September 6, 2018 / 11:11 AM / 2 months ago

Transport maritime: Appel à un plus grand contrôle des carburants

SINGAPOUR (Reuters) - Une série de cas de carburant marin contaminé, qui ont endommagé les moteurs de centaines de pétroliers et porte-conteneurs ces derniers mois, poussent les transporteurs à réclamer des contrôles de qualité plus stricts.

Une série de cas de carburant marin contaminé, qui ont endommagé les moteurs de centaines de pétroliers et porte-conteneurs ces derniers mois, poussent les transporteurs à réclamer des contrôles de qualité plus stricts. /Photo d'archives/REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Ces appels placent sous les projecteurs ce secteur opaque, où toute contamination peut se propager rapidement et dont il est difficile de remonter à la source.

Cela est dû au fait que de gros volumes de fioul sont mélangés à des stocks de coupes des fournisseurs et vendus via un vaste réseau d’intermédiaires avant de se retrouver dans les cuves des navires.

Cette vague de “carburant sale” a fait son apparition alors que le secteur du transport maritime, qui assure 90% des échanges de marchandises mondiaux, se prépare à adopter un carburant à plus faible teneur en souffre à partir de 2020, un changement sans précédent.

“Nous croyons fermement que l’industrie des carburants (marins) doit prendre en main la situation et assumer les responsabilités qui lui incombent dans ces domaines”, déclare Mads P. Zacho, directeur général de la compagnie maritime danoise J. Lauritzen.

Sollicitée sur cette question des carburants contaminés, l’International Bunker Industry Association (IBIA) a renvoyé Reuters à une déclaration publiée à la fin du mois de juillet dans laquelle elle estimait “inutile de chercher à attribuer les responsabilités de ces défaillances puisque personne ne s’accorde sur leur origine”.

Les “bunkers” sont des barges dédiées au transbordement de carburants.

La contamination est apparue pour la première fois sur la côte américaine du golfe du Mexique dès le mois de janvier de cette année, mais son origine reste inconnue.

Elle s’est ensuite étendue à d’autres ports comme Singapour, la plus grande plaque tournante du monde pour les carburants marins, également baptisés combustibles de soute, et à d’autres ports d’Asie.

L’Autorité maritime et portuaire de Singapour (MPA) a déclaré dans un communiqué publié jeudi que des éléments contaminants avaient été détectés dans une “petite poignée” d’échantillons de combustible prélevés à Singapour entre avril et juillet.

L’Autorité du port de Houston n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

“200 À 300 NAVIRES AFFECTÉS”

Le carburant pollué peut endommager les moteurs, souligne le cabinet de consultant Maritec. Si certains dommages peuvent être réparés en mer, d’autres ont contraint les navires à rentrer au port.

Une source au fait de la question a rapporté qu’au moins deux pétroliers exploités par BP avaient été affectés par des carburants contaminés, coûtant “beaucoup d’argent et de gros retards” à la compagnie pétrolière britannique. BP n’a pas souhaité s’exprimer.

Douglas Raitt, directeur régional de la société de classification maritime britannique Lloyd’s Register estime que 200 à 300 navires auraient pu être affectés à travers le monde.

“Cette absence d’enquête sur une violation aussi grave des normes de sécurité est totalement inadéquate et extrêmement décevante”, juge Intertanko, une association de propriétaires et exploitants de pétroliers indépendants possédant une flotte combinée de près de 4.000 navires. L’association ne précise pas quelles autorités devraient, selon elle, enquêter sur la question.

PLUS DE MÉLANGES, PLUS DE PROBLÈMES ?

Les règles régissant les normes relatives aux carburants marins ont été établis par l’Organisation maritime internationale (OMI), institution spécialisée des Nations Unies. Mais “en pratique, peu de pays semblent s’acquitter de ces obligations”, souligne John Bradshaw, directeur technique de la Chambre internationale de la marine marchande (ICS), qui représente plus de 80% de la flotte marchande mondiale.

“La plupart des pays considèrent qu’il s’agit d’un problème commercial entre les fournisseurs de carburant et les acheteurs et qu’ils n’ont aucune obligation de garantir la qualité du mazout fourni aux navires dans les zones relevant de leur juridiction”, explique-t-il.

Les normes relatives aux carburants dans d’autres secteurs des transports, y compris l’aviation, ont tendance à être strictement appliquées, car les manquements peuvent entraîner des accidents mortels.

L’IBIA a déclaré que selon l’explication la plus répandue, mais qui relevait à ce stade de la spéculation, la vague actuelle de contagion provenait probablement de “stocks de coupe inappropriés utilisés dans la production de bunkers dans une ou plusieurs raffineries et/ou terminaux”.

L’industrie utilise des stocks de coupe pour répondre aux spécifications de qualité des carburants marins.

A partir de 2020, l’OMI obligera les transporteurs à utiliser des carburants contenant 0,5% de soufre en masse, contre 3,5% actuellement.

“Les problèmes avec les carburants contaminés pourraient devenir plus aigus en 2020, car il faut penser que le mazout en masse à 0,50% nécessite un mélange beaucoup plus élevé que celui à 3,50%”, remarque Raitt au Lloyd’s Register.

Catherine Mallebay-Vacqueur pour le service français, édité par Benoit Van Overstraeten

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