du report de sa première hausse de taux à 2020 au plus tôt. En fin de journée à New York, la monnaie unique reculait de 1,12% à 1,1181.

Il s’agit de sa plus forte baisse depuis le 14 juin 2018, quand la BCE avait exclu de relever ses taux avant la fin de l’été 2019. Des analystes jugent possible un recul jusqu’à 1,10 dans les prochaines semaines.

Dans le sillage de l’euro, la couronne suédoise a touché un plus bas depuis le 15 décembre 2016 de 9,476 pour un dollar. Les dollars canadien et australien ont de leur côté touché des plus bas de deux mois sur le sentiment que les banques centrales de ces deux pays devront se résoudre à des baisses de taux face au ralentissement de leur économie.

La dégringolade de l’euro a profité à l’indice dollar qui a atteint 97,71, un plus haut depuis le 17 décembre dernier.

PÉTROLE

Les cours du brut ont fini en légère hausse à New York, bien que freinés par la baisse des marchés actions et la hausse du dollar. Le contrat mars sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) a gagné 0,78% à 56,66 dollars et le Brent s’est octroyé 0,47% à 66,30 dollars.

“L’idée dominante c’est que le fondamentaux à court terme restent très positifs”, dit Phil Flynn, analyste chez Price Futures Group à Chicago, en faisant allusion à la réduction de la production de l’Opep.

A SUIVRE VENDREDI :

Wall Street réagira vendredi aux chiffres de l’emploi de février, publiés une heure avant l’ouverture. Les économistes attendent en moyenne 180.000 créations d’emplois, après les 304.000 annoncées pour janvier et les 220.000 de décembre, et un repli du taux de chômage à 3,9% contre 4,0%.

Jerome Powell, le président de la Fed, s’exprimera sur la politique monétaire à Stanford (Californie) mais bien après la clôture des marchés (à 03h00 GMT samedi).

avec Terence Gabriel à New York et Medha Singh à Bangalore, Véronique Tison pour le service français

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