9 mars 2017 / 15:48 / il y a 8 mois

La BCE reste accommodante mais ne craint plus la déflation

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a laissé jeudi sa politique monétaire inchangée mais la tonalité un peu moins accommodante de son président au cours de sa traditionnelle conférence de presse s‘est traduite par une appréciation de l‘euro et une remontée des rendements obligataires qui a bénéficié aux valeurs financières.

Mario Draghi a souligné que la mention stipulant que le conseil des gouverneurs utiliserait tous les moyens à sa disposition en cas de besoin pour atteindre ses objectifs, qui figurait jusqu‘à présent dans sa déclaration introductive, avait été supprimée.

“Cela a été supprimé (...) pour indiquer fondamentalement qu‘il n‘y a plus un sentiment d‘urgence à prendre de nouvelles mesures (...) comme cela avait été motivé par les risques de déflation. Cela a été l‘évaluation du conseil des gouverneurs”, a déclaré Mario Draghi lors de sa conférence de presse.

“Je dirais que les risques de déflation ont largement disparu. Les anticipations d‘inflation sur les marchés financiers ont sensiblement augmenté”, a-t-il ajouté.

L‘euro s‘est apprécié après ces propos, repassant momentanément au-dessus de 1,06 dollar, tandis que le rendement des emprunts d‘Etat allemands à 10 ans a pris 5 points de base à 0,43%. Les Bourses européennes ont effacé leurs pertes à la faveur de la hausse des valeurs financières.

En Allemagne, l‘institut d‘études économiques Ifo et la fédération bancaire allemande BdB ont appelé ce jeudi la BCE à cesser de stimuler l‘économie à coup de mesures monétaires, arguant du fait que l‘inflation de la zone euro a atteint le mois dernier son objectif d‘une hausse proche de 2% l‘an.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, avait aussi plaidé pour un “début de sortie en temps opportun” de la politique monétaire ultra-accommodante.

La BCE a toutefois laissé ses taux directeurs inchangés et a confirmé la prolongation de son programme d‘achats d‘actifs jusqu‘à la fin de l‘année bien qu‘à un rythme ralenti de 60 milliards d‘euros par mois à compter d‘avril contre 80 milliards actuellement, comme annoncé en décembre.

PRÉVISIONS D‘INFLATION RELEVÉES

“Si les perspectives deviennent moins favorables, ou si les conditions financières ne sont plus compatibles avec de nouveaux progrès en direction d‘un ajustement durable de la trajectoire d‘inflation, nous sommes prêts à augmenter notre programme d‘achats en termes de taille et/ou de durée”, a dit la BCE dans un communiqué.

Mario Draghi a fait état d‘un relèvement des prévisions d‘inflation de la BCE pour cette année et l‘année prochaine tout en prévenant que cela ne modifiait pas le contexte d‘ensemble.

“Il n‘y a pas encore de signes convaincants d‘une tendance haussière de l‘inflation sous-jacente”, a-t-il dit au cours de sa conférence de presse ajoutant qu‘il s‘attendait à ce qu‘elle n‘augmente “que graduellement” à moyen terme.

La BCE prévoit désormais 1,7% d‘inflation cette année, soit 0,4 point de plus qu‘en décembre.

Elle s‘attend toutefois à ce que l‘accélération de la hausse des prix soit temporaire, l‘effet de base de la hausse du pétrole s‘estompant peu à peu en fin d‘année.

L‘inflation devrait ainsi revenir à 1,6% en 2018 puis remonter à 1,7% en 2019.

Les observateurs ne s‘attendaient à aucune inflexion majeure de la politique de la BCE ce jeudi alors que se profilent aux Pays-Bas et en France des élections lors desquelles des partis ouvertement hostiles à l‘euro pourraient réaliser de bons scores, d‘autant que la reprise économique reste fragile.

Au vu d‘une enquête Reuters publiée au début du mois, l‘institut d‘émission ne devrait pas commencer à évoquer un abandon progressif de sa politique monétaire ultra-accommodante avant la fin de l‘année ou le début 2018.

Des membres de la banque centrale ont laissé entendre jusqu‘à présent qu‘il faudrait attendre au moins jusqu‘en juin avant que celle-ci commence à débattre d‘une éventuelle modification des taux, qui pourrait n‘intervenir qu‘après les élections législatives allemandes de septembre.

Wilfrid Exbrayat, Bertrand Boucey et Marc Joanny pour le service français

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