December 20, 2018 / 6:56 AM / in 5 months

La BoJ garde le cap mais est prête à soutenir l'économie si besoin

TOKYO (Reuters) - La Banque du Japon (BoJ) a maintenu jeudi sa politique monétaire ultra-accommodante mais son gouverneur a mis en garde contre la montée des risques, laissant entendre que la banque centrale pourrait augmenter son soutien à l’économie et non le réduire.

La Banque du Japon (BoJ) a maintenu jeudi sa politique monétaire ultra-accommodante en réaffirmant la bonne santé de l'économie malgré les turbulences provoquées sur les marchés financiers. /Photo d'archives/REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Comme attendu, la banque centrale japonaise a maintenu son objectif de taux d’intérêt à court terme à -0,1% et celui du rendement à dix ans autour de 0%, pilier de sa politique dite de “maîtrise de la courbe des rendements” (yield curve control, YCC), par sept voix contre deux des membres de son comité de politique monétaire.

Elle a aussi répété que l’économie japonaise restait sur la bonne voie, alors que les marchés financiers souffrent des craintes d’un ralentissement de la croissance mondiale et que la remontée de l’inflation dans l’archipel vers l’objectif de 2% qu’elle s’est fixé semble s’éloigner.

Son gouverneur, Haruhiko Kuroda, a toutefois averti lors d’une conférence de presse que les incertitudes économiques s’accumulaient dans le monde et il a assuré que la banque centrale disposait des outils nécessaires pour augmenter son soutien en cas de besoin.

“Il y a davantage de risques à la baisse pour l’économie japonaise, particulièrement du côté de l’évolution de la situation économique à l’étranger”, a-t-il dit.

“Si nous jugeons cela nécessaire pour soutenir l’évolution vers la réalisation de notre objectif de prix, nous assouplirons la politique monétaire de manière appropriée.”

DILEMME

La BoJ est en fait confrontée à un dilemme: des années d’injections massives de liquidités ne lui laissent que peu de moyens pour combattre une éventuelle récession et le ralentissement actuel de la croissance mondiale risquent de la priver de toute chance de reconstituer son arsenal.

Le maintien de la politique actuelle de soutien se révèle lui-même coûteux car les taux très bas qu’elle pratiquent pèsent sur la rentabilité des banques tandis que ses achats de titres assèchent la liquidité du marché obligataire.

“La BoJ est prise au piège entre la nécessité de répondre aux effets secondaires de son soutien et la perspective d’un ralentissement mondial et d’une guerre commerciale. Elle pourrait donc être incapable de bouger dans quelque direction que ce soit l’an prochain”, estime Hiroshi Shiraishi, économiste senior de BNP Paribas Securities.

“La BoJ pourrait être poussée à un nouvel assouplissement de sa politique en 2020 en cas de ralentissement accru en Chine et aux Etats-Unis, qui pèserait sur les exportations et l’investissement au Japon.”

La BoJ avait infléchi sa stratégie en juillet pour la rendre plus supportable en acceptant de laisser les rendements obligataires évoluer de manière plus souple autour de son objectif de rendement nul.

Cette décision visait entre autres à favoriser une hausse naturelle des rendements à long terme, et donc les profits des institutions financières.

LES RENDEMENTS À LONG TERME RISQUENT DE DEVENIR NÉGATIFS

Mais les rendements à long terme japonais ont suivi ces derniers mois la baisse de ceux des emprunts d’Etat américains, elle-même liée à la montée de l’aversion au risque chez les investisseurs.

Le rendement des emprunts d’Etat japonais (JGB) à dix ans est tombé mercredi à 0,01%, son plus bas niveau depuis septembre 2017.

Haruhiko Kuroda a estimé que la baisse récente des rendements à long terme japonais ne constituait pas un problème majeur, jugeant qu’elle ne faisait que refléter la baisse globale des rendements dans le monde.

Plusieurs sources ont déclaré à Reuters que la BoJ tolérerait des rendements à long terme négatifs à condition que le dix ans reste contenu dans la fourchette de -0,2% à +0,2% fixée en juillet.

L’affirmation une telle politique susciterait toutefois sans doute des réticences chez certains membres du comité de politique monétaire, qui ont déjà exprimé à voix haute leur préoccupation quant aux risques d’une baisse excessive des rendements, estiment certains analystes.

“La BoJ pourrait ralentir ses achats d’obligations pour empêcher une baisse excessive des rendements. Mais cela risquerait de favoriser la hausse du yen”, explique Takahide Kiuchi, ancien membre du comité de la BoJ et aujourd’hui économiste au Nomura Research Institute.

“C’est tout simplement l’illustration des défauts de l’YCC.”

Le yen s’appréciait de plus de 0,5% face au dollar mais était pratiquement stable face à l’euro vers 07h20 GMT, à 111,90 pour un dollar et 127,89 pour un euro.

La Bourse de Tokyo a fini la journée sur une baisse de 2,84% et inscrit un plus bas de clôture de 15 mois, un recul qui s’explique principalement par les décisions annoncées la veille par la Réserve fédérale américaine, jugées insuffisamment accommodantes par une partie des investisseurs.

Avec Tetsushi Kajimoto et Chris Gallagher; Jean Terzian et Marc Angrand pour le service français

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