January 8, 2019 / 8:12 AM / 6 months ago

Carlos Ghosn clame son innocence devant la justice japonaise

TOKYO (Reuters) - Carlos Ghosn a déclaré mardi avoir été injustement placé en détention et a clamé son innocence lors sa première apparition publique depuis son arrestation le 19 novembre, à l’occasion d’une audience devant le tribunal du district de Tokyo.

L'ancien président de Nissan, Carlos Ghosn, a déclaré avoir été injustement placé en détention et nié tout méfait mardi lors d'une audience devant le tribunal du district de Tokyo, sa première apparition publique depuis son arrestation le 19 novembre sur des accusations de malversations financières. /Photo prise le 3 octobre 2018/REUTERS/Régis Duvignau

A 64 ans, l’ancien président de Nissan, qui est toujours PDG de Renault et de l’alliance Renault-Nissan, est apparu aminci, vêtu d’un costume bleu marine, d’une chemise blanche et sans cravate. Il a fait son entrée dans la salle d’audience menotté, attaché à une corde par la taille et escorté par deux gardes.

“J’ai été injustement accusé et placé en détention sur la base d’accusations sans fondement”, a-t-il dit en lisant une déclaration préparée à l’avance.

“J’ai toujours agi de manière honorable et légale. J’ai toujours agi avec intégrité”, a-t-il déclaré d’une voix ferme, ajoutant avoir toujours pris ses décisions avec l’aval des cadres de Nissan.

Après s’être exprimé, il est retourné prendre place sur le banc des accusés, impassible, le regard le plus souvent fixé droit devant lui ou vers le sol.

L’affaire Carlos Ghosn suscite un fort intérêt au Japon, où il est crédité d’avoir sauvé Nissan de la faillite il y a près de 20 ans. De nombreuses équipes de télévision étaient présentes à l’entrée du tribunal et 1.122 personnes espéraient pouvoir accéder à la salle d’audience mais seulement 14 places avaient été attribuées par tirage au sort. L’information est restée à la une de la chaîne publique NHK tout au long de la journée.

L’audience, qui a duré près de deux heures, avait été réclamée par les avocats de Carlos Ghosn pour que celui-ci connaisse les motifs de sa détention et non pour juger le fond de l’affaire.

Le président du tribunal, Yuichi Tada, a lu les accusations retenues contre Carlos Ghosn. Il a déclaré que son maintien en détention avait été décidé car ce dernier présentait un risque de fuite à l’étranger. Yuichi Tada a aussi dit craindre que Carlos Ghosn tente de dissimuler des preuves.

L’ancien procureur Nobuo Gohara a estimé que cette comparution était une victoire pour Carlos Ghosn en termes d’image, car elle lui offrait l’occasion de se défendre après des semaines d’informations négatives à son encontre.

“Dans cette affaire très médiatisée, le parquet et Nissan se sont énormément exprimés et le public avait tendance à ne regarder qu’un seul point de vue”, a-t-il déclaré. “Mais aujourd’hui, tout était pour Ghosn. C’est très important.”

Après des semaines de silence, les avocats de Carlos Ghosn ont insisté, lors une conférence de presse donnée à la suite de cette audience, sur le fait que les tribunaux n’avaient aucune raison de le garder en détention pendant l’enquête.

Le 31 décembre, le tribunal du district de Tokyo avait décidé de prolonger de dix jours, jusqu’au 11 janvier, la détention de Carlos Ghosn, également accusé d’abus de confiance aggravé.

Selon Motonari Otsuru, qui dirige la défense de Carlos Ghosn au Japon, il est probable que son client soit maintenu en détention jusqu’au début du procès, au regard des pratiques du système judiciaire japonais caractérisé par de longues périodes d’incarcération.

Le tribunal de district de Tokyo a annoncé mardi que les avocats de Carlos Ghosn avaient réclamé sa remise en liberté. L’un d’eux, Masato Oshikubo, a dit à Reuters que le tribunal pourrait rendre sa décision mercredi.

PERTES SUR INVESTISSEMENTS ET PAIEMENTS SAOUDIENS

Carlos Ghosn a été inculpé le 10 décembre par le parquet de Tokyo pour ne pas avoir déclaré l’intégralité de sa rémunération versée par Nissan de 2010 à 2015.

Il a également été arrêté, mais pas encore inculpé, pour abus de confiance aggravé, le parquet l’accusant d’avoir fait passer dans les comptes du constructeur japonais des pertes de 1,85 milliard de yens (14,5 millions d’euros) sur des investissements personnels.

“Contrairement aux accusations formulées par les procureurs, je n’ai jamais reçu de rémunération de la part de Nissan qui n’ait pas été divulguée, de même que je n’ai pas établi avec Nissan de contrat visant à recevoir une rémunération fixe non divulguée”, a déclaré Carlos Ghosn au tribunal.

L’ex-patron de Nissan dit avoir demandé au groupe d’assumer temporairement des contrats de changes personnels après la crise financière de 2008-2009, sa banque lui réclamant davantage de garanties. Il dit avoir pris cette décision pour ne pas être contraint de démissionner et d’utiliser sa pension de retraite en guise de garantie.

“Mon engagement moral envers Nissan ne me permettait pas de démissionner pendant cette période cruciale”, a déclaré Carlos Ghosn. “Un capitaine n’abandonne pas le navire au milieu de la tempête.”

Masato Oshikubo a dit que Nissan avait accepté l’accord, à condition que les éventuelles pertes ou gains soient supportés par Carlos Ghosn.

Ce dernier dit avoir repris les contrats à son compte et que Nissan n’a subi aucune perte financière.

Carlos Ghosn est également accusé d’avoir versé 14,7 millions de dollars à l’homme d’affaires saoudien Khaled Al Juffali avec des fonds de Nissan pour l’aider à se sortir de difficultés financières.

Le patron de Renault-Nissan a déclaré que la société de Khaled Al Juffali avait été payée pour “des services essentiels dont Nissan a largement bénéficié”, notamment pour solliciter un financement et résoudre un différend commercial.

Dans un communiqué, la société Khaled Juffali dit avoir reçu des versements à des fins commerciales légitimes.

Nissan, de son côté, a réaffirmé que son enquête interne, déclenchée par un lanceur d’alerte, avait fourni “des preuves substantielles et convaincantes de manquement” et qu’elle était toujours en cours.

ALLIANCE ÉBRANLÉE

L’affaire Carlos Ghosn a ébranlé l’alliance de Nissan avec Renault, ce dernier ayant insisté pour un rapprochement plus approfondi, y compris éventuellement via une fusion totale à la demande du gouvernement français, malgré les fortes réserves exprimées par le constructeur japonais.

Le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a réaffirmé mardi la volonté du gouvernement français de protéger l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi - premier groupe automobile mondial en termes de ventes - considérée comme essentielle pour permettre à ses membres de rester compétitifs face aux défis du secteur, notamment dans les véhicules autonomes.

“En France, il y une présomption d’innocence qui fait que rien ne justifie aujourd’hui que nous prenions des décisions sur la direction de Renault”, a déclaré Bruno Le Maire mardi soir sur France 5.

Le groupe au losange est dirigé depuis fin novembre par un tandem composé du président du conseil d’administration Philippe Lagayette et du directeur général délégué Thierry Bolloré.

“Si la situation devait se prolonger (durant) un délai qui serait déraisonnable, (...) évidemment que nous devrions prendre une décision, mais nous n’en sommes pas là”, a dit Bruno Le Maire en précisant ne pas avoir “de délai précis en tête”.

Cette affaire a également braqué les projecteurs sur le système pénal japonais, notamment la pratique de longues périodes d’incarcération pendant l’instruction et l’interdiction faite aux avocats de la défense d’assister aux interrogatoires, qui peuvent durer huit heures par jour.

Carlos Ghosn a été incarcéré au centre de détention de Tokyo, une maison d’arrêt composée de petites cellules équipées de toilettes dans un coin mais sans système de chauffage.

Selon le Journal du Dimanche, citant le fils de Carlos Ghosn, Anthony, l’ancien patron de Nissan a perdu 10 kilos pendant sa détention.

Motonari Otsuru a déclaré que son client avait été transféré dans une chambre plus grande avec un lit de style occidental, sans préciser la date de ce transfert.

Greg Kelly, ancien administrateur de Nissan accusé de complicité avec Carlos Ghosn, a été libéré sous caution le 25 décembre après plus d’un mois passé en détention pour fraude financière. Le tribunal a décidé de ne pas prolonger sa détention en attendant son procès. Il dément également les accusations portées contre lui.

avec Elaine Lies, Mari Saito, Maki Shiraki et Naomi Tajitsu à Tokyo, Myriam Rivet à Paris; Claude Chendjou et Jean Terzian pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten et Bertrand Boucey

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