May 4, 2018 / 5:41 AM / 3 months ago

Telecom Italia: Une AG déterminante pour l'avenir de l'opérateur

MILAN/LONDRES (Reuters) - Les actionnaires de Telecom Italia (TIM) sont appelés à trancher vendredi dans la bataille qui oppose Vivendi et le fonds activiste Elliott pour le contrôle du conseil d’administration de l’opérateur historique italien.

Les actionnaires de Telecom Italia (TIM) sont appelés à trancher vendredi dans la bataille qui oppose Vivendi et le fonds activiste Elliott pour le contrôle du conseil d'administration de l'opérateur historique italien. /Photo d'archives/REUTERS/Alessandro Bianchi

Elliott mène une campagne pour mettre fin à la mainmise de Vivendi sur TIM, accusant le groupe de médias français de poursuivre ses propres intérêts et de faire baisser sa valorisation boursière. Il propose un conseil d’administration plus indépendant, des ventes d’actifs et un retour au dividende.

Vivendi de son côté reproche à Elliott de chercher des solutions à court terme et demande aux actionnaires de soutenir la stratégie de TIM, dévoilée en mars, qui prévoit notamment de gros investissements dans le contenu numérique, une modernisation de l’organisation interne et un plan pour ramener la note de crédit du groupe en catégorie non spéculative.

Les deux parties veulent redresser le plus gros opérateur télécom du pays, ancien monopole historique, lourdement endetté et à la traîne par rapport à ses pairs européens, comme Deutsche Telekom et Orange, depuis des années.

TIM a une valeur d’entreprise inférieure de près de 20% en terme de ratio d’Ebitda comparé à ses concurrents. Le groupe est confronté à de nouveaux concurrents dans le mobile comme dans le haut débit, et sa division au Brésil ne se remet que lentement de la crise économique qui a frappé le pays.

“L’AG de demain sera un catalyseur important dans l’histoire boursière de Telecom Italia (même si) l’avenir restera difficile sur le plan fondamental”, dit Giovanni Montalti, analyste d’UBS.

D’autres actionnaires jugent que la meilleure solution serait que Vivendi et Elliott enterrent la hache de guerre et permettent à un conseil plus indépendant de mener à bien les mesures prévues pour réduire la dette, de 25 milliards d’euros, et pour faire face à la concurrence et créer de la valeur.

“Quelque soit la liste qui l’emportera à l’AG, un arrangement entre les deux groupes serait l’issue la plus souhaitable, se mettant d’accord sur les principaux levier de création de valeur pour les actionnaires avec un conseil stable qui soutiendrait (l’administrateur délégué Amos) Genish”, écrit Morgan Stanley dans une note à ses clients.

Elliott s’est constitué une participation de 9% dans TIM pour défier Vivendi, qui a 24% du capital et gère le groupe.

Vendredi, les actionnaires devront accorder à l’un ou l’autre la majorité du conseil de 15 membres. Ils vont choisir entre la liste d’administrateurs indépendants d’Elliott, composée de 10 hommes d’affaires influents, ou celle de Vivendi, qui a peu tenu compte des inquiétudes sur la gouvernance.

Quoiqu’il arrive, les deux adversaires devront coexister, le perdant étant sûr d’obtenir les cinq sièges restant.

“Cela pourrait être le début d’une nouvelle ère pour TIM”, dit une source proche de la société. “Si tout se passe bien, Genish pourrait travailler dans un environnement moins hostile.”

Depuis son entrée au capital en 2015, Vivendi a peu à peu renforcé son emprise sur l’opérateur, pris la majorité du conseil et nommé son propre directeur général en tant qu’administrateur délégué du groupe, tout cela pour répondre à l’ambition de son président Vincent Bolloré de bâtir un empire dans les médias en Europe du sud.

L’emprise du français sur l’opérateur historique a créé des tensions avec le gouvernement italien et Rome s’est octroyé l’an dernier des prérogatives spéciales (“golden power”) sur TIM, estimant avoir son mot à dire sur les décisions stratégiques.

GENISH RASSEMBLE

Mais Vivendi a aussi nommé Amos Genish, qui a réussi à impressionner favorablement Rome et les investisseurs et dont le plan stratégique à trois ans a été bien accueilli.

La semaine dernière, il a reçu l’appui de la quasi totalité des actionnaires réunis en assemblée générale.

“Le maintien de Genish est la clé de la stabilité et de la mise en oeuvre du plan stratégique (...)”, dit Morgan Stanley.

Des conseillers financiers recommandent de voter pour la liste d’Elliott, notant que Vivendi a eu un impact négatif sur la gouvernance du groupe et sur les retours aux actionnaires.

Pour renforcer son influence, le gouvernement a annoncé début avril avoir pris 4,262% de TIM via la Cassa Depositi e Prestiti (CDP), émanation du Trésor italien.

Mais la carte maîtresse de Vivendi est d’avoir Amos Genish sur sa liste, ce qui pourrait être un dilemme pour certains actionnaires qui souhaiteraient un relâchement de l’emprise de Vivendi sur le groupe mais ne veulent pas le perdre.

Ce dernier a fait savoir que sa position serait “intenable” si Telecom Italia se retrouvait avec un conseil d’administration qui ne soutienne pas son plan stratégique.

Elliott a cependant dit à plusieurs reprises qu’il soutenait Amos Genish et son plan. Le fonds a également limité ses exigences en matière de transformations stratégiques, disant que la direction et un conseil indépendant pourraient en décider.

Le fonds réclamait à l’origine de transformer les actions d’épargne en actions ordinaires, vendre une part de contrôle du réseau que le groupe s’apprête à séparer du reste de ses activités et de reprendre le versement du dividende, des mesures que la direction de TIM a qualifié de prématurées, infaisables et à haut risque financier.

Si Vivendi est le perdant vendredi, le groupe n’a aucune intention de retirer son investissement de quatre milliards d’euros dans un avenir proche et la “bataille se poursuivra”; souligne une source proche du dossier.

TIM a souvent été utilisé comme un pion pour faire avancer la stratégie d’autres acteurs. Avant l’arrivée de Vivendi, TIM était sous le contrôle d’une holding à laquelle participaient des investisseurs italiens et l’espagnol Telefonica.

Sous la direction d’Amos Genish, les investisseurs espèrent que les choses vont changer.

“Il y a beaucoup de valeur non réalisée chez Telecom Italia et Vivendi et Elliott doivent trouver un compromis, qui pourrait être proposé par Genish — sinon TIM va se retrouver embourbé dans cette lutte de pouvoir et encore une fois il n’en sortira rien”, conclut un gérant de fonds, actionnaire de TIM.

Juliette Rouillon pour le service français, édité par Tangi Salaün

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