May 4, 2018 / 12:41 PM / 6 months ago

Vivendi perd le contrôle du conseil de Telecom Italia

ROZZANO, Italie (Reuters) - La liste présentée par le fond activiste Elliott a obtenu vendredi les deux-tiers des sièges au conseil d’administration de Telecom Italia, affaiblissant l’influence que détenait jusque-là le français Vivendi, premier actionnaire de l’opérateur télécoms italien.

La liste présentée par le fond activiste Elliott a obtenu vendredi les deux-tiers des sièges au conseil d'administration de Telecom Italia, affaiblissant l'influence que détenait jusque-là le français Vivendi, premier actionnaire de l'opérateur télécoms italien. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

Cinq candidats du groupe de médias et de divertissement, dont l’actuel administrateur délégué de TIM Amos Genish et le président du directoire de Vivendi Arnaud de Puyfontaine, pourront toutefois faire partie du conseil.

Les deux adversaires seront ainsi contraints de trouver les moyens d’enterrer la hache de guerre et de coexister pour redresser l’ancien monopole, lourdement endetté.

La principale interrogation porte désormais sur le choix d’Amos Genish, un soutien affiché de Vivendi mais respecté par le gouvernement et les autres investisseurs, de rester ou non à la tête de l’opérateur.

Considéré comme la carte maîtresse de Vivendi, ce dernier a fait savoir que sa position serait “intenable” si Telecom Italia se retrouvait avec un conseil qui ne soutient pas son plan stratégique.

Il s’agit d’un nouveau coup dur pour Vivendi qui n’est pas parvenu à ce jour à résoudre son conflit avec le diffuseur italien Mediaset dans lequel il a également investi.

“C’est un revers stratégique. L’objectif de créer un géant des médias et des télécoms sud-européen est enterré”, estime Jean-Baptiste Sergeant, analyste à Mainfirst.

L’action de Telecom Italia, en hausse depuis le début de la campagne d’Elliott, a clôturé sur un gain de 2,15% à 0,86 euro tandis que Vivendi a gagné 1,00% à 23,12 euros.

“Le cours réagit bien car cela peut doper le cours de l’action Telecom Italia et offrir une porte de sortie à Vivendi”, souligne l’analyste, tout en estimant qu’un tel scénario est peu probable à court terme, Vivendi affichant à ce jour une moins-value d’environ 800 millions d’euros sur son investissement dans Telecom Italia.

“SIGNAL PUISSANT”

Le résultat du vote a été serré : quelque 49,84% des actionnaires présents à l’AG ont voté en faveur de la liste d’Elliott, constituée de dix administrateurs indépendants, tandis que 47,18% ont voté pour celle de Vivendi, lors d’une assemblée générale très attendue.

“Vivendi est là pour le moyen et le long termes, Vivendi soutient Amos Genish dans sa stratégie industrielle”, a déclaré un porte-parole de Vivendi en marge de l’assemblée générale.

“Nous seront très vigilants afin de veiller à ce que les administrateurs indépendants élus sur la liste d’Elliott ne poussent pas à un démantèlement”, a-t-il ajouté.

Le fonds américain a de son côté réitéré son soutien à Amos Genish et au plan stratégique qu’il avait présenté en mars tout en mettant en avant ses propres propositions.

Elliott a ainsi dit vouloir étudier avec le nouveau conseil les options possibles pour le réseau de l’opérateur mais aussi la restauration d’un dividende au moment opportun ou encore la conversion des actions d’épargne en actions ordinaires.

“La victoire d’aujourd’hui en faveur d’une liste indépendante envoie un signal puissant à l’Italie et au-delà que les investisseurs engagés n’accepteront pas une gouvernance d’entreprise médiocre, ouvrant la voie à une maximisation de la création de valeur pour toutes les parties prenantes de TIM”, souligne le fonds.

Elliott, qui s’est constitué une participation de 9% au capital de l’ancien monopole, a mené campagne depuis deux mois pour mettre fin à la mainmise de Vivendi sur TIM, accusant le groupe de médias français de poursuivre ses propres intérêts et de faire baisser sa valorisation boursière.

Vivendi a de son côté reproché à Elliott de chercher des solutions à court terme et demandé aux actionnaires de soutenir la stratégie d’Amos Genish qui prévoit notamment de gros investissements dans le contenu numérique, une modernisation de l’organisation interne et un plan pour ramener la note de crédit du groupe en catégorie non spéculative.

DUEL

Deux agences de conseil aux actionnaires avaient apporté leur soutien à la liste d’Elliott comprenant dix figures de la vie économique italienne, estimant que Vivendi avait eu un impact négatif sur la gouvernance et le retour aux actionnaires.

Pour le groupe contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré, ce n’est pas le marché mais le vote de la Caisse des dépôts italienne, actionnaire à hauteur de 4,8% du capital, qui a fait la différence.

“Nous sommes surpris (....) de la façon dont un actionnaire avec de l’argent public peut voter pour un fonds spéculatif court-termiste”, a déclaré le porte-parole de Vivendi.

Sur Twitter, le ministre de l’Industrie Carlo Calenda a déclaré que Rome se montrerait vigilant et veillerait à ce que les conflits d’intérêt entre les actionnaires ne nuisent plus à l’ancien monopole.

Le nouveau conseil devrait se réunir lundi pour attribuer les postes d’administrateur délégué et de président du conseil.

Gwénaëlle Barzic pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot

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