14 septembre 2016 / 11:47 / dans un an

Bayer convainc Monsanto pour une offre à 66 milliards de dollars

Bayer a annoncé mercredi le rachat de l'américain Monsanto pour 66 milliards de dollars (58,8 milliards d'euros) dette comprise, une opération conclue après des mois de négociations qui vise à créer le numéro un mondial des semences et des pesticides. /Photo prise le 1er mars 2016/REUTERS/Marco Bello

NEW YORK/FRANCFORT (Reuters) - Le géant allemand de la pharmacie et de l‘agrochimie Bayer a annoncé mercredi avoir convaincu le spécialiste américain des semences Monsanto d‘accepter une offre d‘achat de 66 milliards de dollars (58,8 milliards d‘euros) après plusieurs tentatives infructueuses.

Cette offre d‘achat de 128 dollars par action, la troisième soumise par Bayer à sa cible, est la plus importante de l‘année tous secteurs confondus et la plus importante de l‘histoire payable intégralement en numéraire.

En rachetant Monsanto, pionnier des organismes génétiquement modifiés (OGM), Bayer pourrait s‘assurer plus d‘un quart du marché mondial des semences et des pesticides et renforcer sa position sur un marché en pleine consolidation.

Le projet sera toutefois étudié avec attention par les autorités de la concurrence et certains des actionnaires de Bayer l‘ont déjà critiqué sévèrement, jugeant que le groupe risquait de surpayer Monsanto et de négliger ses activités pharmaceutiques.

“Les concurrents de Bayer fusionnent, donc ne pas mener à bien cette opération se traduirait par un handicap concurrentiel”, a commenté Markus Mann, gérant d‘Union Investment, l‘un des 12 principaux actionnaires de Bayer selon les données Thomson Reuters.

Il a ajouté que peu d‘observateurs s‘attendaient à un accord sur un prix inférieur à 130 dollars par action mais il a noté que le projet, au-delà des risques liés à la concurrence, risquait de réduire les marges de manoeuvre de Bayer dans la pharmacie.

Bayer prévoit que l‘opération sera menée à bien d‘ici la fin 2017 mais l‘accord prévoit une indemnité de rupture de deux milliards de dollars dans le cas où l‘opération n‘obtiendrait pas toutes les autorisations nécessaires.

L‘ANTITRUST, RISQUE NUMÉRO UN

L‘action du groupe allemand a fini en hausse de 0,40% à 93,67 euros à la Bourse de Francfort après être monté en séance jusqu‘à 97,71 euros. A Wall Street, Monsanto prenait quant à lui 0,9% à 107,02 dollars au moment de la clôture européenne, loin du prix de l‘offre.

Jacob Thrane, analyste d‘Helevea Equity Research qui conseille de vendre le titre Bayer, a déclaré que le prix d‘achat représentait 16,1 fois le bénéfice courant de Monsanto attendu en 2017, soit plus que le ratio de 15,5 fois consenti par le chinois ChemChina pour racheter le suisse Syngenta il y a quelques mois.

Il a ajouté que la réussite du projet Bayer-Monsanto dépendait avant tout de l‘attitude des autorités de la concurrence, qui devraient au moins exiger des cessions d‘actifs.

Certains analystes s‘attendent en particulier à une attitude sans concession des autorités politiques américaines face à la perspective de voir un fournisseur clé du secteur agricole passer sous contrôle étranger avec à la clé une concurrence affaiblie susceptible de faire monter les prix.

Bayer a reconnu qu‘il aurait besoin de l‘accord des autorités antitrust de 30 juridictions différentes, tout en assurant que les réactions initiales étaient encourageantes.

L‘allemand prévoit que le rachat de Monsanto se traduira par une amélioration de son bénéfice courant par action dès la première année et par une hausse à deux chiffres sur le troisième exercice post-fusion. Il vise 1,2 milliard de dollars de réductions des coûts annuels et 300 millions de synergies au niveau du chiffre d‘affaires après trois ans.

Le rachat de Monsanto doit permettre à Bayer de renforcer sa division de produits agrochimiques, un marché dont il est numéro deux mondial derrière le suisse Syngenta, en mettant la main sur le portefeuille de semences de l‘américain.

Son objectif à terme est d‘offrir aux agriculteurs un fournisseur unique de semences, de produits agrochimiques (engrais et pesticides principalement) et de services d‘aide à la culture.

LE PLUS GROS RACHAT JAMAIS CONCLU PAR UN GROUPE ALLEMAND

Cette vision avait déjà motivé l‘an dernier la tentative de rachat de Syngenta par Monsanto, que le suisse avait fait capoter quelques mois avant d‘accepter de passer sous pavillon chinois.

Parallèlement, deux poids lourds américains Dow Chemical et DuPont prévoient de fusionner avant de scinder dans un second temps leurs activités de semences et d‘agrochimie.

“Le nouvel ensemble sera parfaitement adapté aux besoins des agriculteurs (...) car nous disposerons de forces équivalentes et importantes à la fois dans la protection des cultures, dans les semences et dans les outils numériques et analytiques”, a déclaré le président du directoire de Bayer, Werner Baumann.

Certains spécialistes de la concurrence estiment que les deux groupes pourraient devoir vendre certaines activités de semences de soja, coton et canola.

Bayer précise que son offre représente une prime de 44% par rapport au cours de Monsanto le 9 mai, avant la présentation de sa toute première proposition formelle de rachat. Il prévoit de financer l‘opération via des emprunts bancaires de 57 milliards de dollars complétés par l‘émission d‘environ 19 milliards de dollars d‘obligations convertibles et d‘actions nouvelles.

Le projet, s‘il aboutit, sera la plus importante acquisition jamais conclue par une entreprise allemande, un record détenu jusqu‘à présent par Daimler avec le rachat de Chrysler en 1998, qui valorisait le constructeur automobile américain à 40 milliards de dollars.

L‘opération serait aussi la plus importante acquisition jamais conclue en numéraire, devant celle d‘Anheuser-Busch par InBev pour 60,4 milliards de dollars en 2008.

Les deux groupes ont entamé des discussions en mars sur la possibilité d‘un rapprochement, ce qui a conduit Bayer à présenter en mai une offre initiale à 122 dollars par action, rejetée par l‘américain, qui la jugeait trop basse.

Monsanto a ensuite rejeté en juillet une nouvelle approche de Bayer sur la base d‘un prix de 125 dollars par action.

Wilfrid Exbrayat et Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison

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