April 3, 2020 / 9:56 AM / 4 months ago

Air France-KLM cherche à emprunter plusieurs milliards garantis par Paris et Amsterdam

PARIS/AMSTERDAM (Reuters) - Air France-KLM a entamé des discussions avec des banques pour emprunter plusieurs milliards d’euros sous la forme de crédits garantis par les Etats français et néerlandais, afin de tenter d’affronter une paralysie durable de son activité du fait de la pandémie de coronavirus, ont déclaré des sources à Reuters.

Air France-KLM a entamé des discussions avec des banques pour emprunter plusieurs milliards d'euros sous la forme de crédits garantis par les Etats français et néerlandais, afin de tenter d'affronter une paralysie durable de son activité du fait de la pandémie de coronavirus, ont déclaré des sources à Reuters. /Photo d'archives/REUTERS/Régis Duvignau

Selon trois sources au fait des discussions, les Etats français et néerlandais, qui détiennent chacun 14% du capital du groupe aérien, ont mis de côté leurs divergences pour régler les problèmes de trésorerie d’Air France-KLM.

Les modalités et les montants de cette opération ne sont pas finalisés et sont susceptibles d’évoluer, ont précisé les sources. Le scénario le plus probable serait celui d’un emprunt pouvant atteindre quatre milliards d’euros garanti par l’Etat français pour Air France combiné à un emprunt de près de deux milliards garanti par l’Etat néerlandais pour KLM.

Le groupe aérien franco-néerlandais a mandaté BNP et Société Générale comme banques conseils pour cette opération, selon deux sources.

Les deux groupes bancaires français n’ont pas souhaité faire de commentaire.

“Nous sommes naturellement en discussions permanentes avec les deux gouvernements”, a déclaré une porte-parole d’Air France-KLM en refusant de commenter plus précisément cette perspective.

La France et les Pays-Bas, qui ont chacun fait part de leur intention d’apporter un soutien financier au groupe aérien chapeautant leur compagnie nationale, n’ont pas non plus souhaiter s’exprimer sur ces discussions.

“Air France-KLM est une belle entreprise et nous voulons qu’elle reste en l’état, c’est pourquoi nous sommes prêts à la soutenir”, a rappelé jeudi le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, lors d’une conférence de presse en ligne.

“Nous sommes en discussions avec KLM et Air France depuis longtemps et en particulier avec l’Etat français”, a déclaré mercredi à Reuters le ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra.

“Il est très important d’aider cette entreprise essentielle dans ces temps difficiles”, a-t-il ajouté.

GARANTIES

Au-delà du groupe franco-néerlandais, les gouvernements à travers le monde tentent de mettre sur pied des plans de soutien pour les principales compagnies aériennes mondiales, menacées par l’accélération de la pandémie de coronavirus, qui fait plonger la demande de voyages et cloue les avions au sol pour une durée indéterminée.

En Europe, Norwegian Air et SAS ont reçu des engagements sur des aides d’Etat, tandis que Lufthansa devrait bénéficier de plusieurs milliards d’euros d’aides publiques.

Aux Etats-Unis, une aide de 58 milliards de dollars pour le secteur aérien est prévue dans le plan de soutien de 2.000 milliards de dollars (1.842 milliards d’euros) visant à soutenir l’économie des Etats-Unis face à la crise sanitaire en cours, qui a été signé vendredi dernier par le président américain Donald Trump.

Les prêts destinés à Air France et KLM seraient garantis par leurs gouvernements respectifs, selon deux sources. Côté français, ils entreraient dans le cadre du programme de 300 milliards d’euros de prêts bancaires aux entreprises que l’Etat s’est engagé à garantir à hauteur de 70%.

Air France est en pourparlers avec plusieurs créanciers potentiels, dont Crédit Agricole et Natixis, tandis que KLM devrait faire appel aux banques néerlandaises avec lesquelles elle est déjà engagée, d’après l’une des sources. Des accords devraient être conclus avant la fin du mois, a-t-on précisé.

Toujours selon les mêmes sources, les banques souhaitent des garanties plus importantes de la part du gouvernement français, qui s’y oppose, ajoute-t-on. En comparaison, la compagnie allemande Lufthansa devrait obtenir une garantie de 80%.

Crédit Agricole s’est refusé à tout commentaire et aucune réponse n’a été obtenue auprès de Natixis.

Selon les directives de l’Union européenne, qui ont été assouplies en raison de la crise, les prêts garantis par l’Etat ne peuvent dépasser un quart du chiffre d’affaires réalisé en 2019, qui s’élève à 4,15 milliards d’euros pour Air France et à 2,77 milliards pour KLM.

VERS UNE NATIONALISATION ?

Si les gouvernements français et néerlandais s’accordent pour soutenir à court terme Air France-KLM, leur mésentente de long terme autour de la gestion et la stratégie du groupe, née de la fusion des compagnies en 2004, subsiste.

Leur désaccord a notamment éclaté au grand jour lors de l’acquisition-surprise, en mars 2019, d’une participation dans le groupe de la part de l’Etat néerlandais, qui cherchait ainsi à peser davantage sur les orientations du groupe.

Au sortir de la crise actuelle, Air France-KLM pourrait avoir besoin de nouveaux capitaux, ce qui risque de relancer les tensions entre les deux parties et conduire à une séparation, ont indiqué deux sources.

“La nationalisation d’Air France est une hypothèse parmi d’autres que l’on n’écarte pas”, a déclaré dimanche le ministre français des Transports Jean-Baptiste Djebarri.

Du côté néerlandais, “plusieurs options sont encore envisagées, notamment un prêt garanti par l’État” ou un investissement en capital, a indiqué une source.

Une restructuration probable pourrait alimenter le ressentiment de KLM, dont la rentabilité a toujours surpassé celle d’Air France, malmené par des mouvements de grève en série.

Pour l’heure, les deux compagnies sont touchées de plein fouet par la crise du coronavirus qui a stoppé net le trafic aérien. Elles ont chacune réduit leurs vols de plus de 90%. KLM, qui emploie 35.000 personnes contre 45.000 pour Air France, a supprimé 2.000 postes de manière permanente.

Avec Arno Schuetze à Francfort, Toby Sterling à Amsterdam, Gwenaëlle Barzic et Leigh Thomas à Paris ; version française Myriam Rivet et Jean-Philippe Lefief, édité par Blandine Hénault

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