November 30, 2018 / 1:26 PM / 14 days ago

La guerre commerciale, handicap durable pour les valeurs européennes

LONDRES/MILAN (Reuters) - Les actions européennes, déjà affectées par la morosité de la croissance et son impact sur les profits, risquent de souffrir si les discussions samedi entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping débouchent sur une véritable guerre commerciale.

Des traders. Les actions européennes, déjà affectées par la morosité de la croissance et son impact sur les profits, risquent de souffrir si les discussions samedi entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping débouchent sur une véritable guerre commerciale. /Photo d'archives/REUTERS/Simon Dawson

Le différend sur les droits de douane opposant les deux premières puissances mondiales a déjà refroidi l’économie chinoise et jeté un coup de froid sur l’activité de certains des plus grands groupes européens en raison de leur forte exposition à ce marché clé.

Si la rencontre entre les présidents américain et chinois se passe bien, ce handicap n’aura pas disparu. Et si elle se passe mal, de nombreuses entreprises de premier plan en Europe pourraient être durement affectées.

Les valeurs vedettes telles que le constructeur automobile allemand BMW ou le groupe de luxe suisse Richemont sont déjà considérés comme des victimes collatérales du protectionnisme de l’administration Trump, avec à la clé de fortes baisses depuis le début de l’année (-17,5% et -27% respectivement).

L’indice Dax 30 de Francfort, dont les composantes réalisent en Chine environ 6% de leur chiffre d’affaires, soit environ 80 milliards d’euros, accuse un repli de 12,5% depuis le début de l’année alors que le STOXX 600, moins exposé, n’a perdu que 8,4%.

BMW devrait réaliser 18% de son chiffre d’affaires 2018 sur le marché chinois et Volkswagen 14%, selon Morgan Stanley.

Même si l’impact sur l’Allemagne, dont les échanges bilatéraux avec la Chine ont atteint un record de 188 milliards d’euros l’an dernier, est particulièrement préoccupant, l’inquiétude est généralisée en Europe.

Une étude menée pour Reuters par le cabinet spécialisé AlphaSense montre que le nombre de fois où le ralentissement chinois a été mentionné lors des présentations de résultats d’entreprises européennes a été multiplié par trois entre juillet et septembre.

Alors que seulement 16 sociétés de l’indice MSCI Europe avaient mentionné le ralentissement en Chine entre avril et juin, ce nombre est passé à 49 au cours au troisième trimestre.

“TRÈS CYCLIQUE, L’EUROPE EST TRÈS EXPOSÉE”

Une partie de la sous-performance des Bourses européennes par rapport à Wall Street s’explique par les baisses d’impôts mises en oeuvre par l’administration Trump, qui ont dopé les profits des sociétés américaines, mais de nombreux analystes pensent que le motif fondamental de cette faiblesse est ailleurs.

“Etant très cyclique, l’Europe est très exposée, c’est une économie ouverte et les marchés d’actions reflètent déjà cela”, dit Emmanuel Cau, stratège chez Barclays. “Les marchés européens sont assez vulnérables au ralentissement des marchés émergents, d’autant plus que la dynamique intérieure est polluée par des problèmes politiques comme l’Italie ou le Brexit.”

Une escalade des tensions entre la Chine et les Etats-Unis obligerait le gérant d’actifs néerlandais NN Investments à remettre en question sa prévision d’un rebond des valeurs européennes en 2019.

“C’est la plus forte menace”, dit Valentijn van Niewenhuisen, responsable de la gestion multi-actifs du groupe.

Le Fonds monétaire international (FMI) a revu en baisse ses prévisions de croissance pour la Chine et depuis, les indicateurs économiques du pays, de la construction automobile au commerce en ligne en passant par la production manufacturière, ont reflété une poursuite de la dégradation de la conjoncture.

Or, selon une étude de Morgan Stanley, les groupes miniers européens sont loin d’être les seuls dont l’activité dépend de la demande chinoise.

La Chine contribue ainsi à hauteur d’environ 24% aux chiffres d’affaires des entreprises de luxe comme Kering, maison mère de Gucci, ou Richemont, le propriétaire de Cartier.

Parmi les autres sociétés très exposées figurent aussi les groupes industriels allemands Siemens et BASF.

Une situation qui n’inquiète pas seulement les investisseurs boursiers: l’influente fédération industrielle allemande BDI, dans une récente étude stratégique, a plaidé pour une réduction de la dépendance des entreprises au marché chinois.

La réunion de samedi entre les dirigeants des deux superpuissances sera donc déterminante pour le sentiment de marché, mis à mal depuis des mois par ces tensions.

Et les intervenants ne parient pas sur un règlement rapide du conflit. “On a du mal à imaginer que la Chine sera en mesure, ou même souhaitera, faire des propositions qui répondent aux demandes des Etats-Unis; donc, les choses pourraient empirer”, dit l’économiste Melanie Baker de Royal London.

Avec Ritvik Carvalho; Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Angrand

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