18 octobre 2017 / 07:05 / dans 2 mois

La SEC accuse de fraude Rio Tinto et deux ex-dirigeants

SYDNEY/NEW YORK (Reuters) - La Securities and Exchange Commission (SEC) américaine a accusé mardi d‘escroquerie Rio Tinto et deux de ses anciens dirigeants, soupçonnés d‘avoir gonflé artificiellement la valeur de houillères au Mozambique et dissimulé des informations importantes lors d‘un appel au marché de plusieurs milliards de dollars.

La Securities and Exchange Commission (SEC) américaine a accusé mardi d'escroquerie Rio Tinto et deux de ses anciens dirigeants, soupçonnés d'avoir gonflé artificiellement la valeur de houillères au Mozambique et dissimulé des informations importantes lors d'un appel au marché de plusieurs milliards de dollars. /Photo d'archives/REUTERS/Tim Wimborne

La Financial Conduct Authority (FCA) britannique a déclaré de son côté le même jour avoir passé un accord avec le groupe minier en vertu duquel il versera une amende de 27 millions de livres (30,3 millions d‘euros) afin de régler un litige d‘ordre comptable sur ces mêmes actifs acquis en 2011 pour 3,7 milliards de dollars et revendus quelques années plus tard 50 millions de dollars.

Dans une plainte déposée auprès d‘un tribunal de Manhattan, la SEC écrit que l‘ex-directeur général Thomas Albanese et l‘ex-directeur financier Guy Elliott n‘ont pas suivi les règles comptables et les règles propres à l‘entreprise pour valoriser et enregistrer ces actifs selon les normes en vigueur.

La SEC ajoute que peu de temps après la réalisation de l‘acquisition, Rio Tinto apprenait que le rendement des houillères serait bien moins important que prévu.

En produisant des déclarations mensongères, Rio Tinto et ses dirigeants ont pu lever 5,5 milliards de dollars auprès d‘investisseurs américains et ont continué de solliciter les investisseurs alors même que les responsables de la filiale mozambicaine avaient fait savoir à Albanese et à Elliott que la valeur nette comptable des actifs était sans doute négative à hauteur de 860 millions de dollars, poursuit le gendarme de la Bourse aux Etats-Unis.

“Rien de vrai dans toutes ces accusations”, a déclaré Albanese dans un communiqué, tandis que Christina Mills, une porte-parole d‘Elliott, a dit que ce dernier contesterait lesdites accusations avec la dernière énergie.

Rio Tinto a réagi de la même manière, observant que la FCA britannique “n‘a conclu à aucune fraude ou à aucune carence généralisée ou systémique de Rio Tinto”.

DÉROULÉ DE L‘AFFAIRE

Mais pour la SEC, la chute rapide et spectaculaire de la valeur des actifs a été dissimulée parce que, entre autres choses, Rio Tinto avait subi de fortes pertes liées à l‘achat de l‘aluminier Alcan en 2007.

Rio Tinto savait dès la fin de 2011, soit quelques mois après avoir racheté les actifs à Riversdale Mining, que ses capacités de transport du charbon, par rail ou voies fluviales, serait limitées et ses projections en la matière irréalistes.

“Les prévenus ont dissimulé la nature et l‘ampleur de ces évolutions défavorables au conseil d‘administration, au comité d‘audit, aux commissaires aux comptes indépendants de Rio Tinto et au marché”, constate la SEC.

Si ces éléments avaient été révélés, ils auraient déclenché une analyse de dépréciation, laquelle doit mesurer l‘écart entre le cash flow d‘un actif projeté et la valeur à laquelle l‘entreprise a comptabilisé ledit actif.

En mai 2012, Albanese et Elliott savaient que les houillères avaient une valorisation négative de 680 millions de dollars; pourtant, elles étaient comptabilisées à une valeur de plus de trois milliards de dollars et Rio Tinto continuait d‘en vanter les perspectives auprès du marché.

La SEC ajoute que la fraude a duré jusqu‘en janvier 2013, lorsqu‘un autre responsable a découvert l‘irrégularité comptable. Albanese avait alors démissionné et la valeur des actifs mozambicains avait été dépréciée de plus de trois milliards de dollars.

La SEC demande à ce que les deux hommes ne puissent plus exercer de responsabilité exécutive ou administrative dans quelque société cotée que ce soit.

Enfin, la SEC a révélé que l‘autorité boursière australienne (Australian Securities and Investments Commission) examinait elle aussi la comptabilité des actifs du Mozambique.

Avec James Regan et Jane Wardell à Sydney, Erich Walsh à Washington et Henning Gloystein à Singapour, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot

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