18 avril 2016 / 09:47 / il y a un an

Chute des prix pétroliers, l'Opep fragilisée par l'échec de Doha

Arrivée à Doha du ministre Bahreïn de l'Energie, Abdoul Hussein ben Ali Mirza. Les cours du pétrole sont en net recul lundi, autour de 41 dollars le baril, après l'échec de la réunion entre producteurs à Doha qui mine la crédibilité de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) comme régulateur du marché et laisse entier le problème de l'excès de l'offre sur le marché mondial. /Photo prise le 17 avril 2016/Ibraheem Al Omari

SINGAPOUR (Reuters) - Les cours du pétrole sont en net recul lundi après l'échec de la réunion entre producteurs à Doha qui mine la crédibilité de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) comme régulateur du marché et laisse entier le problème de l'excès de l'offre sur le marché mondial.

Les discussions de Doha entre pays producteurs de pétrole membres de l'Opep ou extérieurs au cartel se sont achevées ce dimanche sans accord sur un gel de la production, l'Arabie saoudite ayant exigé que l'Iran se joigne au mouvement.

"La crédibilité de l'Opep pour coordonner la production est désormais très faible", commente Peter Lee de BMI Research, une filiale de l'agence de notation Fitch. "Le problème pour les Saoudiens n'est pas seulement le pétrole. C'est au moins autant une question de politique régionale."

Pour Morgan Stanley, l'échec des discussions "souligne l'état déplorable des relations au sein de l'Opep". La banque d'investissement ajoute : "Nous voyons maintenant un risque accru d'une augmentation de l'offre de l'Opep", en particulier du fait de la menace de l'Arabie saoudite d'augmenter sa production à la suite de l'échec de Doha.

"Chacun poursuit ses objectifs égoïstes et cela peut conduite aux scénarios les plus imprévisibles", a déploré Valery Goloubev, administrateur du groupe gazier russe Gazprom lundi lors d'une conférence sur le secteur de l'énergie à Moscou.

Les cours du pétrole ont accusé une baisse allant jusqu'à 70% par rapport à leurs niveaux de la mi-2014, les pays producteurs pompant entre 1 et 2 millions de barils par jour de plus que nécessaire pour satisfaire la demande, un excédent d'offre qui est venu alimenter les réservoirs de stockage à travers le monde.

La réunion de ce week-end dans la capitale qatarie visait à parvenir à un accord de gel de la production sur les niveaux du mois de janvier jusqu'en octobre 2016 afin d'enrayer l'excédent d'offre sur le marché.

Mais Ryad, chef de file de l'Opep, a insisté pour que tous les pays membres de l'Opep soient partie prenante à ce gel concerté de la production, y compris l'Iran.

Or, la République islamique, absente dimanche à Doha, se refuse à stabiliser sa production au moment où la levée des sanctions occidentales liées à son programme nucléaire peut lui permettre de reprendre pied sur le marché mondial de la production de brut.

L'Arabie saoudite sunnite et l'Iran shiite, qui veulent asseoir leur influence au Moyen-Orient, se livrent des guerres par procuration en Syrie et au Yémen.

Les cours de baril de Brent de la mer du Nord, qui avait chuté de près de 7% sur les marchés asiatiques lundi, ont effacé une partie de leurs pertes et reculent de 4,2% vers 08h00 GMT, se maintenant au-dessus de 41 dollars le baril.

Une grève dans le secteur pétrolier au Koweit explique qu'ils ne soient pas tombés sous le seuil de 40 dollars le baril, ont dit des intervenants de marché. La chute du nombre de forages aux Etats-Unis, retombé au niveau de 2009, a aussi limité le recul des cours.

Le contrat mai sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) cède plus de 4,7% et se traite à 38,45 dollars le baril.

Pour Goldman Sachs, l'échec des discussions de Doha pourrait constituer un "catalyseur à la baisse" pour les cours du pétrole aux Etats-Unis, dont la banque d'investissement s'attend à ce qu'ils s'établissent à 35 dollars en moyenne au deuxième trimestre.

REGAIN DE VOLATILITÉ

"A court terme, des prix du pétrole plus bas vont peser sur la confiance des investisseurs et pourraient exacerber la volatilité sur les marchés financiers", prévient Frédéric Neumann, économiste chez HSBC.

"Les inquiétudes sur la stabilité financière dans le secteur de l'énergie et un nouveau recul de l'investissement dans le forage pénaliseront la croissance dans un environnement économique mondial déjà fragile."

En dépit de ses appels à un accord à Doha, l'Arabie saoudite a insisté pour que la totalité des 13 pays membres de l'Organisation acceptent le gel.

"Il semble que pour les Saoudiens, les questions politiques et la fierté nationale soient plus importantes que le prix du pétrole", dit Ralph Leczcynski, du courtier en transport maritime Banchero Costa.

"L'Iran n'a aucune raison de s'auto-sanctionner alors qu'ils essayent seulement de récupérer une partie des parts de marché qu'ils ont perdues au cours des dernières années du fait des sanctions occidentales", ajoute-t-il.

Si une rechute des cours du pétrole pénalisera les pays producteurs, elle peut faire les affaires des pays consommateurs.

Barclays s'attend ainsi à ce que les cours du pétrole reculent à 36 dollars le baril en moyenne au deuxième trimestre.

"Cette réunion et son issue auraient dû (...) instaurer la confiance entre producteurs en vue d'une future coopération potentielle et d'une action coordonnée. A cet égard, la réunion a été un échec total", a dit la banque. "L'échec des discussions donne au marché une nouvelle indication de la diminution de l'importance de l'Opep pour ce marché", a-t-elle ajouté.

Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique Tison

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