3 août 2017 / 16:10 / il y a 19 jours

Bannir le diesel, une mauvaise idée pour le crédit, selon Moody's

Interdire les véhicules diesel dans les villes européennes risque de remettre en cause les procédures de crédit mises en place par les constructeurs automobiles pour que leurs clients puissent acheter leurs voitures, estime l'agence de notation Moody's Investors Service. /Photo d'archives/Amir Cohen

FRANCFORT (Reuters) - Interdire les véhicules diesel dans les villes européennes risque de remettre en cause les procédures de crédit mises en place par les constructeurs automobiles pour que leurs clients puissent acheter leurs voitures, estime l'agence de notation Moody's Investors Service.

Le tribunal administratif de Stuttgart a donné raison vendredi dernier à une organisation écologiste qui réclame l'interdiction du diesel dans les rues de cette ville du sud-ouest de l'Allemagne.

Cette décision, affirme Moody's, risque de provoquer une chute du marché de la voiture d'occasion et par contrecoup du crédit bon marché afférent.

Le crédit-bail a largement contribué à soutenir le marché automobile ces dernières années, les constructeurs à l'origine de ce crédit se couvrant sur le marché en titrisant ces créances sous forme d'ABS (asset backed securities).

Le crédit-bail, qui prend la forme d'un loyer mensuel, se termine en général par un rachat de franchise pouvant atteindre 60% du prix d'achat du véhicule mais le conducteur a toujours la possibilité de le revendre pour couvrir cette échéance et relancer un crédit pour l'achat d'une nouvelle voiture.

Mais la décision de Stuttgart est un coup dur pour le marché du diesel, qui pourrait se traduire par une dégradation de la valeur à l'argus des véhicules d'occasion.

Les écologistes entendent bien faire bannir les véhicules polluants des villes même si le gouvernement allemand et les professionnels de l'automobile ont convenu de lancer un plan de sauvetage du diesel comportant un programme de mise à jour des logiciels équipant les véhicules.

"Si la valeur à l'argus baisse, les concessionnaires auront du mal à couvrir les pertes sur cette valeur", explique Moody's. "En conséquence, ils risquent de ne pas avoir l'assise financière leur permettant de respecter leur engagement de rachat et les emprunteurs sont plus susceptibles de se retrouver en défaut compte tenu de cette obligation inattendue d'avoir à régler eux-mêmes la franchise".

La valeur à l'argus est aussi utilisée pour calculer les taux des loyers mensuels. Si elle baisse, les constructeurs devront augmenter les mensualités avec les risques que cela comporte sur les ventes et sur les capacités de remboursement des emprunteurs.

"Des mesures réelles visant à interdire les voitures diesel dans les agglomérations altèreraient fortement l'attrait de la voiture, déclenchant des décotes à l'argus qui affecteraient la qualité de la signature des ABS automobiles allemands", dit encore Moody's.

Ces ABS ont subi en moyenne des pertes cumulées de 0,1%, calculées sur la durée de vie des transactions en cours, ajoute l'agence.

Avec 15,6 millions d'immatriculations nouvelles ces cinq dernières années en Allemagne et 4,1 millions de contrats de crédit-bail actuellement titrisés, une bonne partie de la flotte allemande est concernée, poursuit-elle.

La demande de voitures diesel a chuté de 12,7% en juillet en Allemagne, suivant les statistiques de vente de l'organisme fédéral KBA. Le diesel ne représente plus que 40,5% des ventes de véhicules neufs sur le premier marché automobile européen contre 46% fin 2016.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny

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