30 juin 2017 / 09:52 / dans 3 mois

Airbus: Enders aura directement la main sur les ventes

Airbus lance une réorganisation de ses activités de ventes d'avions, un projet qui pourrait attirer de nouveau l'attention sur le délicat équilibre des pouvoirs au sein du premier constructeur aéronautique européen. /Photo d'archives/REUTERS/Denis Balibouse

PARIS (Reuters) - Airbus lance une réorganisation de ses activités de ventes d‘avions, un projet qui pourrait attirer de nouveau l‘attention sur le délicat équilibre des pouvoirs au sein du premier constructeur aéronautique européen, ont déclaré à Reuters plusieurs sources proches du dossier.

A partir de juillet, l‘équipe commerciale d‘Airbus, actuellement dirigée par John Leahy, rapportera directement au président exécutif d‘Airbus Group, Tom Enders, court-circuitant ainsi le président de la division avions commerciaux, Fabrice Brégier, ont-elles précisé.

Un porte-parole d‘Airbus a refusé de commenter ces informations.

Cette initiative inattendue, annoncée jeudi par Tom Enders lors d‘un dîner des responsables d‘Airbus, qui s‘inscrit dans le cadre d‘un vaste projet interne visant à rapprocher les instances de direction du groupe, où les activités d‘avions civils sont dominantes.

Mais il pourrait soulever également des questions sur la cohérence des activités d‘avions commerciaux et relancer les spéculations sur l‘avenir de Fabrice Brégier, qui dirige cette division depuis 2012.

En reprenant en direct les ventes, une division qui a largement contribué au succès d‘Airbus au cours des dernières décennies, Tom Enders renforcera son emprise sur les activités civiles du groupe, qui représentent actuellement 74% de son chiffre d‘affaires.

FIN DE LA “PAIX DES BRAVES” ?

Le français Brégier et l‘allemand Enders ont longtemps été rivaux jusqu‘à la “paix des braves” qui semblait avoir été conclue en septembre 2016, lors de l‘absorption par Airbus Group de l‘ensemble des activités, dont Airbus Commercial Aircraft.

Tom Enders avait alors été nommé président exécutif, tandis que Fabrice Brégier était devenu son numéro 2 avec le titre de “chief operating officer” (COO), tout en conservant la responsabilité d’Airbus Commercial Aircraft.

Il est peu probable que Fabrice Brégier, âgé de 56 ans, accepte sans broncher d‘être privé de la supervision des ventes et d‘être ainsi cantonné à un rôle purement industriel.

Fabrice Brégier n‘était pas joignable pour commenter ces informations.

De mêmes sources, on estime cependant qu‘il serait prématuré de voir dans ce projet la résurgence des tensions franco-allemandes qui ont paralysé le groupe il y a plus d‘une dizaine d‘années.

Reste qu‘un nouveau problème de management tomberait au plus mauvais moment alors qu‘Airbus est confronté aux retards de certains équipementiers, à des problèmes de qualité sur l‘A350 ainsi qu‘à une politique marketing de plus en plus agressive de la part de Boeing.

Ce projet intervient par ailleurs à un moment critique alors que John Leahy est sur le point de partir à la retraite après 23 ans à la tête des ventes du groupe.

Une source proche d‘Airbus a souligné que cette réorganisation constituait une réponse aux “défis opérationnels majeurs” et permettrait de “mieux équilibrer les charges internes”, Airbus étant devenue une société normale après les vastes changements de gouvernance intervenus en 2013.

APATHIE

Ce projet intervient par ailleurs à un moment critique alors que John Leahy est sur le point de partir à la retraite après 23 ans à la tête des ventes du groupe.

Ce dernier pourrait ainsi rapporter quelques temps à Tom Enders avant de passer le témoin d‘ici la fin de l‘année à son successeur désigné, Kiran Rao.

Ces discussions autour d‘une réorganisation interne peuvent sans doute expliquer partiellement la relative apathie d‘Airbus la semaine dernière au salon du Bourget face à Boeing.

    Même si le constructeur européen a annoncé plus de commandes que prévu, le groupe n‘a pas manifesté sa traditionnelle assurance en terrain conquis, laissant le champ libre à Boeing, qui a déroulé tranquillement sa campagne de lancement d‘un nouvel appareil.

“Tout le monde s‘est senti perdu” chez Airbus, a déclaré un participant au salon alors que le dirigeant d‘une compagnie cliente juge Airbus moins réactif que par le passé.

Le défi de cette nouvelle structure est qu‘Airbus devra renouer avec une certaine agilité tout en séparant, pour son activité principale, les ventes et la production industrielle.

Les équipes commerciales des divisions hélicoptères, défense et espace seront en revanche toujours rattachées aux responsables de ces unités.

Fabrice Brégier s‘est de plus en plus impliqué au cours des dernières années dans les campagnes commerciales. Il est également crédité de l‘amélioration des performances opérationnelles du groupe, même si ce bilan a été terni plus récemment par les retards accusés par certains fournisseurs.

Tom Enders a pour sa part recentré la stratégie du groupe après l‘échec en 2012 d‘une fusion dans la défense et a multiplié les coopérations dans la Silicon Valley afin de profiter de l‘essor du ‘Big Data’. De sources industrielles, il est revanche moins reconnu pour avoir une approche concrète du processus de production.

S‘adressant ce mois-ci à la presse, Tom Enders avait plaidé en faveur d‘une structure de management plus horizontale, estimant que le management à l‘ancienne de type “commande et contrôle” n‘était plus adapté à la révolution numérique.

Tim Hepher, version française Jean-Michel Bélot, édité par Gwénaëlle Barzic

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