March 6, 2020 / 4:30 PM / a month ago

Pétrole: La Russie résiste à la volonté de l'Opep de réduire la production

VIENNE (Reuters) - La belle harmonie qui régnait depuis trois ans entre l’Opep et la Russie a volé en éclats vendredi du fait de l’opposition de Moscou à une nouvelle réduction de la production de pétrole pour enrayer la baisse des cours due à l’épidémie de coronavirus.

La belle harmonie qui régnait depuis trois ans entre l'Opep et la Russie a volé en éclats vendredi du fait de l'opposition de Moscou à une nouvelle réduction de la production de pétrole pour enrayer la baisse des cours due à l'épidémie de coronavirus. /Photo d'archives/REUTERS/Leonhard Foeger

L’organisation, qui souhaitait une baisse supplémentaire de 1,5 million de barils par jour jusque fin 2020, a riposté en supprimant toutes les limites à sa propre production.

La Russie proposait, elle, de prolonger jusqu’à la fin du deuxième trimestre les réductions de production déjà appliquées par les pays du groupe Opep+, qui réunis les Etats membres et certains producteurs extérieurs au cartel des exportateurs. Ce programme porte sur une réduction de la production de 2,1 millions de bpj.

Malgré plusieurs cycles de négociations bilatérales cette semaine à Vienne, l’Arabie saoudite, force motrice de l’Opep, et la Russie n’ont donc pas trouvé de compromis, dit-on de sources proches de l’Opep. En conséquence, l’accord en cours sur les réductions de production expirera fin mars. Les membres de l’Opep et leurs partenaires pourront donc en théorie pomper à volonté, alors que l’offre est déjà excédentaire.

Les cours du pétrole ont plongé de 10% depuis le début de l’épidémie, ce qui fait craindre une glissade similaire à celle de 2014, lorsque l’Arabie saoudite et la Russie cherchaient à préserver leurs parts de marché face aux producteurs américains de pétrole de schiste, qui ne se sont jamais associés aux réductions de production.

“JE VOUS LAISSE DEVINER”

Le Brent, tombé sous les 46 dollars le baril, a perdu un tiers de sa valeur cette année, ce qui, combiné au ralentissement de l’économie dû au coronavirus, met les pays producteurs et de nombreuses compagnies pétrolières à rude épreuve.

Aucune réduction de la production n’est évoquée dans une déclaration diffusée après la réunion de l’Opep+.

“A partir du 1er avril, ni l’Opep ni les non membres n’auront plus de restrictions”, a déclaré le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak.

Prié de dire si le royaume avait l’intention d’augmenter sa production, son homologue saoudien, le prince Abdelaziz ben Salman, a répondu: “Je vous laisse deviner”.

Cet échec pourrait avoir d’autres conséquences, dans la mesure où les discussions pétrolières ont permis à Ryad et Moscou, qui ont pris des partis opposés dans la guerre en Syrie, de se rapprocher politiquement.

“L’opposition de la Russie aux réductions d’urgence des approvisionnements minerait effectivement et définitivement la capacité de l’Opep+ à jouer le rôle de stabilisateur des prix du pétrole”, a commenté Bob McNally, fondateur de Rapidan Energy Group.

“Cela brisera le rapprochement financier et politique russo-saoudien. Il en résultera une volatilité accrue des prix du pétrole et une instabilité géopolitique”, a-t-il poursuivi.

Rania El Gamal, Alex Lawler, Olesya Astakhova, Shadia Nasralla et Ahmad Ghaddar; version française Bertrand Boucey et Jean-Philippe Lefief

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