December 31, 2018 / 10:32 AM / 9 months ago

Les marchés attendent plus de clarté du patron de la Fed en 2019

WASHINGTON/SAN FRANCISCO (Reuters) - Après une première année compliquée à la tête de la Réserve fédérale, Jerome Powell aborde 2019 sous la pression de marchés qui attendent davantage de clarté de la banque centrale américaine dans sa communication.

Après une première année compliquée à la tête de la Réserve fédérale, Jerome Powell (photo) aborde 2019 sous la pression de marchés qui attendent davantage de clarté de la banque centrale américaine dans sa communication. /Photo prise le 19 décembre 2018/REUTERS/Yuri Gripas

Le président de la Fed, qui a pris ses fonctions en février, a tour à tour inquiété et rassuré les marchés au cours d’une année marquée par une forte poussée de volatilité et des performances négatives pour toutes les classes d’actifs, sans parler des attaques incessantes du président Donald Trump, adversaire déclaré du resserrement monétaire piloté par l’institut d’émission.

Avocat puis banquier d’investissement avant d’embrasser la carrière de banquier central, Jerome Powell a surpris par un style différent de celui de ses prédécesseurs, tous économistes de formation depuis des décennies.

Certains lui reprochent d’avoir alimenté la volatilité sur les marchés par son manque de précision et ont été agacés lorsqu’il a comparé récemment la situation de la Fed à la nécessité de traverser une pièce sombre.

“Il y a des gens dans mon immeuble que cela a rendu furieux”, confie Carl Tannenbaum, chef économiste chez Northern Trust. “Le problème, c’est que la Fed ne peut pas rester dans le noir. Elle doit faire un effort pour apporter un peu de lumière sur la situation”.

Le style Powell a été illustré une nouvelle fois lors de sa conférence de presse du 19 décembre, au cours de laquelle il prononcé à quatre reprises le mot “incertitudes”.

La Fed venait d’annoncer qu’elle relevait son principal taux d’intérêt pour la quatrième fois de l’année et revoyait légèrement à la baisse le rythme de relèvement de taux prévu pour 2019, en raison précisément de ces incertitudes.

UNE COMMUNICATION DÉLICATE

Les marchés ont été déstabilisés alors par le fait que le patron de la Fed dise à la fois que les risques augmentaient et qu’il fallait continuer de relever les taux.

“Le message en l’occurrence a été un peu confus”, commente Tim Duy, professeur d’économie à l’université de l’Oregon.

Un discours trop limpide peut aussi avoir des effets négatifs.

Lors de cette même conférence de presse du 19 décembre, Jerome Powell avait ainsi déclaré que la réduction du bilan de la Fed était “sous pilote automatique” et qu’aucun changement n’était prévu.

La remarque était identique aux précédentes indications de la banque centrale en la matière mais n’en a pas moins entraîné une baisse des actions sur des marchés qui s’attendaient à davantage de flexibilité.

Quelques jours plus tard, John Williams, l’influent président de la Fed de New York et un allié précieux pour Jerome Powell, montait au créneau pour corriger le tir et parvenait à faire remonter les indices boursiers.

LA FED N’A PAS TOUTES LES RÉPONSES

Tous les patrons de la Fed ont provoqué des turbulences sur les marchés, notamment Ben Bernanke, qui avait fait chuter les actions mondiales en suggérant en 2013 que la Fed allait réduire ses rachats d’obligations, ou encore Alan Greenspan, qui avait tenté sans succès en 1996 de freiner les marchés en parlant de l’”exubérance irrationnelle” de la valorisation des actifs.

Aucun président de la Réserve fédérale n’a toutefois subi une telle pression de la part de la Maison blanche, dont l’actuel locataire ne se prive pas de déstabiliser lui aussi les marchés par ses déclarations.

Pour ne rien arranger, le ralentissement de la croissance mondiale menace la santé, encore robuste, de l’économie américaine, sans parler des tensions commerciales et de la fermeture de certaines administrations fédérales (“shutdown”) en raison du bras de fer entre Donald Trump et le Congrès au sujet du financement du mur que le président souhaite ériger sur la frontière avec le Mexique.

Dans ce contexte, qui conduit de nombreux intervenants de marché à miser sur zéro hausse de taux en 2019, Jerome Powell a annoncé qu’il modifierait sa communication en tenant une conférence de presse à chaque réunion monétaire de la Fed à compter du mois de janvier.

Il devrait ainsi prendre la parole huit fois dans ce cadre dans l’année qui s’annonce, contre quatre fois par an jusqu’à présent. Il aura donc plus souvent l’occasion de s’exprimer, au risque de déstabiliser les marchés avec une plus grande fréquence en cas de message mal perçu.

Le moment paraît bien choisi pour rappeler que la Fed n’a pas toutes les réponses, estime Alice Rivlin, ancienne vice-présidente de la banque centrale américaine.

Alan Greenspan, raconte-t-elle, lui avait reproché un jour d’avoir utilisé le verbe “deviner” dans un discours.

“Il m’avait dit de ne pas employer ce terme parce qu’il donnait l’impression que nous ne savions pas ce que nous faisions”, confie-t-elle. “Et j’ai pensé, d’accord, mais nous ne le savons pas”.

Patrick Vignal pour le service français, édité par Blandine Hénault

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