21 février 2017 / 16:42 / il y a 6 mois

Airbus, en pleine mue, devrait annoncer des résultats en baisse

Malgré un bond de ses commandes d'avions, Airbus devrait annoncer mercredi une baisse de ses résultats annuels notamment en raison du ralentissement de la demande, dans un contexte de réorganisation interne soldant deux décennies de consolidation du secteur. /Photo prise le 11 janvier 2017/Régis Duvignau

PARIS (Reuters) - Malgré un bond de ses commandes d'avions, Airbus devrait annoncer mercredi une baisse de ses résultats annuels notamment en raison du ralentissement de la demande, dans un contexte de réorganisation interne soldant deux décennies de consolidation du secteur.

L'avionneur européen, qui a fusionné avec sa maison-mère, devrait confirmer que ses commandes ne devraient pas suivre le rythme de ses livraisons en 2017, pour la deuxième fois seulement en 14 ans, signe du ralentissement du cycle aéronautique.

Plusieurs enquêtes juridiques, les incertitudes autour de deux de ses principaux programmes et un remaniement de sa direction compliquent aussi les perspectives du numéro un européen de l'aérospatiale.

"C'est un peu moins glamour, l'âge d'or des méga-commandes, c'est fini pour l'instant", résume une source sectorielle proche du groupe.

Les analystes attendent en moyenne pour 2016 une baisse de 7% de son bénéfice d'exploitation avant exceptionnels avec un chiffre d'affaires stable à la suite de retards de livraisons.

Ce seront les premiers résultats du groupe depuis son virage à 360 degrés, qui a conduit Airbus à absorber sa maison-mère, l'ex-EADS, champion européen créé en 2000 sur la base d'acquisitions successives et en intégrant l'avionneur Airbus.

Afin de rester numéro un du groupe, Tom Enders redevient patron d'"Airbus SAS", l'ex-pôle d'avions civils qu'il avait déjà dirigé mais qui englobe désormais les divisions de défense et d'hélicoptères.

Il a donc fallu conclure un subtil arrangement avec l'ex-patron d'Airbus, Fabrice Brégier, qui a troqué sa casquette pour celle de numéro deux de l'ensemble du nouveau groupe avec des responsabilités étendues.

Selon plusieurs sources, cette réorganisation place le Français Fabrice Brégier en pole position pour succéder à l'Allemand Tom Enders au poste de numéro de l'ensemble du groupe, même si ce n'est pas encore gravé dans le marbre.

Pendant ce temps, Airbus prépare une vague de départs qui pourrait modifier radicalement sa direction opérationnelle d'ici un ou deux ans.

Le volontariste directeur commercial John Leahy, 66 ans, l'Américain qui a hissé Airbus au niveau de son rival transatlantique, Boeing, a fait savoir qu'il prendrait sa retraite en 2018, des rumeurs lui prêtant même l'intention de partir dès la fin de cette année.

Le directeur général adjoint Tom Williams et le responsable Didier Evrard, approchent eux aussi de l'âge de la retraite.

Tous deux ont fortement contribué à réduire fortement les risques industriels d'Airbus, permettant à l'action de s'apprécier nettement ces dernières années.

CHOC DES CULTURES

Ces changements interviennent au moment où Marwan Lahoud, 50 ans, cofondateur d'EADS, a annoncé son départ à la fin de ce mois.

Mais prises ensemble, ces évolutions marquent bien la fin d'une époque, celle de la quête effrénée de parts de marché menée par John Leahy face à Boeing et la stratégie de M&A de Marwan Lahoud.

"C'est en partie une rupture avec les dirigeants traditionnels, les leaders, les ingénieurs pour laisser la place à une génération de managers centrés sur les résultats", note Richard Aboulafia, consultant au sein du cabinet Teal Group.

Cette réorganisation marque aussi un transfert de pouvoir controversé d'ingénieurs chevronnés vers des tenants de la "transformation digitale".

Tom Enders estime que le digital transformera la manière de concevoir, construire et maintenir les avions.

Tournant le dos aux conventions, il a embauché en juin dernier un ex-cadre de Google de 36 ans, Paul Eremenko, comme responsable de la technologie.

Certains se demandent combien de temps Charles Champion, ingénieur respecté lui aussi proche de la retraite, restera aux côtés de Paul Eremenko. Charles Champion n'était pas disponible pour commenter.

"Tom Enders ne veut pas seulement écouter les ingénieurs chevronnés. Le centre de gravité et de pouvoir évolue", a-t-on expliqué de source proche du groupe.

L'enquête britannique sur le recours à des intermédiaires commerciaux a également attisé les tensions en interne, selon des sources proches du dossier.

Les risques juridiques se sont encore accrus la semaine dernière pour Airbus avec la plainte déposée par l'Autriche pour fraude dans le cadre d'un contrat d'avions de combat, ce qu'Airbus a démenti.

Airbus doit aussi gérer les nouveaux problèmes de moteur de l'avion de transport militaire A400M et les interrogations sur l'avenir du très gros porteur A380.

L'avionneur européen a en outre perdu début février une commande majeure de Singapore Airlines au profit de Boeing.

Mais Airbus pourra profiter de l'appréciation du dollar grâce au dénouement de couvertures. Et il reste bien devant Boeing en termes de commandes de moyen-courriers, cruciales pour les développements futurs d'avions.

Cyril Altmeyer pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot

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