October 24, 2018 / 8:11 AM / 21 days ago

Yen et franc suisse profiteraient d'une tempête boursière

LONDRES (Reuters) - L’instabilité que subissent les places boursières ces derniers temps est un signal d’alarme pour les investisseurs en quête d’actifs relativement sûrs.

L'instabilité que subissent les places boursières ces derniers temps est un signal d'alarme pour les investisseurs en quête d'actifs relativement sûrs. Sur le marché des changes, le dollar, le yen et le franc suisse sont leurs choix habituels. /Photo d'archives/REUTERS/Thomas White

En période de tension, ces derniers ont tendance à investir dans les emprunts d’Etat, l’or, l’immobilier londonien et même le bitcoin; sur le marché des changes, le dollar, le yen et le franc suisse sont leurs choix habituels.

A ceci près que bon nombre de ces actifs ont failli à leur réputation de valeurs refuges. Alors même que les tensions commerciales, la volatilité boursière et les projets budgétaires italiens sapent le moral des investisseurs, le yen a perdu 7% contre le dollar depuis mars.

Le franc suisse a gagné 2% contre l’euro depuis le début de l’année mais il est en repli depuis le début septembre même si le torchon brûle entre Rome et Bruxelles sur la question budgétaire.

Les emprunts d’Etat allemands et américains, qui ont joui plusieurs années durant d’un marché haussier, sont jugés chers.

Quant à l’or, qui passe pour un investissement protégeant de l’inflation, il affiche un recul de 5% cette année.

Seul le dollar tire son épingle du jeu; c’est la monnaie la plus liquide de la planète et elle a pour elle une économie américaine qui tourne à plein régime et une banque centrale qui augmente régulièrement les taux d’intérêt.

Pour autant, nombreux sont ceux qui pensent qu’un retournement boursier brutal, après une longue ascension, ou un coup d’arrêt à la croissance, en particulier aux Etats-Unis, feraient des valeurs refuges traditionnelles les seuls paris envisageables.

Dans ce contexte, le yen et le franc suisse seront recherchés à l’exclusion de tout autre actif, prédisent certains investisseurs.

“Cela se produirait sans doute si le marché boursier américain chutait de 10%, ou si les banques européennes faisaient de même, dans le cas d’un événement grave et ne prédisposant donc pas à la prise de risque (risk-off)”, dit Jem Leaviss (M&G Investments).

Certains signes, ce mois-ci, montrent que le yen évoluera comme on s’y attend si la volatilité du marché s’envole et si les investisseurs liquident leurs actions.

Ainsi le 10 octobre, jour où la Bourse américaine a subi sa plus forte perte depuis février, le yen s’est renforcé. Même chose mardi: le yen a gagné 0,5% à la suite des fortes pertes de Wall Street le jour précédent.

Kaspar Hense, gérant de portefeuilles de BlueBay Asset Management, dit qu’il a acheté du yen ces derniers jours pour se prémunir à peu de frais d’une correction boursière.

“Les flux de capitaux nippons vont s’inverser sur les marchés internationaux et ça devrait renforcer le yen”, explique-t-il.

Revendiquant d’amples excédents des paiements courants, la Suisse et le Japon ont beaucoup d’avoirs disséminés à l’étranger et lorsque les places boursières tournent de l’oeil, les investisseurs japonais et suisses tendent à ramener du cash à la maison, dopant ainsi la monnaie nationale.

L’excédent courant suisse représente près de 10% de son PIB et celui du Japon 4%. A l’inverse, le déficit courant des Etats-Unis est de 2% et celui de la Grande-Bretagne de près de 4%.

Le Japon est le premier créancier mondial, la valeur nette des actifs détenus par l’Etat; les entreprises et les particuliers dépassaient 328.000 milliards de yens (2.540 milliards d’euros) fin 2017. La Suisse n’est pas mal placée non plus de ce point de vue, derrière des pays tels que l’Allemagne et la Chine.

C’est ce qui a poussé les investisseurs à se placer sur le yen lorsque, par exemple, la Corée du Nord a testé des missiles balistiques l’an dernier, où sur le franc suisse lors de la crise de la dette de la zone euro de 2012-2013.

Les deux monnaies se reposent enfin sur des réserves de change énormes, sur des systèmes politiques stables et sur la demande des investisseurs lorsque les marchés sont turbulents.

“S’il se produit un événement géopolitique épouvantable ou si la belle histoire de la croissance américaine tourne mal (...) c’est du yen et du franc qu’on achètera”, dit Jane Foley, stratège de Rabobank.

Comment alors expliquer la piètre performance de la monnaie nippone cette année?

La réponse se trouve sans doute dans un environnement généralement calme: une croissance mondiale dépassant les 3,5% et des bénéfices de sociétés à deux chiffres viennent contrebalancer les trépidations liées à la politique et au commerce.

Il se peut aussi que le “carry trade”, c’est-à-dire emprunter des devises à faible rendement comme le yen et le franc suisse pour investir ailleurs, ne soit plus aussi pratiqué dans le cycle économique du moment.

Enfin, le volatilité du marché des changes reste relativement faible, au tiers des niveaux observés sur la période 2015-2017. Cela freine la demande de franc et de yen même si le contexte géopolitique s’aggrave, comme dans le cas de l’Italie cet été.

“La relation du yen à ce que l’on appelle le ‘risk-off’ n’est pas linéaire; il réagit bien plus aux pics de volatilité”, constate Alvin Tan, stratège changes de Société Générale.

Que faudrait-il vraiment, en définitive, pour que les investisseurs se replient massivement sur le yen et le franc?

On admet le plus souvent qu’une chute de 10% à 15% de Wall Street, qui mettrait un terme net à une longue poussée haussière, coïncidant éventuellement avec une montée des périls pour la croissance mondiale en général et américaine en particulier, serait un élément déclencheur.

“Si on a un mouvement d’aversion au risque parce qu’on craint pour la croissance mondiale, alors les valeurs refuge habituelles que sont le franc suisse, et plus particulièrement le yen, s’apprécient de façon notable”, note Bernd Berg (Woodman Asset Management).

“Et après c’est la ruée vers les valeurs refuge”.

Avec Karin Strohecker et Ritvik Carvalho, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny

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