January 3, 2019 / 5:59 PM / 3 months ago

Les Bourses broient du noir après Apple et l'ISM

PARIS (Reuters) - En Europe comme à Wall Street, les Bourses n’ont pas manqué jeudi d’accuser le coup de l’avertissement lancé par Apple la veille, lequel a contribué à alimenter les craintes que ressentent les investisseurs vis-à-vis de la conjoncture économique mondiale.

Les Bourses européennes ont terminé en baisse jeudi. À Paris, le CAC 40 a terminé en baisse de 1,66%. Le Footsie britannique a cédé 0,62% et le Dax allemand a perdu 1,55%. /Photo prise le 3 janvier 2019/REUTERS

Et ce n’est pas un très mauvais indice manufacturier américain publié dans l’après-midi - avec un indice ISM tombé en décembre au plus bas depuis novembre 2016 - qui a pu rassurer des investisseurs qui se rabattent logiquement sur des actifs jugés moins risqués, que ce soit le marché obligataire ou encore le yen.

À Paris, le CAC 40 a terminé en baisse de 1,66% à 4.611,48 points. Le Footsie britannique a cédé 0,62% et le Dax allemand a perdu 1,55%.

L’indice EuroStoxx 50 a laissé 1,29%, le FTSEurofirst 300 0,71% et le Stoxx 600 0,98%.

Le groupe à la pomme a annoncé mercredi après la clôture de Wall Street la révision en baisse de son chiffre d’affaires trimestriel en évoquant en particulier le ralentissement de ses ventes en Chine.

L’avertissement d’Apple s’ajoute à des statistiques manufacturières moroses aussi bien en Chine et en zone euro qu’aux Etats-Unis, semblant montrer que le conflit commercial sino-américain prélève bien son tribut sur le secteur industriel.

“Pour le moment, les investisseurs réagissent en fuyant les actifs risqués”, commente Philippe Waechter, chef économiste d’Ostrum Asset Management. “Personne ne veut prendre le moindre risque parce qu’aucune des incertitudes auxquelles nous sommes confrontés n’a été levée, que ce soit le Brexit, cette guerre commerciale (entre la Chine et les Etats-Unis), ou la croissance; les investisseurs se mettent la tête dans le sable et attendent”.

L’avertissement d’Apple est de très mauvais augure à quelques semaines de la prochaine “saison” des résultats trimestriels, observe Peter Rutter (Royal London Asset Management).

Les analystes pensent que les bénéfices des entreprises de l’indice S&P-500 augmenteront de près de 7% cette année, alors qu’ils anticipaient 10% fin octobre, ce qui restait bien loin des 24% attendus pour 2018, selon des données IBES de Refinitiv.

VALEURS

Le secteur européen des semi-conducteurs a passé une journée noire avec les fournisseurs d’Apple en première ligne, notamment AMS, qui a perdu plus de 23%, lanterne rouge de l’indice Stoxx 600. STMicroelectronics le suit à la deuxième place en ayant abandonné 11,5%, plus forte perte du CAC-40, tandis que Dialog Semiconductor s’est délesté de 9,7%.

ASM International, en cédant plus de 6%, figure parmi les dix plus fortes pertes de l’indice Stoxx 600.

L’indice Stoxx de la technologie a aggravé ses pertes au fil de la journée pour accuser en clôture une perte de 4,19%, le recul sectoriel de loin le plus prononcé de la journée.

L’avertissement d’Apple, qui nourrit les craintes pour le marché chinois au lendemain de l’annonce d’une contraction du secteur manufacturier de la deuxième économie mondiale, a également plombé le secteur du luxe. A Paris, Kering a abandonné 5,5%, LVMH 3,8% et Hermès 2,85%.

Airbus a terminé la journée en retrait de 3,52%. Il a perdu près de 8% en fin de séance en raison des craintes que nourrit le marché sur son objectif annuel de livraisons.

Contre la tendance, DBV Technologies a bondi de 13,6%, la plus forte hausse de l’indice parisien SBF 120, après l’annonce d’un remaniement de son équipe dirigeante, deux semaines après le retrait de sa demande d’autorisation de mise sur le marché aux Etats-Unis de Viaskin Peanut, son traitement de l’allergie à l’arachide.

A WALL STREET

Les marchés boursiers américains accusent le coup des nouvelles d’Apple de façon encore plus marquée que leurs homologues européens, plombés en plus, il est vrai, par l’indice manufacturier ISM.

Le Dow Jones accuse une perte de 1,7%, après avoir perdu plus tôt jusqu’à 2,9%, tandis que le S&P-500 recule de 1,34% et que le Nasdaq Composite abandonne lui aussi 1,7%.

Apple (-8,2%) est lourdement sanctionné après son avertissement et l’indice des technologiques lâche 3,3%, de loin la plus forte perte sectorielle de la journée.

Outre les fournisseurs d’Apple, les valeurs des semiconducteurs ne sont pas non plus à la fête, en témoigne leur indice de la Bourse de Philadelphie qui cède plus de 4% et dont les 30 valeurs le composant sont dans le rouge.

LES INDICATEURS DU JOUR

Les investisseurs ont pris connaissance de deux indicateurs touchant au marché de l’emploi aux Etats-Unis, en prélude à la très attendue statistique mensuelle des créations d’emplois qui sera publiée vendredi.

Les inscriptions hebdomadaires au chômage ont augmenté plus que prévu aux Etats-Unis lors de la semaine au 29 décembre et le secteur privé a créé 271.000 emplois en décembre, un nombre nettement supérieur aux attentes et le plus élevé depuis février 2017, selon l’enquête mensuelle d’ADP.

Toutefois, c’est surtout l’annonce d’une contraction de la croissance de l’activité manufacturière aux Etats-Unis qui a fait réagir les marchés. L’indice ISM manufacturier est ressorti à 54,1 le mois dernier contre 59,3 en novembre, au plus bas depuis novembre 2016. Le recul de l’indice d’un mois sur l’autre est en outre le plus marqué depuis octobre 2008.

En zone euro, la croissance du crédit aux entreprises et aux ménages s’est accélérée en novembre en dépit des signes de ralentissement de l’économie de la région, ont montré les statistiques publiées par la Banque centrale européenne (BCE).

CHANGES

Les dernières nouvelles d’Apple ont provoqué dans les échanges matinaux en Asie un “flash crash” sur les devises dans un marché par ailleurs peu fourni, facilitant ainsi les fluctuations de cours brutales. Les craintes suscitées par l’évolution de l’économie mondiale en générale et chinoise en particulier poussent les investisseurs vers le yen, devise refuge par excellence.

Ce qui se fait au détriment du dollar qui doit en plus subir le contrecoup de la forte baisse de l’indice ISM manufacturier.

Cette ruée vers le yen a amené le billet vert à enfoncer plusieurs seuils techniques, provoquant des ventes stop-loss, qui ont touché aussi le dollar australien, lequel est descendu face à la monnaie nippone à des niveaux qu’il n’avait plus visités depuis 2011.

Le dollar cède 0,8% à 107,92 yens après être tombé jusqu’à 104,96, au plus bas depuis mars 2018.

L’euro pour sa part, stable à mi-journée, progresse de 0,53% à 1,1401 dollar, tandis que l’indice du dollar, qui suit les évolutions de ce dernier face à un panier de devises de référence, laisse 0,5%.

TAUX

Le rendement du Bund à 10 ans a touché en fin de séance un nouveau plus bas de deux ans de 0,146%, conséquence normale de l’afflux des investisseurs sur un marché obligataire qui jouit pleinement de son statut de marché refuge.

Ce rendement était remonté à 0,156% vers 17h30 GMT.

Dans un contexte macroéconomique devenu morose, le marché monétaire évalue dorénavant à moins de 30% la probabilité d’une hausse de taux de 10 points de base de la part de la Banque centrale européenne (BCE) cette année.

Rainer Guntermann, analyste chez Commerzbank, ne pense pas que le mouvement récent de baisse sur le rendement du Bund devrait se poursuivre mais il estime que le risque lié à des statistiques faiblardes ne provoquera pas pour l’heure de renversement de tendance.

Même descente des rendements sur le marché des Treasuries, le mauvais indice ISM manufacturier venant enfoncer le clou après l’avertissement d’Apple.

Le rendement du 10 ans américain était de 2,571%, en baisse de neuf points de base et correspondant à un rétrogradage de plus de 50% sur son pic de 2018. C’est la première fois depuis janvier 2018 qu’il tombe en deçà de 2,6%.

PÉTROLE

Le marché pétrolier résiste plutôt bien aux déboires boursiers et aux craintes ressenties pour l’évolution de l’économie mondiale, grâce aux signes d’une réduction de la production de la part de l’Arabie saoudite. Selon une enquête Reuters, l’offre pétrolière de l’Opep a baissé en décembre par rapport au mois précédent dans une proportion jamais vue en près de deux ans.

Le contrat sur le WTI texan se traite autour de 46,80 dollars et le future sur le Brent progresse lui à 55,40 dollars.

MÉTAUX

L’affaiblissement du dollar profite modestement à l’or, lui aussi valeur refuge, dont le cours spot gagne 0,4% à plus de 1.290 dollars l’once.

A SUIVRE VENDREDI 4 JANVIER :

Il faudra suivre dans la matinée les indices PMI des services en Chine et en Europe, ainsi que la première estimation de l’inflation de la zone euro de décembre, à 10h00 GMT.

Aux Etats-Unis, sera publiée à 13h30 GMT la statistique de l’emploi de décembre. Par ailleurs, Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale, participe à un débat public avec ses prédécesseurs Ben Bernanke et Janet Yellen à 15h15 GMT.

LA SITUATION SUR LES MARCHÉS

(Certaines données peuvent accuser un léger décalage)

Édité par Blandine Hénault

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