September 14, 2018 / 5:10 PM / 11 days ago

Les économies émergentes rattrapées par la crise de leur devise

LONDRES (Reuters) - Les économies émergentes confrontées à une crise de leur devise auront du mal à échapper à un fort ralentissement voire à une récession au risque de prolonger les contre-performances de leurs marchés financiers.

Les économies émergentes confrontées à une crise de leur devise auront du mal à échapper à un fort ralentissement voire à une récession au risque de prolonger les contre-performances de leurs marchés financiers. /Photo prise le 30 août 2018/REUTERS/Marcos Brindicci

La banque centrale turque a relevé jeudi son principal taux directeur de plus de 6% pour tenter d’enrayer l’effondrement de la livre qui a perdu près de 40% de sa valeur contre le dollar depuis le début de l’année.

L’Argentine peine à stabiliser le peso, qui a chuté de plus de moitié contre la devise américaine, en dépit de taux d’intérêt punitifs à 60%.

D’autres devises émergentes ont aussi pris le toboggan, la roupie indienne se traitant à des plus bas records tandis que le rand sud-africain, le rouble russe et le real brésilien ont chuté de 15% à 20% depuis le début de l’année.

Les économies de ces pays émergents commencent à subir le contrecoup de mois de turbulences financières. L’Afrique du Sud est entrée en récession de manière inattendue au deuxième trimestre de cette année, l’Argentine risque de lui emboîter le pas et la Turquie est bien partie pour un très net ralentissement de l’activité l’année prochaine.

Les indices des directeurs d’achat du secteur manufacturier, considérés comme un bon indicateur avancé de l’activité économique, ont enregistré des baisses plus ou moins marquées dans de nombreux pays émergents en août, selon les données publiées au début du mois.

“Un environnement où le renforcement du dollar et la hausse des taux à court terme américains entraîne un durcissement des conditions financières pour les marchés émergents, en particulier pour les économiques en déficit”, a dit Murat Ulgen, responsable de la recherche sur les pays émergents chez HSBC.

Confronté à des sorties de capitaux, les responsables monétaires de nombreux pays émergents ont opté pour un relèvement des taux directeurs, ce qui a aussi durci les conditions financières domestiques, a-t-il ajouté.

“Etant donné que les marchés ont été volatils, d’un point de vue général, que les taux ont été plus élevés et que les marchés d’actions ont baissé au cours des mois d’été, il est très vraisemblable que les conditions financières soient encore en territoire négatif.”

En baisse de plus de 20% depuis leurs pics atteints en janvier, les Bourses émergentes sont entrées dans ce qu’il est techniquement convenu d’appeler un marché baissier, dans lequel la baisse s’auto-entretient.

“Des conditions financières plus restrictives vont peser sur l’activité économique à l’avenir”, prévient Murat Ulgen.

PRÉCÉDENTS

Les marchés émergents sont habitués aux crises de ce type.

L’Institute of International Finance (IIF) a recensé pas moins de neuf épisodes depuis 1980 au cours desquels, lorsque les taux de change réels ont chuté de 30% ou plus, la dévaluation de la devise a duré au moins trois ans et n’a pas suffi à en finir avec sa position de départ de surévaluation.

Le Mexique a été dans ce cas à partir de 1995, l’Indonésie et la Russie de 1998, le Brésil un an plus tard. L’Argentine et l’Uruguay ont été concernées en 2002, l’Egypte en 2003 et en 2016 et l’Ukraine en 2014.

“Le PIB réel s’est fortement contracté durant l’année de la dévaluation, une reprise intervenant ensuite relativement rapidement. Les comptes courants passent d’un déficit conséquent à un excédent dans la foulée de la dévaluation, avec dans un premier temps une réduction des importations et sur la durée une augmentation des exportations en volume”, a relevé Robin Brooks, l’économiste en chef de l’IIF dans une récente étude.

La baisse de la devise contribue à la résorption du déficit des paiements courants en renforçant la compétitivité par les prix des exportations et en freinant les importations dont les prix augmentent tandis qu’une durcissement des conditions de crédit freinent la demande intérieure et la croissance.

Les économies émergentes sont aussi confrontées actuellement à la montée des tensions commerciales et à l’imposition de nouveaux droits de douane alors que les échanges extérieurs sont une composante importante de la croissance pour nombre d’entre elles.

Murat Ulgen a déjà revu en baisse ses perspectives économiques pour la Turquie, l’Argentine, le Brésil et l’Afrique du Sud et il s’attend à ce que l’écart de croissance entre pays émergents et pays développés se réduise à court terme.

COUP D’ARRÊT

Les flux de capitaux joueront un rôle déterminant dans la capacité des économies les plus vulnérables à surmonter la crise actuelle.

Les marchés émergents avaient bénéficier d’entrées de capitaux conséquentes l’année dernière, selon HSBC qui estime que 70 milliards de dollars s’étaient investis sur les marchés de dettes émergentes et 65 milliards sur les marchés d’actions.

Après des débuts prometteurs cette année, les flux se sont inversés sur l’obligataire et la moitié des 55 milliards de dollars qui s’étaient placés sur les Bourses émergentes jusqu’à la fin mai en sont repartis, toujours selon HSBC.

Un coup d’arrêt aux entrées de capitaux dans les marchés émergents et les effets de rétroaction négatifs devraient se traduire par une période d’ajustement prolongée pour les pays affichant d’importants déficits de leurs comptes courants, prévient Luis Organes, de JP Morgan.

“Malgré la récente dégradation de la croissance des émergents, les données sur l’activité signalent des risques baissiers sur nos prévisions d’évolution du PIB”, écrit-il dans une récente note de recherche.

“Cela pourrait marquer le début de la prochaine phase de ralentissement prolongé pour les actifs émergents en raison des effets de rétroaction négatifs de la révision en baisse de la croissance des émergents sur les marchés financiers, d’un positionnement sur les marchés émergents qui ne s’est pas réduit significativement et d’une contagion plus durable de la Turquie et de l’Argentine.”

Marc Joanny pour le service français, édité par Juliette Rouillon

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