10 août 2017 / 14:24 / dans un mois

Pékin campe sur son rôle d'observateur dans la crise coréenne

Alors que la Corée du Nord et les Etats-Unis multiplient les déclarations menaçantes, la Chine, principal partenaire économique et politique du régime de Kim Jong-un, continue d'observer une attitude jugée ambiguë par l'administration Trump alors que l'inquiétude d'un conflit nucléaire enfle dans la péninsule. /Photo prise le 1er avril 2017/REUTERS/Damir Sagolj

PÉKIN (Reuters) - Alors que la Corée du Nord et les Etats-Unis multiplient les déclarations menaçantes, la Chine, principal partenaire économique et politique du régime de Kim Jong-un, continue d‘observer une attitude jugée ambiguë par l‘administration Trump alors que l‘inquiétude d‘un conflit nucléaire enfle dans la péninsule.

Donald Trump, qui a plusieurs fois tenté de convaincre Pékin de faire pression sur son voisin, a affirmé jeudi que le régime ermite de Pyongyang devrait affronter “le feu et la fureur” s‘il continue de menacer les intérêts américains.

Les Nord-Coréens ont réagi en présentant un projet détaillé de tirs de missiles sur l‘île américaine de Guam abritant une base militaire dans l‘océan Pacifique.

D‘ordinaire, la diplomatie chinoise est prompte à appeler les parties en conflit à observer une attitude prudente et à plaider pour un apaisement des tensions. Mais les conférences de presse quotidiennes organisées par le ministère des Affaires étrangères sont suspendues pour deux semaines en raison des vacances d‘été.

Le président Xi Jinping n‘est plus apparu en public depuis une semaine, probablement en raison des préparatifs du prochain conclave du Parti communiste, moment crucial de la vie politique chinoise, prévu à l‘automne, expliquent des diplomates.

La presse officielle a certes repris les appels au calme mais s‘est montrée critique à l‘égard des Américains et de ses alliés accusés de souffler sur les braises.

L‘agence Chine nouvelle estimait ainsi jeudi que le Japon “pêchait en eaux troubles” et se servait de la crise coréenne pour justifier sa remilitarisation. Dans un livre blanc publié cette semaine, le gouvernement nippon affirme que les ingénieurs nord-coréens sont parvenus à miniaturiser des charges nucléaires pour en équiper la tête des missiles que le régime teste désormais de manière régulière.

En réalité, le véritable sujet de préoccupation de Pékin est le déploiement du système antimissile américain THAAD en Corée du Sud. Ces équipements disposant de radars très puissants constituent une menace directe pour la sécurité nationale, estiment les autorités chinoises.

TRUMP FACE AUX PROBLÈMES INTÉRIEURS

THAAD, juge Pékin, permettra aux alliés d‘observer profondément le territoire chinois et ne contribuera pas à convaincre Pyongyang de s‘asseoir à la table des négociations.

“La Chine ne s‘inquiète pas vraiment d‘une soudaine attaque des Etats-Unis contre la Corée du Nord. Elle s‘inquiète de THAAD”, explique Sun Zhe, codirecteur de China Initiative de l‘école des affaires internationales et publiques à l‘Université de Columbia.

La Chine a approuvé samedi une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l‘Onu renforçant les sanctions contre la Corée du Nord et notamment ses exportations de fer, de minerai de fer, de plomb, de poissons et de crustacés pour un montant d‘un milliard de dollars, soit le tiers du volume des exportations nord-coréennes.

Jusqu‘à présent ces sanctions n‘ont eu aucun effet dissuasif sur la poursuite des programmes balistique et nucléaire menés à marche forcée depuis l‘accession au pouvoir de Kim Jong-un.

La Chine fait valoir qu‘elle n‘est pas détentrice du pouvoir à Pyongyang et que son influence sur sa voisine est limitée. Cette dernière, affirment les autorités chinoises, fait la sourde oreille à leurs demandes.

“Ni la Corée du Nord, ni les Etats-Unis n‘écoutent la Chine. Ils sont trop occupés à emprunter la voie d‘un affrontement militaire. Il n‘y a pas grand-chose que la Chine puisse faire”, estime Zhang Liangui, expert de la Corée du Nord à l‘Ecole centrale du Parti communiste chinois qui forme les cadres dirigeants.

Les ennuis auxquels Donald Trump est confronté depuis sa prise de fonction, et notamment l‘affaire de l‘ingérence russe, sont un facteur à prendre en compte dans l‘équation de la crise actuelle.

“Confronté à des problèmes croissants en interne, Trump pourrait être de plus en plus incité à agir. Il se peut qu‘il souhaite dans un premier temps un conflit militaire limité. Et c‘est ce qui inquiète les gens”, note Wang Dong, professeur associé en affaires internationale à la prestigieuse Peking University.

Pierre Sérisier pour le service français, édité par Tangi Salaün

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