October 16, 2018 / 9:38 AM / a month ago

Armes: Amnesty accuse Paris d'aider la répression égyptienne

PARIS (Reuters) - La France continue de livrer des équipements militaires à l’Egypte en violation du droit international, notamment des blindés fabriqués par Renault Trucks qui ont été utilisés “dans certaines des opérations les plus sanglantes de la répression interne” entre 2012 et 2015, dénonce Amnesty International.

Un véhicule blindé Sherpa de Renault. La France continue de livrer des équipements militaires à l'Egypte en violation du droit international, notamment des blindés fabriqués par Renault Trucks qui ont été utilisés "dans certaines des opérations les plus sanglantes de la répression interne" entre 2012 et 2015, dénonce Amnesty International. /Photo d'archives/REUTERS/Benoit Tessier

Dans un rapport publié mardi, l’organisation de défense des droits de l’Homme presse les autorités françaises de “cesser tout transfert” vers l’Egypte de “matériels susceptibles de servir” aux forces de sécurité intérieures.

“Aucun transfert ne doit être autorisé tant que l’Egypte n’a pas mené d’enquêtes efficaces et indépendantes sur les violations graves commises par les forces de sécurité, ni amené celles-ci à rendre des comptes”, peut-on lire.

La coopération militaire entre la France et l’Egypte s’est considérablement renforcée depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al Sissi en 2014. Depuis 2015, l’Egypte a conclu pour six milliards d’euros de contrats d’armement avec la France, pour la livraison de 24 Rafale notamment.

Déjà en juillet dernier, quatre ONG - Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, Institut du Caire pour les droits de l’Homme, Ligue des droits de l’Homme, Observatoire des armements - accusaient “l’Etat français et plusieurs entreprises françaises” de contribuer à la répression.

Elles évoquaient notamment la vente de “technologies de surveillance individuelle, d’interception de masse, de collecte des données individuelles, de contrôle des foules”.

Dans “Egypte, des armes françaises au coeur de la répression”, Amnesty International concentre ses critiques sur la société française Renault Trucks Defense (Arquus), filiale du suédois Volvo, qui conçoit le Sherpa, véhicule militaire tactique, et le MIDS, un blindé conçu pour des missions de sécurité publique intérieure.

L’ONG précise disposer d’éléments qui “attestent sans ambiguïté du déploiement de véhicules Sherpa et MIDS fournis par la France à l’occasion de certaines des opérations les plus sanglantes de la répression interne”.

“CESSER IMMÉDIATEMENT TOUT TRANSFERT”

Elle met en avant la date du 14 août 2013, début du “massacre de la place Rabia-El Adaouïa”, quand des “véhicules blindés Sherpa (...) ont été déployés un peu partout au Caire par les forces de sécurité égyptiennes pour disperser des sit-in. Celles-ci ont tué près de mille personnes.”

Amnesty explique s’appuyer sur une vingtaine d’heures de vidéos disponibles dans le domaine public, des centaines de photos et autres “supports visuels” communiqués par des groupes égyptiens de défense des droits de l’Homme et des médias.

L’ONG “engage la France à cesser immédiatement tout transfert dès lors qu’il existe un risque substantiel que les armes livrées soient utilisées pour commettre ou faciliter de graves atteintes aux droits humains sur le territoire égyptien.”

La ministre des Armées Florence Parly assure régulièrement que la France pratique “une politique d’exportation responsable”, dans le respect de ses engagements internationaux et en vertu d’un dispositif de contrôle “très rigoureux”.

“Beaucoup de pays sont confrontés à cette situation que d’avoir, le cas échéant, livré des armes à d’autres pays alors que ces armes n’étaient pas censées être utilisées”, avait-elle tenté de justifier en février à propos des ventes d’armes à l’Arabie saoudite, engagée dans le conflit au Yémen.

La France a ratifié en avril 2014 le traité sur le commerce des armes stipulant que tout pays exportateur doit évaluer si la vente de ses armes pourrait servir à “commettre une violation grave du droit international des droits de l’Homme”.

En France, les autorisations d’exportation incombent au Premier ministre, sur avis de la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG).

Selon Amnesty, la France bafoue, en poursuivant ses livraisons, la position commune de l’Union européenne de 2008 sur les exportations de technologie et d’équipements militaires et la décision de 2013 des ministres européens des Affaires étrangères de suspendre les licences d’exportation vers l’Egypte d’équipements sécuritaires et d’armes.

Sophie Louet, édité par Yves Clarisse

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