August 23, 2018 / 3:32 PM / 4 months ago

BCE: Les chances de Weidmann de succéder à Draghi s'amenuisent

BERLIN/FRANCFORT (Reuters) - Le président de la Bundesbank Jens Weidmann voit ses chances de succéder à Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) s’amenuiser au fur et mesure que les préoccupations de Berlin sur le commerce, du ressort de la Commission européenne, prennent le pas sur la volonté de piloter la politique monétaire.

Le président de la Bundesbank Jens Weidmann (photo) voit ses chances de succéder à Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) s'amenuiser au fur et mesure que les préoccupations de Berlin sur le commerce, du ressort de la Commission européenne, prennent le pas sur la volonté de piloter la politique monétaire. /Photo prise le 5 juillet 2018/REUTERS/Lisi Niesner

La chancelière allemande est plus attachée à ce qu’un Allemand décroche la présidence de la Commission européenne qu’à soutenir une candidature de Weidmann à celle de la BCE, a rapporté mercredi le Handelsblatt.

Angela Merkel pourrait toutefois perdre sur les deux tableaux.

Les deux postes seront certes à pourvoir l’année prochaine. Jens Weidmann est un banquier central reconnu et expérimenté mais son orthodoxie monétaire ne lui a pas fait que des amis, notamment au sein des pays de l’Europe du Sud.

La présidence de la Commission européenne ne sera pas non plus facile à conquérir, nombre de pays membres de l’Union européenne s’inquiétant de voire un Allemand à sa tête.

Angela Merkel a déclaré jeudi qu’elle n’avait pris aucune décision concernant le candidat qu’elle souhaiterait voir à la tête de la BCE, ajoutant que les discussions ne faisaient que commencer sur les principaux postes européens à pouvoir l’année prochaine.

“Les discussions sur les décisions personnelles à prendre en lien avec les élections au Parlement européen sont en train de débuter lentement”, a-t-elle déclaré ors d’une conférence de presse à l’occasion d’un déplacement en Géorgie.

“Cela signifie qu’absolument aucune décision n’a été prise et le poste de chef de la banque centrale européenne est à pourvoir beaucoup plus tard, donc je ne peux confirmer aucun souhait. Nous attendrons plutôt les évolutions et ensuite nous verrons où en sont les positions allemandes.”

L’INCONNUE DES EUROPÉENNES

La Bundesbank s’est refusée à tout commentaire sur l’article du Handelsblatt.

La Commission européenne joue un rôle déterminant dans la politique commerciale de l’Union européenne.

L’économie allemande, très dépendante de l’exportation, commence à sentir les effets de la montée du protectionnisme américain même si le président en exercice de la Commission, Jean-Claude Juncker, est parvenu à négocier une trêve sur le front du commerce avec Washington le mois dernier.

De son côté, la BCE a déjà indiqué qu’elle voulait mettre un terme à son programme d’assouplissement monétaire massif lancé par Mario Draghi, en dépit des réticences de Weidmann, pour combattre la crise de la zone euro et les risques de déflation.

La tâche du prochain président de la BCE consistera à gérer cette sortie au gré des indicateurs conjoncturels, mais il ne devrait pas avoir à déployer une politique monétaire aussi active.

“Il serait plus logique d’avoir un Allemand à la tête de la Commission étant donné l’importance accordée par Merkel à des sujets comme l’immigration, la sécurité, les infrastructures ou le budget de l’Union européenne”, relève Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet.

Dirk Schumacher, économiste chez Natixis, souligne de son côté que la présidence de la Commission offre “plus de marge de manoeuvre, particulièrement pour un individu entreprenant.”

“Le prix à payer pour obtenir la présidence de la BCE pour Weidmann était élevé (...) donc je ne suis pas surpris qu’il y ait eu une réorientation à Berlin”, a-t-il ajouté.

Même si Angela Merkel met tout son poids politique pour obtenir qu’un Allemand préside la Commission, elle devra aussi tenir compte du résultat des élections européennes de mai et de la formation que les élus de la République en marche décideront de rejoindre au Parlement.

Les deux principales formations au Parlement négocient habituellement la répartition des principaux postes de la Commission, y compris la présidence. Mais, elles pourraient ne pas parvenir à s’assurer de la majorité lors du scrutin de mai prochain et devraient alors s’en remettre à une troisième formation au moins.

Quant à la BCE, si Merkel renonce à la présidence, il lui restera au moins trois options. Elle pourra soutenir un candidat en phase avec l’orthodoxie monétaire chère à l’Allemagne ou négocier son appui au candidat de Paris en échange du soutien de la France pour un autre poste ou encore opter pour le candidat d’un petit pays de la zone euro, une sorte de plus petit commun dénominateur.

Parmi les banquiers centraux, membres du conseil des gouverneurs, le Hollandais Klaas Knot et l’Estonien Ardo Hansson, sont considérés comme proches des thèses allemandes.

Bien que la politique monétaire de la zone euro soit définie collectivement, les membres du conseil des gouverneurs ont toujours soutenu le président pour afficher leur unité.

La plupart des décisions sont généralement prises de manière consensuelle et les réticences persistances de Weidmann à la politique d’assouplissement quantitatif ont pu froisser.

S’il n’y a aucune obligation pour les dirigeants de l’UE à choisir le président de la BCE au sein du conseil des gouverneurs, ils l’ont toujours fait jusqu’à présent.

avec Michael Nienaber à Berlin et Francesco Canepa à francfort, Marc Joanny pour le service français, édité par Juliette Rouillon

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