19 juin 2016 / 15:22 / dans un an

L'Inde en quête d'un nouveau gouverneur de sa banque centrale

L'Inde se cherche un nouveau gouverneur de sa banque centrale après la décision surprise de Raghuram Rajan, en poste depuis seulement trois ans, de ne pas solliciter de nouveau mandat. /Photo prise le 7 juin 2016/REUTERS/Danish Siddiqui

BOMBAY/NEW DELHI (Reuters) - L‘Inde se cherche un nouveau gouverneur de sa banque centrale après la décision surprise de Raghuram Rajan, en poste depuis seulement trois ans, de ne pas solliciter de nouveau mandat.

L‘ancien chef économiste du Fonds monétaire international avait gagné l‘estime des réformistes et investisseurs indiens et étrangers en modernisant les statuts de la Banque de réserve indienne (RBI).

Mais les taux d‘intérêt élevés pratiqués par la RBI en avaient fait une cible pour une faction du parti au pouvoir, et lui-même s‘est prêté à la critique en sortant de sa neutralité pour dénoncer une montée du populisme en Inde.

Dans un message adressé samedi au personnel de RBI, Raghuram Rajan explique qu‘il ira jusqu‘au terme de son mandat, le 4 septembre, puis retrouvera son poste de professeur à l‘Université de Chicago tout en restant “toujours disponible” pour servir son pays.

C‘est la première fois depuis 1992 qu‘un gouverneur de la banque centrale indienne n‘effectue qu‘un mandat unique de trois ans.

De source gouvernementale indienne, on rapporte qu‘une première liste de sept candidats possibles a été établie. Y figurent notamment Urjit Patel, vice-gouverneur de la RBI, et Arundhati Bhattacharya, président de la State Bank of India, première banque du pays.

Les cinq autres, moins connus -- Vijay Kelkar, Rakesh Mohan, Ashok Lahiri, Subir Gokarn et Ashok Chawla -- sont de hauts fonctionnaires ayant fait carrière à la banque centrale ou au sein d‘institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale.

Le ministre des Finances, Arun Jaitley, a, dans un tweet, rendu hommage au travail effectué par Raghuram Rajan et assuré que son successeur serait rapidement nommé.

Malgré l‘opposition farouche de l‘aile droite du parti Bharatiya Janata du Premier ministre Narendra Modi, Raghuram Rajan avait de bonnes relations de travail avec le chef de gouvernement qui, selon des sources gouvernementales, était prêt à le reconduire s‘il le souhaitait.

“ROCK STAR”

A son arrivée en septembre 2013, sous la précédente législature, celui que les médias indiens avaient surnommé une “rock star” ou un “James Bond” de la finance avait rapidement été crédité d‘avoir mis fin à la plus grave crise de changes que le pays ait connu depuis plus de vingt ans.

Il a ensuite réussi à imposer un objectif d‘inflation pour la RBI afin d‘en finir avec la forte volatilité des prix en Inde et s‘est attelé à réformer la banque centrale en la dotant notamment d‘un comité de politique monétaire de six membres, dont trois personnalités indépendantes, qui sera appelé à fixer le niveau des taux d‘intérêt.

La loi sur les nouveaux statuts de la banque a été promulguée le mois dernier mais la composition du comité de politique monétaire n‘est pas encore arrêtée.

Malgré son entente cordiale avec le Premier ministre, la politique économique de Raghuram Rajan a été durement critiquée par l‘aile droite du parti au pouvoir, notamment par le député Subramanian Swamy, un nationaliste hindou et ancien économiste de Harvard qui a accusé le gouverneur américanophile de ne pas être “mentalement complètement indien.”

Pour Luke Spajic, responsable de l‘Asie émergente chez le gérant de fonds PIMCO, le successeur de Raghuram Rajan devra savoir comme lui allier expérience, charisme et diplomatie pour poursuivre son projet monétaire et faire durablement baisser l‘inflation.

Le gouvernement, ajoute-t-il, ne devra pas attendre sous peine de refroidir les investissements étrangers, qui ont totalisé plus de 60 milliards de dollars depuis la nomination de Rajan en septembre 2013.

“Les investisseurs détestent le vide, surtout dans les banques centrales”, conclut le gérant.

De source proche du Premier ministre, on dit que ce dernier prendra lui-même la décision et désignera une personnalité indépendante “qui ne sera pas une marionnette aux mains du gouvernement”.

Le vice-gouverneur Urjit Patel fait figure de candidat le plus sérieux et sa nomination serait probablement bien vue des investisseurs puisqu‘il avait rédigé le rapport présentant les propositions de réforme des statuts de la banque centrale.

avec les contributions de Rupam Jain et Rajesh Kumar Singh à New Delhi, de Suvashree Dey Choudhury à Bombay et de Sujata Rao à Londres, Véronique Tison pour le service français

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