12 juin 2017 / 18:44 / il y a 4 mois

L'incertitude politique peu favorable aux M&A au Royaume-Uni

LONDRES (Reuters) - L‘incapacité de Theresa May à s‘assurer une majorité stable à l‘issue des élections législatives de jeudi dernier au Royaume-Uni risque de freiner l‘activité des fusions-acquisitions (M&A) en Grande-Bretagne, ont estimé lundi plusieurs spécialistes de ce marché.

L'incapacité de Theresa May à s'assurer une majorité stable à l'issue des élections législatives de jeudi dernier au Royaume-Uni risque de freiner l'activité des fusions-acquisitions (M&A) en Grande-Bretagne, ont estimé lundi plusieurs spécialistes de ce marché. /Photo prise le 9 juin 2017/REUTERS/Clodagh Kilcoyne

L‘échec du pari électoral de la Première ministre affaiblit sa position à quelques jours seulement du début prévu des négociations sur les modalités de la sortie du Royaume-Uni de l‘Union européenne. Et à l‘inverse, il renforce ceux qui, dans les rangs conservateurs et ailleurs, s‘opposent à la volonté de Theresa May de quitter le marché unique et l‘union douanière si elle n‘obtient pas satisfaction sur le contrôle de l‘immigration.

“Tant que l‘incertitude régnera, je ne pense pas que cela soit particulièrement favorable aux M&A à court terme”, a dit Karen Cook, responsable de la banque d‘investissement de Goldman Sachs, lors d‘une conférence sur les M&A organisée par Reuters.

“Je crois que le problème tient au fait que le gouvernement réunisse des opinions différentes au sein du parti Tory, qui ne sont pas toutes compatibles avec un Brexit dur.”

Pour Hernan Cristerna, coresponsable des M&A chez JPMorgan, c‘est en fait l‘évolution du marché des changes qui sera le principal déterminant de l‘activité de celui des fusions-acquisitions.

“Plus qu‘un Brexit ‘hard’ ou ‘soft’, je surveille ce qui arrive à la livre sterling, or elle subit un nouvel accès de faiblesse post-électoral”, a-t-il dit, ajoutant que cette baisse pourrait favoriser certaines opérations, comme cela avait été le cas après le référendum de l‘an dernier sur l‘UE.

“Il y a une situation opportuniste, les entreprises étant valorisées en sterling alors que la majeure partie de leurs actifs sont globaux.”

Pour William Rucker, directeur général de Lazard UK, “il est bien trop tôt pour mesurer les conséquences de la semaine écoulée. Le Royaume-Uni est un environnement relativement ouvert aux M&A”.

“Il est assurément plus protectionniste qu‘il y a un an mais de nombreux critères n‘ont pas encore été mesurés.”

“LE PROTECTIONNISME EST EN HAUSSE”

Theresa May a promis de rendre plus difficile le rachat d‘entreprises britanniques par des groupes étrangers afin de protéger l‘emploi, en modifiant les règles encadrant les M&A.

Mais l‘absence de majorité pour le Parti conservateur, qui le rend dépendant du petit Parti unioniste démocrate (DUP) d‘Irlande du Nord, pourrait l‘obliger à modifier, voire abandonner, certains de ses engagements.

“Il est clair que le protectionnisme est en hausse au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, a dit Karen Cook. Si ce gouvernement veut plus de protectionnisme, il devra le faire par le biais d‘une loi et pas en contournant le problème via la réglementation des M&A car je crois que la réglementation des M&A fonctionne plutôt bien.”

En dépit des turbulences politiques au Royaume-Uni et ailleurs dans le monde, notamment aux Etats-Unis, où l‘administration mise en place par Donald Trump affiche elle aussi des velléités protectionnistes, les fusions-acquisitions restent dynamiques: le montant global des M&A a augmenté de 3% depuis le début de l‘année pour atteint 1.400 milliards de dollars, montrent les données Thomson Reuters.

Mais alors qu‘en Europe, la hausse atteint 44% sur un an à 393 milliards de dollars, l‘activité aux Etats-Unis a chuté de 14% à 499 milliards.

En Grande-Bretagne, la hausse de l‘activité est de 89% à 81 milliards de dollars.

“Les entreprises américaines s‘intéressent beaucoup à l‘Europe et les entreprises européennes aux Etats-Unis”, a estimé Steve Baronoff, directeur de l‘activité globale de M&A chez Bank of America Merrill Lynch.

“La relation privilégiée entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis (...) joue du bas vers le haut. Elle peut fluctuer quelque peu selon qui occupe le pouvoir mais elle constitue un élément de base et cela ne change pas en fonction du président.”

Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison

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