March 6, 2019 / 11:10 AM / 19 days ago

Enquête Reuters: Coeuré le plus qualifié pour diriger la BCE, Liikanen favori

BANGALORE/FRANCFORT (Reuters) - Benoît Coeuré semble le candidat le plus qualifié pour succéder cette année au président de la Banque centrale européenne Mario Draghi mais des obstacles légaux et les subtilités politiques de la procédure de sélection l’en empêcheront probablement, d’après une enquête Reuters réalisée auprès d’une cinquantaine d’économistes.

Benoît Coeuré semble le candidat le plus qualifié pour succéder cette année au président de la BCE, Mario Draghi, mais des obstacles légaux et les subtilités politiques de la procédure de sélection l'en empêcheront probablement, d'après une enquête Reuters. /Photo d'archives/REUTERS/Kai Pfaffenbach/

Le banquier central français, membre du directoire de la BCE, réunit toutes les qualités aux yeux des économistes mais c’est Erkki Liikanen, l’ancien gouverneur de la Banque de Finlande, qui à leurs yeux serait le candidat de compromis le mieux placé dans la lutte d’influence qui se prépare entre les principales puissances de la zone euro.

Les membres du Conseil des gouverneurs se rangent traditionnellement derrière leur président dont le pouvoir est de ce fait déterminant pour fixer la politique monétaire, un rôle que Draghi a parfaitement assumé en sauvant la zone euro avec quelques mots bien choisis.

La désignation du président de la BCE s’inscrit dans le cadre d’un remaniement plus large de sa gouvernance : la moitié des six membres du directoire et plus d’un tiers des gouverneurs seront remplacés cette année, une rotation inhabituellement élevée qui pourrait avoir des répercussions sur la politique monétaire de l’institution.

Plus d’un tiers des économistes interrogés les 4 et 5 mars pensent que Benoît Coeuré, responsable des opérations de marché à la BCE et principal architecte de sa politique d’assouplissement quantitatif des années 2015-2018, est le plus compétent pour le poste. Erkki Liikanen et le président de la Bundesbank Jens Weidmann recueillent plus d’un cinquième de leurs suffrages.

Mais à la question de savoir qui l’emportera, plus d’un tiers parient sur Liikanen, les autres pronostics étant répartis pratiquement à égalité entre le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, son homologue finlandais Olli Rehn, Jens Weidmann et Benoît Coeuré.

“Je pense à Olli Rehn ou Liikanen, les candidats finlandais, plus par défaut qu’autre chose”, déclare Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management. “Coeuré est bien considéré et respecté pour sa grande expertise - macro et marchés - et surtout pour sa connaissance des opérations de marché.”

Une majorité des économistes interrogés jugent que Coeuré s’inscrirait dans la continuité de Mario Draghi alors que plus de 60% pensent que Liikanen serait plus “faucon”, partisan d’une ligne plus dure.

MARCHANDAGE

La procédure de sélection doit débuter après les élections européennes fin mai et participera d’un vaste marchandage politique puisque seront aussi à renouveler les postes de président de la Commission et de président du Conseil.

La France et l’Allemagne ont chacun un candidat sérieux pour la BCE mais les deux hommes suscitent aussi des objections, ce qui pourrait ouvrir la porte au représentant d’un pays plus petit.

“Je pense que Coeuré présente toutes les qualités (...) mais ce n’est pas la BCE qui choisit son président”, dit Bas Van Geffen, économiste chez Rabobank. “Ce sont les dirigeants européens et la question est donc de savoir ce que décideront les chefs d’Etat et de gouvernement. Si vous voulez un choix plus neutre (...), Liikanen apparaît comme un bon candidat de compromis.”

Le prochain président de la BCE devra trouver un équilibre délicat entre les pressions de l’Allemagne en faveur d’une normalisation de la politique monétaire et le besoin de mesures de soutien dans d’autres pays comme l’Italie, dont l’économie est en récession.

Face au ralentissement de la croissance dans la zone euro provoqué notamment par les tensions commerciales internationales, la BCE devrait déjà repousser à 2020 le premier relèvement de ses taux d’intérêt depuis plus de dix ans, a montré une enquête Reuters la semaine dernière.

Et des obstacles attendent Benoît Coeuré comme Erkki Liikanen.

Son mandat au directoire n’étant pas renouvelable, le Français n’est pas éligible au poste de président et devrait d’abord démissionner pour le devenir. Rien dans les statuts de la BCE ne l’en empêche, mais ce n’est pas dans l’esprit de la loi.

De plus, sa nomination supposerait que le président Emmanuel Macron le choisisse en passant au-dessus de l’actuel gouverneur de la Banque de France, ce qui pourrait être mal vu.

Liikanen de son côté a pour principal handicap son âge : le banquier central finlandais aurait 69 ans à son entrée en fonction et 77 à la fin de son mandat, et serait à ce titre le président de la BCE le plus âgé depuis la création de l’institution en 1998.

Weidmann, que les économistes interrogés jugent aussi qualifié pour le poste que Liikanen, fait moins figure de favori. Le candidat allemand paie là son désaccord de fond avec la politique de soutien monétaire de la BCE, créditée aujourd’hui d’avoir sorti la zone euro de la crise.

Véronique Tison pour le service français, édité par Marc Joanny

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