January 20, 2019 / 2:14 PM / 3 months ago

Du cheval dans les lasagnes, ouverture du procès Spanghero

PARIS (Reuters) - Deux anciens dirigeants de la société Spanghero et deux intermédiaires néerlandais, accusés d’avoir vendu de la viande de cheval en la faisant passer pour du boeuf, sont jugés à partir de lundi par le tribunal correctionnel de Paris.

Deux anciens dirigeants de la société Spanghero et deux intermédiaires néerlandais, accusés d'avoir vendu de la viande de cheval en la faisant passer pour du boeuf, sont jugés à partir de lundi par le tribunal correctionnel de Paris. /Photo d'archives/REUTERS/Jean-Philippe Arles

Ce procès prévu pour durer jusqu’au 13 février promet de vifs échanges entre les principaux protagonistes, notamment l’ancien directeur de Spanghero Jacques Poujol et le négociant néerlandais Johannès Fasen, dont les versions se contredisent.

Les autres prévenus sont Patrice Monguillon, ex-directeur du site de Castelnaudary (Aude) où la viande était conditionnée, et un autre négociant néerlandais, Hendricus Wimdmeijer.

Tout est parti de la découverte en Irlande, en janvier 2013, de viande de cheval dans des steaks hachés “pur boeuf” vendus en supermarché, puis par la société Findus de viande chevaline dans des lasagnes fabriquées par une filiale luxembourgeoise du groupe Comigel spécialisé dans les plats surgelés, Tavola.

Or la viande utilisée dans ces lasagnes venait de Spanghero, qui s’approvisionnait auprès d’abattoirs roumains via la société de Johannès Fasen, Draap Trading, basée à Chypre, et celle de Hendricus Windmeijer, située à Breda, aux Pays-Bas.

L’enquête a établi que Spanghero, avant de revendre cette viande de cheval, avait remplacé les étiquettes roumaines par un numéro sanitaire français et la mention qu’il s’agissait de viande bovine, nettement plus chère.

Selon la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), l’arnaque porterait sur plus 750 tonnes de viande de cheval, dont près de 540 tonnes revendues à Tavola et plus de 200 tonnes utilisées par Spanghero, notamment pour fabriquer des merguez surgelées.

Au total, estime la DGCCRF, cette viande de cheval s’est retrouvée dans 4,5 millions de plats cuisinés, vendus dans plus d’une douzaine de pays européens.

L’accusation évoque une “organisation atypique et propice aux fraudes” de l’entreprise de Castelnaudary, créée par l’ex-rugbyman Laurent Spanghero, cédée en 2009 à une coopérative basque et qui ne s’est jamais relevée du scandale - elle a été reprise en 2014 par le groupe agroalimentaire CA Holding.

“A QUI PROFITE LE DÉLIT ?”

Les deux principaux prévenus contestent via leurs avocats les faits qui leur sont reprochés et se rejettent mutuellement la responsabilité de la fraude.

“Jacques Poujol ne savait pas que le trader néerlandais lui vendait de la viande de cheval à la place de la viande de boeuf. Nous allons démontrer qu’il n’y avait pas d’éléments qui lui permettaient de déceler la fraude dont il était victime”, a dit à Reuters Me Antoine Vey, qui entend invoquer d’autres affaires similaires impliquant Johannès Fasen en France, aux Pays-Bas et en Espagne, dont l’affaire Gel Alpes.

Cette société basée à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) a aussi fourni des plats préparés contenant du cheval à la place de bœuf et accuse de tromperie le fournisseur néerlandais, par ailleurs déjà condamné dans son pays en 2012 pour falsification de documents relatifs à de la viande halal.

“Mon client ne va pas se laisser faire”, contre-attaque Me Jérôme Triomphe, avocat de Johannès Fasen. “Il a vendu de la viande de cheval à M. Poujol parce que M. Poujol lui a commandé de la viande de cheval. Il l’a vendue à Spanghero au prix du cheval et Spanghero l’a revendue au prix du boeuf, c’est-à-dire 1,5 euro de plus au kilo. A qui profite le délit ?”

Douze sociétés et associations se sont portées parties civiles, dont Picard Surgelés, Findus, Carrefour Hypermarchés, la Fédération nationale bovine et l’Association Nationale Interprofessionnelle du Bétail et des Viandes (Interbev).

Les quatre prévenus, jugés notamment pour escroquerie en bande organisée, encourent une peine maximum 10 ans de prison et un million d’euros d’amende.

Mais l’organisation non gouvernementale FoodWatch souhaite que ce procès soit aussi l’occasion de “mettre en lumière les manquements d’acteurs jusqu’ici épargnés : les distributeurs qui n’ont, jusque-là, pas eu à rendre de comptes”.

Edité par Sophie Louet

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