February 15, 2019 / 1:09 PM / 3 months ago

Samsung à l'offensive dans les réseaux face aux problèmes de Huawei

SEOUL (Reuters) - Samsung Electronics a décidé de passer à l’offensive avec sa division d’équipementier télécoms afin de tirer profit des déboires du chinois Huawei, dont les infrastructures sont soupçonnées d’être utilisées par Pékin à des fins d’espionnage, selon des responsables du groupe sud-coréen et d’autres dirigeants du secteur.

Samsung Electronics a décidé de passer à l'offensive avec sa division d'équipementier télécoms afin de tirer profit des déboires du chinois Huawei, dont les infrastructures sont soupçonnées d'être utilisées par Pékin à des fins d'espionnage, selon des responsables du groupe sud-coréen et d'autres dirigeants du secteur. /Photo prise le 7 janvier 2019/REUTERS/Kim Hong-Ji

Le géant sud-coréen de l’électronique a notamment transféré du personnel, y compris des cadres de haut niveau, de sa division de téléphones mobiles vers celle dédiée aux équipements réseaux, ont déclaré deux sources proches de Samsung.

Les efforts de Samsung pour devenir un concurrent crédible à Huawei, Ericsson et Nokia, semblent ne pas passer inaperçus.

Mari-Noëlle Jégo-Laveissière, directrice technologie et innovation chez Orange, en visite au Japon l’an dernier, s’est dite impressionnée par le rythme des préparatifs au déploiement de la 5G via des équipementiers alternatifs tels que Samsung, a déclaré à Reuters un représentant de l’opérateur français.

Orange, présent sur 27 marchés, a pour premier équipementier Huawei mais il effectuera cette année ses premiers tests sur la téléphonie mobile de cinquième génération (5G) en France avec Samsung.

“Samsung effectue une importante offensive en Europe en ce moment”, a déclaré une source du secteur.

Avec un chiffre d’affaires de 93 milliards de dollars (81,7 milliards d’euros) en 2017, Huawei est le premier équipementier télécoms mondial mais plusieurs pays occidentaux, Etats-Unis en tête, redoutent que Pékin n’utilise ses infrastructures à des fins d’espionnage.

Aucune preuve n’a jusqu’à jusqu’à présent été apportée pour étayer ces soupçons et le groupe a réfuté à de nombreuses reprises ces accusations. La controverse a toutefois conduit les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande à restreindre l’accès à leurs marchés pour la 5G.

Les Etats-Unis font également pression sur leurs alliés pour qu’ils refusent de s’équiper auprès de Huawei.

RECHERCHE DE RELAIS DE CROISSANCE

Selon des sources, l’Union européenne réfléchit à des propositions qui reviendraient à exclure les équipements de Huawei des réseaux mobiles 5G.

“Nous renforçons notre activité de réseau pour saisir des opportunités de marché à un moment où Huawei fait l’objet d’alertes en matière de sécurité”, a déclaré l’une des sources proches de Samsung.

A la recherche de relais de croissance en raison notamment de la baisse des ventes de ses smartphones et de ses puces, Samsung prévoit d’investir 22 milliards de dollars sur trois ans dans la 5G et d’autres domaines comme l’intelligence artificielle, la biopharmacie et les composants électroniques automobiles. Le groupe n’a pas précisé le montant qui serait alloué spécifiquement aux réseaux.

“Samsung souhaite créer un climat de confiance avec ses partenaires et devenir un acteur de premier plan sur le marché mondial de la 5G, sans se préoccuper des autres entreprises”, déclare le groupe sud-coréen dans un communiqué.

Interrogé sur l’offensive de Samsung dans les équipements de réseaux, Huawei a salué cette nouvelle concurrence.

En Inde, Samsung discute actuellement avec Reliance Jio de l’adaptation de son réseau à la 5G, espérant ainsi décrocher ce qui serait son plus gros contrat dans le secteur.

Le groupe sud-coréen travaille également sur des équipements réseaux 5G avec les opérateurs américains AT&T, Verizon et Sprint mais on ignore la portée de ces accords.

Samsung s’est aussi associé à des opérateurs télécoms sud-coréens et des opérateurs japonais.

Dans la plupart de ces contrats, Samsung ne fournit généralement que de petits composants pour le réseau. Selon le cabinet d’analyse Dell’Oro Group, le groupe sud-coréen détient seulement 3% du marché mondial des infrastructures de télécommunications, contre 28% pour Huawei.

MANQUE D’INGÉNIEURS

La division réseau de Samsung a dégagé un bénéfice d’exploitation de 870 milliards de wons (684 millions d’euros) l’an dernier, selon Eugene Investment & Securities.

Les activités réseaux de Nokia ont représenté environ 1,2 milliard d’euros et celles d’Ericsson 19,4 milliards de couronnes suédoises (1,85 milliard d’euros). Les chiffres pour Huawei n’étaient pas disponibles.

Pour asseoir ses ambitions dans les équipements télécoms, Samsung devra aussi recruter des ingénieurs en logiciel, dont manque la Corée du Sud.

La division réseaux de Samsung emploie environ 5.000 personnes, selon un représentant de la ville de Gumi, où se trouvent les usines du groupe.

Kim Young-woo, analyste chez SK Securities, s’attend à ce que Samsung recrute 1.000 à 1.500 personnes cette année pour les équipements réseaux 5G.

Samsung a refusé de s’exprimer sur ses projets d’embauche dans les réseaux et le nombre de personnes qu’il emploie dans cette activité.

Le pari de Samsung sur les réseaux constitue toutefois un risque au regard de la lenteur du renouvellement des équipements dans le secteur. Nokia et Ericsson ont tiré peu de profit des problèmes de Huawei.

En outre, certains opérateurs télécoms en Europe estiment qu’une exclusion de Huawei des appels d’offres - actuellement à l’étude en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et dans d’autres pays - pourrait retarder de trois ans le déploiement de la 5G.

D’autres pensent que Samsung pourrait avoir des difficultés pour mettre en place une structure au niveau mondial en termes de ventes et de support.

“La manière dont les opérateurs télécoms achètent des produits et des services à leurs fournisseurs exige beaucoup de temps et de ressources, c’est pourquoi Ericsson et Nokia emploient environ 100.000 personnes et Huawei presque le double”, a déclaré Bengt Nordstrom, directeur général du cabinet de conseils Northstream.

Ju-min Park et Heekyong Yang; avec Gwenaelle Barzic à PARIS, Sijia Jiang à HONG KONG, Olof Swahnberg à STOCKHOLM, Soyoung Kim à DAVOS et Hyunjoo Jin à SEOUL; Claude Chendjou pour le service français, édité par Bertrand Boucey

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