14 janvier 2016 / 12:30 / dans 2 ans

Doutes des banquiers de la zone euro sur des mesures monétaires

FRANCFORT (Reuters) - De nombreux responsables monétaires de la zone euro ont des doutes sur la nécessité de nouvelles mesures d‘assouplissement monétaire à court terme, montrent des discussions avec cinq d‘entre eux, en dépit de la dégradation des anticipations d‘inflation et des fortes attentes des investisseurs.

De nombreux responsables monétaires de la zone euro, dont des banquiers centraux, ont des doutes sur la nécessité de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire à court terme, montrent des discussions avec cinq d'entre eux, en dépit de la dégradation des anticipations d'inflation et des fortes attentes des investisseurs. /Photo prise le 3 décembre 2015/REUTERS/Ralph Orlowski

Si peu de changements sont attendus à l‘occasion de la réunion du conseil des gouverneurs de la semaine prochaine, le véritable test devrait intervenir le 10 mars lorsque la Banque centrale européenne (BCE) dévoilera ses prévisions de croissance et d‘inflation pour 2018 pour la première fois.

Même si elles ne montrent pas d‘amélioration, certains des banquiers centraux avec lesquels Reuters s‘est entretenu ont dit que la BCE ne devrait pas réagir immédiatement.

“Nous espérons tous (...) que ce que nous avons fait est suffisant”, a dit un des membres indécis du conseil des gouverneurs. “Au vu de la volatilité des prix du pétrole, même si la prévision (d‘inflation) pour 2018 est inférieure à l‘objectif, il n‘est pas nécessaire que nous agissions.”

“La BCE a fait ce qu‘il fallait, a donné de l‘air avec des mesures accommodantes exceptionnelles. C‘est maintenant à d‘autres de faire leur travail avec la politique budgétaire, les investissements en infrastructures, les réformes structurelles”, a ajouté ce gouverneur d‘une banque centrale de la zone euro, qui a requis l‘anonymat.

RENDEZ-VOUS EN MARS

Le président de la BCE, Mario Draghi, a déçu les attentes des marchés en décembre en annonçant des mesures moins ambitieuses qu‘attendu, ce qui a relancé les anticipations de nouvelles initiatives dès le mois de mars, à l‘occasion de la publication des nouvelles prévisions économiques.

La chute de 20% des prix du pétrole depuis la réunion du mois de décembre suffirait à elle-seule à plomber les prévisions d‘inflation de la BCE, sans compter la Chine, qui accentue l‘incertitude.

Les responsables monétaires avec lesquels Reuters s‘est entretenu restent prudents au sujet de nouvelles mesures d‘assouplissement dans les prochains mois, même si cela doit les conduire à fermer les yeux sur les conséquences de la chute des cours du pétrole et sur le fait que l‘inflation est inférieure à l‘objectif de la BCE depuis maintenant trois ans.

Si certains d‘entre eux reconnaissent qu‘il faudra agir à un certain moment, ils sont soucieux de ne pas susciter trop d‘attentes sur les marchés pour ne pas renouveler la déception du mois dernier.

“Je pense qu‘il est clair que de nouvelles mesures devront être prises. Mais cela dépendra de l‘impact des mesures qui ont déjà été prises et cela n‘interviendra pas très rapidement”, a dit un responsable monétaire.

En décembre, la BCE a abaissé son taux de dépôts un peu plus encore en territoire négatif et a prolongé d‘au moins six mois son programme d‘achats de titres sur les marchés.

Son vice-président Vitor Constancio, qui avait jusqu‘à présent soutenu les mesures d‘assouplissement, a dit récemment qu‘il préférerait que la politique monétaire ne change pas dans un avenir proche.

La croissance économique s‘améliore, la distribution de crédit et l‘emploi se redressent mais les anticipations d‘inflation ont rechuté, accentuant le dilemme de la banque centrale.

Vitas Vasiliauskas, le gouverneur de la banque centrale de Lituanie, a souligné que les bas prix du pétrole avaient aussi des avantages, plaidant pour que la BCE se focalise sur l‘inflation sous-jacente, hors éléments volatils comme les prix de l‘énergie et de l‘alimentation.

Des propos qui peuvent être considérés comme un appel au statu quo, l‘inflation sous-jacente évoluant plus favorablement.

“Les bas prix du pétrole soutiennent l‘économie réelle”, a-t-il dit. “Je pense que la politique monétaire devrait plutôt se concentrer sur l‘inflation sous-jacente.”

La BCE a en partie ignoré la volatilité des prix du pétrole dans le passé, faisant valoir que la politique monétaire ne pouvait pas contrer un tel choc. La chute des prix du pétrole est toutefois des plus en plus intégrée dans les anticipations d‘inflation à long terme.

L‘inflation à cinq ans dans cinq ans, l‘une des principales mesures des anticipations d‘inflation à long terme, a fortement chuté depuis début décembre, tombant à 1,62%.

Si la baisse devait se poursuivre, la confiance dans la capacité de la BCE et de son président Mario Draghi à ramener la hausse des prix vers l‘objectif pourrait être sérieusement écornée, accroissant la pression en faveur de mesures encore plus radicales.

Marc Joanny pour le service français, édité par Patrick Vignal

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