September 14, 2018 / 4:54 AM / in 12 days

Chine: La production bat le consensus, l'investissement ralentit

PEKIN (Reuters) - La Chine a enregistré en août une production industrielle et des ventes au détail supérieures aux prévisions mais la croissance des dépenses d’investissement est tombée à un nouveau plus bas, illustrant les difficultés rencontrées par Pékin dans le contexte des tensions commerciales avec les Etats-Unis.

La Chine a enregistré une production industrielle et des ventes au détail supérieures aux prévisions, mais la faiblesse record des dépenses d'investissement met en évidence les signes de ralentissement de l'économie chinoise dans un contexte de tensions commerciales avec les Etats-Unis. /Photo d'archives/REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Ces statistiques, après celles du commerce extérieur et de la croissance du crédit, renforcent le scénario d’un ralentissement progressif de la croissance de la deuxième économie mondiale, sans pour autant faire craindre un atterrissage brutal.

Selon les chiffres officiels publiés vendredi, la production industrielle a augmenté de 6,1% en août sur un an, une croissance légèrement supérieure à la progression attendue par les analystes, de 6,0%, comme en juillet.

Ce chiffre recouvre toutefois des évolutions divergentes: la production d’équipements de transport a baissé, celle de voitures a à peine progressé et la croissance des volumes d’acier produits a été divisée par trois d’un mois sur l’autre.

Les ventes au détail ont aussi été plus importantes que prévu le mois dernier: elles ont augmenté de 9,0% par rapport à août 2017, alors que les analystes anticipaient une hausse de 8,8% identique à celle de juillet.

En revanche, l’investissement en actifs immobilisés a progressé moins que prévu, de 5,3% au cours des huit premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2017, plombé une nouvelle fois par le ralentissement de la croissance des dépenses d’infrastructures.

Les analystes interrogés par Reuters s’attendaient à une croissance de 5,5% équivalente à son rythme le plus faible depuis début 1996.

Dans une note, Capital Economics souligne que “les données d’activité et d’investissement du mois d’août ont été mitigées. Cependant, dans l’ensemble, elles ne font guère évoluer notre analyse que la croissance est sur une pente descendante”.

Les investissements privés en actifs immobilisés, qui représentent environ 60% de l’investissement total en Chine, ont augmenté de 8,7% sur janvier-août, après +8,8% sur janvier-juillet.

La progression des dépenses d’infrastructures, qui avait été l’un des moteurs de la croissance du produit intérieur brut (PIB) l’an dernier, a encore ralenti à 4,2% sur les huit premiers mois de l’année après +5,7% sur janvier-juillet.

UNE RELANCE COMPARABLE À CELLE DE 2008-2009 ?

Pékin s’efforce de les relancer mais certains analystes estiment que la dégradation devrait se poursuivre au cours des prochains mois.

Un porte-parole du Bureau national chinois de la statistique a lui-même reconnu vendredi qu’un rebond des investissements serait difficile à obtenir, tout en assurant que le ralentissement des dépenses d’infrastructures serait interrompu d’ici quelques mois.

Pékin a ordonné ces dernières semaines aux autorités régionales du pays d’accélérer les émissions obligataires destinées à financer ce type d’investissements. Le ministre des Finances, Liu Kun, a déclaré à Reuters que ces émissions dépasseraient 1.000 milliards de yuans (125 milliards d’euros) d’ici la fin du troisième trimestre.

Plus largement, face à la montée des barrières douanières américaines, Pékin a donné ces derniers mois la priorité à l’assouplissement des conditions de crédit et à la restauration de la confiance des entreprises.

Tout en augmentant la dépense publique, les autorités ont ainsi multiplié les injections de liquidités dans le système financier pour faire baisser les coûts de financement et allégé la fiscalité.

Elles encouragent aussi les banques à prêter davantage aux entreprises même si la montée des créances douteuses et des défauts de paiement rend les établissements de crédit méfiants.

Pékin dément pour l’instant vouloir s’engager dans une campagne de relance d’une ampleur similaire à celles décidées lors de précédentes crises, qui avaient certes dopé la croissance mais aussi gonflé la dette.

Beaucoup d’économistes soupçonnent néanmoins Pékin de se préparer à ouvrir grand les robinets du crédit au cours des prochains mois en cas de ralentissement marqué de la croissance.

Iris Pang, d’ING, estime ainsi que le soutien budgétaire de cette année et de l’an prochain sera équivalent à celui mis en oeuvre lors de la crise financière et économique de 2008-2009.

“Il faut s’attendre à 5.000 milliards de yuans de soutien d’ici la fin 2018 et 5.000 autres milliards de soutien budgétaire pour le premier semestre 2019”, a-t-elle écrit dans une note de recherche.

“Ce total d’environ 10.000 milliards serait équivalent aux 4.000 milliards de yuans de soutien de 2009 (le PIB a plus que doublé dans l’intervalle).”

Kevin Yao et Stella Qiu; Jean Terzian et Marc Angrand pour le service français

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