October 31, 2018 / 11:50 AM / 15 days ago

Le patronat allemand plaide pour réduire la dépendance à la Chine

BERLIN (Reuters) - La puissante fédération allemande de l’industrie, BDI, appelle les entreprises du pays à réduire leur dépendance au marché chinois dans un projet de document stratégique, dont Reuters a pu prendre connaissance et qui souligne les inquiétudes croissantes suscitées outre-Rhin par le modèle économique étatique chinois.

La puissante fédération allemande de l'industrie, BDI, appelle les entreprises du pays à réduire leur dépendance au marché chinois dans un projet de document stratégique, dont Reuters a pu prendre connaissance et qui souligne les inquiétudes croissantes suscitées outre-Rhin par le modèle économique étatique chinois. /Photo d'archives/REUTERS/Fabrizio Bensch

Le document de 25 pages, dont la publication n’est pas prévue avant le début de l’année prochaine, explique qu’une véritable ouverture du marché chinois, promise depuis longtemps par Pékin, a peu de chance de se réaliser et s’inquiète du renforcement du contrôle de Parti communiste chinois sur l’économie et la société.

Les entreprises allemandes ne peuvent pas et ne doivent pas se détourner d’un marché chinois toujours en plein essor, souligne toutefois le projet de texte intitulé : “Partenaire et compétiteur systémique, comment affronter le modèle économique étatique chinois ?”

Mais ses auteurs les appellent à prendre d’urgence des mesures pour réexaminer leur présence en Chine et formulent un ensemble de recommandations pour le gouvernement allemand et l’Union européenne sur la relation avec Pékin.

“En dépit de l’attractivité du marché chinois, il va devenir de plus en plus important pour les entreprises d’examiner attentivement les risques liés à leur engagement en Chine et de minimiser leur dépendance en diversifiant les chaînes d’approvisionnement, les sites de production et leurs marchés”, prévient le projet de document en cours de validation par les instances de la BDI.

Ces mises en garde interviennent alors que les tensions croissantes entre les Etats-Unis et la Chine risquent de contraindre l’Allemagne et l’Europe à choisir entre leurs deux principaux partenaires commerciaux.

Les échanges commerciaux bilatéraux entre l’Allemagne et la Chine ont atteint un niveau record à 187 milliards d’euros l’année dernière. Et de nombreuses grandes entreprises allemandes, en particulier les constructeurs automobile comme Volkswagen, Daimler et BMW sont très dépendants du marché chinois.

BUDGET EUROPÉEN ACCRU ET OFFENSIVE DIPLOMATIQUE

Le document liste une série de d’obstacles rencontrés par les entreprises allemandes présentes en Chine, des transferts de technologie contraints aux défaillances dans la protection de la propriété intellectuelle en passant par des droits de douane arbitraires ou l’inégalité d’accès au financement ou aux licences d’exploitation.

Le projet de texte plaide pour une coordination renforcée sur la stratégie vis-à-vis de la Chine au sein du gouvernement allemand, des Etats européens et avec les partenaires de l’Union européenne qui ont les mêmes intérêts, y compris les Etats-Unis, présentés comme le partenaire le plus important pour l’Europe.

Le document recommande aussi l’adoption d’une série de mesures au niveau européen, notamment pour l’examen d’éventuelles aides publiques lors d’offres publiques d’achat.

L’une d’entre elles consiste à demander que les entreprises chinoises présentent leurs comptes sur la base de normes comptables reconnues internationalement lorsqu’elles envisagent d’acquérir une entreprise européenne afin qu’il soit possible de déterminer leur structure actionnariale et leurs sources de financement.

La BDI plaide aussi pour que l’Europe développe sa propre stratégie industrielle ambitieuse à l’horizon 2030 en réponse au plan ‘Made in China 2025’ de Pékin qui définit les priorités de développement dans l’industrie, de la robotique à l’aérospatial et aux voitures propres.

Pour ce faire, la fédération patronale allemande souhaite un renforcement des moyens budgétaires européens, avec notamment un doublement des dépenses de R&D, pour soutenir les investissement dans les infrastructures, l’éducation et l’innovation technologique.

“Nous sommes confrontés à une concurrence systémique entre notre approche de marchés ouverts et le modèle économique étatique chinois”, prévient le document. “Nous avons besoin d’un large débat sur ce défi entre les responsables politiques, la société civile et les industriels.”

Si la BDI indique clairement qu’elle n’a aucun intérêt à un isolement de la Chine sur les plans politique, économique et technologique, le projet de document soutient que Pékin a l’intention de réorganiser à son profit un ordre mondial fondé sur le libre-échange qui a été à l’origine de la prospérité de l’Allemagne.

Le projet de texte décrit l’initiative du président chinois Xi Jinping des “Nouvelles routes de la soie”, visant à développer les réseaux de transport et les échanges commerciaux entre la Chine et ses partenaires en Asie, en Europe, en Afrique et au-delà, comme une tentative de Pékin de gagner en influence et de façonner les marchés des pays tiers à son avantage.

Pour contrecarrer ce projet, la BDI appelle à une “offensive diplomatique”, de Berlin et de l’Union européenne vers les pays d’Europe de l’est, d’Asie centrale et du sud-est et d’Afrique.

Marc Joanny pour le service français, édité par Tangi Salaün

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below