February 7, 2018 / 2:07 PM / 6 months ago

France: Nouvelle dégradation du déficit commercial en 2017

PARIS (Reuters) - La balance commerciale de la France s’est creusée en 2017 pour la deuxième année consécutive, enregistrant sa plus forte dégradation depuis 2011, pénalisée par l’alourdissement de la facture énergétique et un déficit manufacturier record.

La balance commerciale de la France s'est creusée en 2017 pour la deuxième année consécutive, enregistrant sa plus forte dégradation depuis 2011, pénalisée par l'alourdissement de la facture énergétique et un déficit manufacturier record. /Photo d'archives/REUTERS/Dado Ruvic

Selon les données publiées mercredi par les Douanes, le déficit commercial a atteint 62,3 milliards d’euros l’an dernier, contre 48,3 milliards en 2016.

La balance commerciale de la France - dont le dernier excédent remonte à 2003 - a enregistré l’an dernier son déficit le plus élevé depuis 2012, alors que quatre années d’amélioration s’étaient succédé sur la période 2012-2015.

“On n’atteint pas l’annus horribilis de 2011” - avec un déficit de 74,5 milliards - mais ces chiffres “montrent l’ampleur des défis à relever”, a déclaré Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, lors d’un point de presse.

Dans un contexte marqué par l’accélération de la croissance du commerce mondial, les échanges de la France sont également repartis à la hausse.

LA REPRISE DOPE LES IMPORTATIONS

Les exportations, qui avaient reflué de 0,6% en 2016, ont augmenté de 4,5%, soit leur meilleur taux de croissance depuis 2011, pour atteindre un montant de 473,2 milliards d’euros. Mais les importations ont bondi dans le même temps de 6,8%, à 535,5 milliards, après une hausse limitée à 0,1% l’an dernier.

Au-delà de la hausse des importations d’énergie (+24,6% à 56,8 milliards d’euros), la vigoureuse progression des importations a notamment été alimentée par une demande intérieure dynamique, sur fond de reprise économique.

La hausse de la demande des entreprises s’est notamment manifestée par la reprise des achats de biens intermédiaires et l’accélération des importations d’équipements, en lien avec un recours accru au dispositif fiscal de suramortissement des investissements, arrivé à échéance en avril.

Côté exportations, la progression est quasi généralisée, à l’exception des livraisons aéronautiques et spatiales, en repli de 3,8% à 55,7 milliards en 2017 par rapport à leur niveau record des deux années précédentes à 57,9 milliards.

Les plus fortes hausses sont à mettre au crédit des secteurs des parfums et cosmétique (+11,0%), des produits chimiques (+8,3%) et de l’agroalimentaire (+6,2%).

L’automobile a largement contribué, les exportations de véhicules affichant leur plus forte hausse depuis 2010 (+12,6%), pour atteindre un montant total de 32,9 milliards en 2017, soit le niveau le plus élevé des dix dernières années.

A 5,7 milliards d’euros, les exportations militaires s’inscrivent en revanche en repli après les ventes record de 2016.

REFONTE DU SYSTÈME DE SOUTIEN À L’EXPORT

Globalement, ces évolutions ont entraîné une amélioration significative des soldes liés aux parfums et à l’automobile, alors que la plupart des soldes sectoriels se sont dégradés, en particulier l’aéronautique dont l’excédent s’est réduit d’un milliard d’euros (-5,6% à 17,4 milliards).

Le déficit manufacturier, hors pétrole raffiné, s’est creusé de 5,3 milliards en 2017 pour atteindre un montant record de 40,6 milliards, tandis que la facture énergétique s’est alourdie de 7,5 milliards (+24% à 39,0 milliards).

A l’inverse de la balance commerciale, la balance des services, à l’équilibre en 2016, a vu son excédent augmenter l’an dernier à 5,4 milliards.

Cette progression s’explique principalement par l’amélioration de l’excédent des services de voyages, en hausse de 7,6% à 41,3 milliards d’euros du fait d’une reprise de la fréquentation touristique après les attentats ayant frappé la France en 2015 et 2016.

Cette “attractivité touristique retrouvée”, avec un “rebond bien réel”, représente pour Jean-Baptiste Lemoyne un autre “signe encourageant”, en plus du dynamisme de l’export.

Mais ces chiffres montrent “qu’il va falloir se retrousser les manches pour redonner à l’économie française un allant supplémentaire, et c’est tout l’objet d’ailleurs des réformes” déjà lancées par le gouvernement dans le domaine du droit du travail et en matière fiscale, a-t-il déclaré.

“On ne peut pas rester les bras ballants, on doit faire plus que prendre juste la part qui pourrait nous revenir automatiquement”, a souligné Jean-Baptiste Lemoyne en ajoutant : “Il faut aller à l’offensive, créer une véritable équipe de France à l’export”.

Pour augmenter le nombre d’entreprises exportatrices - stable autour de 124.000 - et une part de marché qui n’a fait qu’interrompre son érosion en se stabilisant, le gouvernement prépare une réforme des dispositifs de soutien au commerce extérieur.

Le Premier ministre présentera le 23 février la stratégie de soutien à l’export, qui visera à avoir un système “efficace, opérationnel, depuis nos territoires et jusqu’à l’international”, pour plus “de fluidité et de simplicité”, a précisé Jean-Baptiste Lemoyne.

L’amélioration de la balance commerciale de la France, qui devrait aussi être soutenue par des “accords de commerce ambitieux, qui permettent d’ouvrir de nouveaux marchés”, ne devrait cependant pas être immédiate.

A l’automne, le gouvernement tablait sur une stabilisation du déficit commercial en 2018 après une dégradation en 2017, sous l’hypothèse d’un gel du prix du pétrole.

Après plusieurs années marquées par des éléments conjoncturels favorables (baisse des prix de l’énergie et de l’euro), la faiblesse du dollar ne constitue pas un facteur d’inquiétude pour Jean-Baptiste Lemoyne, qui estime que “le change n’est pas le principal déterminant de nos exports”.

De son côté, l’assureur-crédit Euler Hermes se montre moins optimiste et anticipe un déficit commercial atteignant 70 milliards en 2018.

“Malgré un contexte conjoncturel porteur, la France souffre encore de faiblesses structurelles, comme sa dépendance énergétique. C’est ce qui nous empêche d’inverser la tendance pour le moment”, explique Stéphane Colliac, économiste France chez Euler Hermes, dans un communiqué.

Yann Le Guernigou et Myriam Rivet, édité par Sophie Louet

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