December 5, 2018 / 5:04 PM / 14 days ago

JPMorgan défie les banques d'Europe auprès des entreprises moyennes

par Inti Landauro et David Henry

En feuilletant un épais classeur listant des entreprises européennes de taille moyenne et familiales, Doug Petno, de JPMorgan, a les yeux rivés sur une clientèle restée pour l'essentiel chasse gardée des banques européennes jusqu'à présent. /Photo d'archives/REUTERS/Stephanie Keith

PARIS/NEW YORK (Reuters) - En feuilletant un épais classeur listant des entreprises européennes de taille moyenne et familiales, Doug Petno, de JPMorgan, a les yeux rivés sur une clientèle restée pour l’essentiel chasse gardée des banques européennes jusqu’à présent.

“Cette liste est très élaborée et triée sur le volet”, a déclaré à Reuters le directeur général des services bancaires aux entreprises de la banque américaine.

Les propriétaires de ces quelque 1.500 sociétés sont souvent déjà clients de JPMorgan pour la gestion de leur patrimoine. Doug Petno, qui est basé à New York, cherche maintenant à proposer à leurs entreprises des prêts, une gestion de trésorerie, un traitement des paiements et d’autres services bancaires.

Ce défi lancé aux banques européennes dans leur bastion traditionnel illustre la façon dont JPMorgan se sert de ses points forts pour grignoter du terrain à ses concurrentes, après avoir mieux résisté que beaucoup d’entre elles pendant la crise financière.

Il intervient alors que JPMorgan a entrepris de transférer des dizaines de banquiers à Paris pour s’adapter au Brexit.

JPMorgan cible désormais en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Espagne et en Grande-Bretagne des entreprises ayant un chiffre d’affaires annuel de 500 millions à deux milliards de dollars (de 440 millions à 1,75 milliard d’euros), établies de longue date et avec des marques reconnues, et ayant aussi des aspirations internationales.

Certaines sont déjà implantées aux Etats-Unis et y sont clientes de JPMorgan. Beaucoup sont connues de ses banquiers d’affaires en Europe.

La liste des cibles potentielles de Doug Petno a été mise au point pendant deux ans par les banquiers d’affaires de JPMorgan dans chaque pays concerné.

Recruter des clients et du personnel prendra du temps mais Doug Petno est convaincu que JPMorgan peut créer en Europe une activité durable similaire à celle de sa banque commerciale aux Etats-Unis, qui a généré 8,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires l’an dernier.

PUISSANCE DE FRAPPE FINANCIÈRE

Doug Petno a refusé de préciser ses objectifs. Mais l’initiative de JPMorgan intervient à un moment où les prêts aux entreprises sont pour les banques européennes une des rares activités ayant le vent en poupe dans un contexte de taux d’intérêt extrêmement bas et de croissance économique en berne.

Au premier semestre, en Europe continentale, les quatre premières banques d’investissement classées selon la taille des opérations pour lesquelles elles ont reçu un mandat de conseil étaient des banques américaines, selon des données de Refinitiv.

Une combinaison de baisses de tarifs, de gamme de produits et de marketing supplémentaire a permis ces dernières années à JPMorgan de gagner des parts sur les marchés de capitaux européens, dans les cartes de crédit américaines, dans les prêts commerciaux, la gestion d’actifs et les services boursiers.

Mais François-Xavier Deucher, directeur pour les institutions financières chez Fitch Ratings à Paris, estime qu’il ne sera pas facile à une banque ne disposant pas d’un dense réseau d’agences de progresser en Europe.

“La partie rentable de l’activité se trouve dans des services tels que la gestion de trésorerie, les taux ou les couvertures de change, le conseil, l’assurance ou les plans d’épargne salariale”, a-t-il déclaré.

“Dans le financement des exportations et les services de soutien sur les marchés internationaux, JPMorgan pourrait avoir un avantage concurrentiel”, a-t-il ajouté.

Avec 2.600 milliards de dollars d’actifs, dont un quart environ hors Amérique du Nord, le bilan de JPMorgan pèse beaucoup plus lourd que celui des plus grandes banques d’Europe. Les 24 milliards de dollars (21,16 milliards d’euros) de son bénéfice net en 2017 éclipsent nettement celui de BNP Paribas, près de trois fois plus petit avec ses 7,8 milliards d’euros.

L’an dernier, le bénéfice net de Crédit agricole et de Banco Santander, respectivement deuxième et quatrième banques d’Europe continentale en termes d’actifs, a été de 6,5 milliards d’euros et de 6,6 milliards d’euros, tandis que celui de Deutsche Bank était de 1,3 milliard d’euros.

Dominique Rodriguez pour le service français, édité par Bertrand Boucey

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