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Économie

Bercy a demandé à Engie de retarder la signature d'un contrat gazier aux USA-source

PARIS (Reuters) - Le ministère français de l’Economie a demandé à Engie de retarder la signature d’un important contrat gazier aux Etats-Unis en raison de préoccupations liées à l’environnement, a-t-on appris jeudi de source proche du dossier.

Le ministère français de l'Economie a demandé à Engie de retarder la signature d'un important contrat gazier aux Etats-Unis en raison de préoccupations liées à l'environnement, a-t-on appris jeudi de source proche du dossier. /Photo prise le 28 septembre 2020/REUTERS/Stéphane Mahé

Cette intervention survient dans le contexte d’une préoccupation de plus en plus forte suscitée par les fuites de méthane sur les installations pétrolières et gazières, notamment aux Etats-Unis, et leur impact sur le changement climatique.

Le contrat d’Engie concerné, dont le montant est évalué à sept milliards de dollars (5,9 milliards d’euros), porte sur l’importation de gaz de schiste par l’entreprise américaine NextDecade via un terminal au Texas dans le cadre d’un projet baptisé Rio Grande LNG.

“Il a été convenu au cours d’un conseil que ce projet nécessitait des approfondissements. Engie a souhaité se laisser plus de temps pour les mener”, a déclaré le groupe français, dont l’Etat possède 23,6% du capital et 33,96% des droits de vote.

Engie n’a pas souhaité dire si cette décision était la conséquence d’une intervention de Bercy et n’a pas confirmé le montant du contrat.

NextDecade a fait savoir qu’il ne fournissait aucun détail sur ses relations commerciales et que l’entreprise travaillait à des mesures visant à parvenir à la neutralité carbone à Rio Grande.

NextDecade a reporté à 2021 sa décision finale d’investissement sur Rio Grande initialement prévue cette année, les confinements dus à l’épidémie liée au nouveau coronavirus ayant réduit la demande de gaz naturel.

Le gouvernement français s’est quant à lui refusé à tout commentaire.

Selon la source proche du dossier, le projet “ne correspond pas à notre projet environnemental ni à notre vision environnementale”.

Politico et la lettre d’information “La Lettre A” avaient auparavant fait état de l’intervention de l’Etat dans le dossier, à l’occasion d’un conseil d’administration le 30 septembre.

“UN DÉSASTRE POUR LE CLIMAT”

Active sur ce thème, l’organisation non-gouvernementale Les Amis de la Terre appelle Engie et l’Etat actionnaire à “enterrer définitivement et de toute urgence” le projet de contrat avec NextDecade, jugé “en totale incohérence avec les ambitions climat affichées par la France”.

“Il ne s’agit pas de seulement reporter la décision mais de reconnaître les impacts climatiques et environnementaux de ce contrat, acter le refus de le signer et porter ce message-là en tant qu’actionnaire d’Engie au conseil d’administration”, a dit à Reuters Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre.

Pour le député Ecologie Démocratie Solidarité Matthieu Orphelin, “il serait incompréhensible et inacceptable qu’Engie, qui se présente comme un champion de la transition énergétique et dont l’Etat français possède un tiers des droits de vote, signe un contrat d’importation de gaz de schiste, qui sont un désastre pour le climat”.

De l’avis d’analystes de Height Capital Markets à Washington, l’intervention du gouvernement français “a été motivée au moins en partie par le différend commercial en cours entre les pays plutôt que par une simple préoccupation environnementale sur les émissions de méthane”.

Selon eux, l’élection présidentielle du 3 novembre aux Etats-Unis pourrait changer la donne en fonction du vainqueur, le candidat démocrate Joe Biden ayant plaidé pour des relations commerciales normalisées avec l’Europe, une approche plus environnementale des partenariats internationaux et un renforcement de la réglementation sur le méthane.

Le méthane est un gaz à effet de serre dont le potentiel de contribution au changement climatique est estimé plus de 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2) au cours des 20 premières années après son émission dans l’atmosphère, et la réduction de ses fuites est un sujet de plus en plus sensible pour les autorités du secteur de l’énergie, les producteurs et les investisseurs.

Sarah White et Elizabeth Pineau à Paris, Shadia Nasralla à Londres, Scott SiSavino à New York, version française Jean-Stéphane Brosse et Marc Angrand, édité par Blandine Hénault

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