28 septembre 2016 / 16:26 / dans un an

Avant l'AG d'Ubisoft, les frères Guillemot affutent leurs armes

PARIS (Reuters) - “Les Guillemot vs Vincent Bolloré”. Le décor de l‘assemblée générale d‘Ubisoft jeudi est planté : cinq frères bretons déterminés à défendre l‘entreprise qu‘ils ont créée et hissée au rang de numéro trois mondial des jeux vidéo face à l‘homme fort de Vivendi au passé de raider boursier.

"Les Guillemot vs Vincent Bolloré". Le décor de l'assemblée générale d'Ubisoft jeudi est planté : cinq frères bretons déterminés à défendre l'entreprise qu'ils ont créée et hissée au rang de numéro trois mondial des jeux vidéo face à l'homme fort de Vivendi au passé de raider boursier. Depuis près d'un an, le PDG d'Ubisoft Yves Guillemot mène campagne contre l'intrusion au capital du groupe de médias, devenu premier actionnaire de l'éditeur de jeux vidéos. /Photo d'archives/REUTERS/Kai Pfaffenbach

Les amateurs de grand spectacle pourraient toutefois être frustrés. Selon deux sources au fait du dossier, Vivendi pourrait faire profil bas en s‘abstenant de soumettre une résolution de dernière minute pour demander un siège au conseil.

Depuis près d‘un an, le PDG d‘Ubisoft Yves Guillemot mène campagne contre l‘intrusion au capital du groupe de médias, devenu premier actionnaire de l‘éditeur de jeux vidéos.

Vivendi, qui a déjà croqué Gameloft, une autre pépite des frères Guillemot, au terme d‘une OPA hostile, a exclu pour l‘instant de réserver le même traitement à l‘éditeur des best-sellers “Assassin’s Creed” et “Lapins Crétins”.

Mais le groupe a précisé au régulateur boursier qu‘il comptait demander à siéger au conseil d‘administration, suscitant une levée de boucliers des Guillemot.

Dénonçant une tentative de prise de contrôle rampante, ils craignent un scénario à la Vivendi où le milliardaire s‘est imposé en maître des lieux avec 15% du capital.

Pour organiser la riposte, Ubisoft a enrôlé ses salariés et son active communauté de gamers dans une inédite campagne sur les réseaux sociaux emmenée sous la bannière “weareubisoft”.

Vidéo de soutien postée sur les réseaux sociaux, distribution de tee-shirt clamant “ibelYves”, blog appelant à les salariés à mener un “Bolloraid” en achetant des actions Ubisoft, les initiatives se sont multipliées à l‘approche de l‘assemblée générale cruciale de ce jeudi.

Plus discrètement, Ubisoft a travaillé d‘arrache-pied pour convaincre ses investisseurs du bien-fondé de sa stratégie d‘indépendance tout en renforçant ses parts au capital.

UNE PRIME POUR FAIRE BASCULER LES INVESTISSEURS

A la veille de l‘assemblée générale, la famille Guillemot détenait 13,22% des titres et 19,18% des droits de vote, talonnant Vivendi (22,8% du capital, 20,2% des droits de vote).

Face à l‘activisme des Guillemot, Vivendi est resté silencieux, laissant passer la date butoir pour inscrire des résolutions à l‘ordre du jour de l‘assemblée générale.

Mais il a toujours la possibilité de proposer une résolution en pleine réunion, ce qui placerait les actionnaires en position d‘arbitres. Vincent Bolloré excelle dans l‘exercice à l‘image du putsch réussi contre la direction d‘Havas en 2005.

“Ce sera sans doute beaucoup plus calme que ce que tout le monde imagine. Vivendi est dans une stratégie d‘apaisement”, estime pourtant une source au fait du dossier, selon laquelle la prise de participation de Vivendi s‘inscrit dans une vision de long terme dont l‘AG n‘est qu‘une étape.

La situation actuelle où Vivendi n‘a aucun pouvoir d‘influence sur la stratégie d‘une société dans il est le premier actionnaire apparaît toutefois difficilement tenable dans la durée, a ajouté la même source.

Selon plusieurs experts du secteur, Ubisoft a pour l‘instant le soutien d‘une majorité de ses actionnaires, peu convaincus par le bilan de Vivendi dans les jeux vidéo (cession de l‘américain Activision Blizzard dont la valeur a depuis flambé) et sa capacité à créer des synergies entre ses actifs.

“S‘il veut vraiment prendre le contrôle d‘Ubisoft, Vivendi devra offrir une belle prime. S‘il veut éviter toute contre-offre, il devrait proposer entre 45 et 51 euros et donner les clefs de sa division jeux à Yves Guillemot”, estime Richard-Maxime Beaudoux, analyste à Bryan Garnier.

OU UN COMPROMIS AVEC UN PARTENAIRE TIERS ?

Un autre analyste basé à Paris s‘interroge sur les intentions finales de Vivendi qui devrait débourser autour de 4 milliards pour s‘offrir le solde d‘Ubisoft avec le risque qu‘une partie des talents fassent leurs valises, comme l‘affirme la direction actuelle.

Un compromis pourrait au final être trouvé avec un investisseur tiers, volontaire pour racheter les parts de Vivendi qui empocherait au passage une belle plus value.

“Quand on regarde comment Vincent Bolloré a procédé par le passé chez Vallourec et chez Bouygues, il a déjà fait des allers-retours avec de belles plus-values alors même qu‘on le pensait là pour des années”, souligne l‘analyste.

Quoi que désagréable, l‘irruption surprise de Vivendi a aussi eu des effets bénéfiques pour le champion français des jeux vidéos dont le cours a flambé de 60%, notent des experts.

Ubisoft s‘est montré plus rigoureux dans le respect du calendrier des sorties de jeux tout en améliorant sa communication vis à vis de la communauté financière avec un objectif de marge à horizon 2019.

La famille Guillemot qui contrôlait de fait la société avec cinq sièges sur neuf au conseil pour moins de 10% du capital a par ailleurs consolidé sa participation tout en portant à 50% la part des administrateurs indépendants à son conseil.

Avec Mathieu Rosemain, édité par Jean-Michel Bélot

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